‹ L'Asepsie IntestinaleChapitre 13 sur 30 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

L'asepsie intestinale et l'expérience.

Expérience de Thierfelder.

Même si on la prend dans son sens le plus étroit, absence de microbes dans l'intestin, l’asepsie intestinale existe.

M: Popoff, en examinant le méconium de veaux, de chiens et de chats aussitôt après leur naissance, à Cons- À taté qu'il ne contenait pas de microbes. Il a constaté, en 4 oulre, que ce méconium pouvait encore être aseptique ET ‘deux heures après la naissance de ces animaux si on les empêchait de teter. Au contraire, ceux qu’on laissait teter présentaient des bactéries dans leur méconium quelques minutes seulement après leur naissance, et ces bactéries devenaient de plus en plus nombreuses.

IL semble donc que le lait ensemencé à la sortie des mamelles a été le vecteur des micro-orqanismes.

M. Schild a fait des expériences semblables sur les en-

fants. Son examen bactériologique a porté sur le méco-

O0 nium de cinquante nouveau-nés n'ayant pris aucune nourriture. Immédiatement après la naissance le méconium est stérile ; mais bientôt l’infection se produit : 4 heures au plus tôt après la naissance, 20 heures au plus tard, en moyenne vers la douzième heure. M. Schild a surtout trouvé le coli et le subtilis. D’après lui les premiers microbes qui arrivent dans le rectum viennent de Peau du bain en pénétrant par l’anus. C’est, en effet, au voisinage de cet orifice qu’on en découvre le plus. D’autres germes régurgités avec la salive, peuvent venir de l'air de la pièce des linges ou du vagin maternel. ; E

M. Thierfelder a fait des recherches plus importantes encore. L'article publié par lui à ce sujet dans les Archrives de Physiologie de Berlin est trop intéressant pour que nous n’en donnions pas une traduction complète bien que libre: ë

« Il y a environ dix ans, Pasteur a émis cette opinion que la présence des microbes dans l'intestin était nécessaire à la vie des animaux. Le D° Nencki, dans un travail postérieur en date, s’éleva énergiquement contre cette idée. Quant à nous, nous rangeant à l'avis de Nencki, nous avons voulu demander à la méthode expérimentale : la solution de ce problème physiologique. |

Nous nous sommes servis d’un cobaye, extrait de l’utérus par laparotomie quelque temps avant la naissance. Immédiatement après l’extraction nous l’avons transporté dans un endroit stérile où nous ne lui avons donné que des aliments stérilisés. Nous avions d’abord essayer d'élever des jeunes cobayes au biberon avec du lait de nie sipet

élevage s’était opéré sans difficulté.

Pour notre expérience nous nous sommes servis d’une cloche cylindrique, de 20 centimètres de haut sur 17 de diamètre, reposant sur un cristallisoir de 15 centimètres de hauteur. Les bords du cristallisoir étaient soigneusement adaptés aux parois de la cloche par plusieurs tours de bande d'Esmarch; l'appareil formait donc une cavité close isolée de l'air extérieur. Dans le cristallisoir se trouvait une couche d’eau de 4 centimètres, recouverte d’un lit d'huile d’une épaisseur de 2 centimètres. L'animal en expérience reposait Sur un filet nickelé tendu à mi-hauteur de la cloche. Les parois de ce récipient étaient, un peu au-dessus du filet, percées de deux ouvertures situées l’une près de l’autre et communiquant avec l'extérieur par de larges tubulures.

Sur l’une des ouvertures, ayant 15 centimètres de dia-

- mêtre se trouvait adapté un gant de caoutchouc. Grâce à

ce gant on pouvait introduire la main dans la cloche et saisir l'animal pour le faire téter. La tétine se trouvait à la seonde ouverture, ayant 8 centimètres de diamètre ; elle s'adaptait à une bouteille de lait, de 500 centimètres cubes, chauffée par un bain de sable. Près de la main de caoutchouc se trouvait encore une fente, de quelques centimètres de long, communiquant avec un sac de caoutchouc rempli de tampons d’ouate. Il était ainsi très facile de placer quelques-uns de ces tampons sur le filet de

nickel pour faire une litière à l'animal. Dès que ces tam-

pons étaient salis par les matières fécales, on pouvait les

faire passer au travers des mailles du filet et les remplacer par d’autres pris dans le sac de caoutchouc.

L’ouate salie tombait sur la couche d'huile et coulait à

SE

fond. Nous réussissions donc ainsi à éliminer les urines et les fèces et à tenir notre animal au sec.

Le goulot de la cloche se trouvait fermé par un bouchon à trois tubulures : l’une servait au passage du thermomètre, les deux autres étaient des tuyaux de ventilation. Cette ventilation était réglée de façon à renouveler complètement l'air de la cloche trois fois par heure. L'air d'arrivée traversait plusieurs filtres d’ouate, un tube ren. | fermant une spire de fil de platine rougi et en dernier heu un barboteur de sublimé. L’ensemble de l’appareil était maintenu à une douce température par un manchon de cuivre entourant le cristallisoir. Enfin pour éviter les variations de température le tout était contenu dans une caisse de verre à parois mobiles.

Le lait servant à l’alimentation du cobaye était pris directement au pis avec le plus de précautions possible, recueilli dans un flacon stérilé et soumis ensuite à l’étuve pendant {rois quarts d’heure et à trois reprises différentes.

Au début de l’expérience toutes les pièces de l’appareil furent stérilisées séparément. En outre, après les avoir assemblées, le tout fut placé dans une grande étuve = et soumis à l’action de la vapeur pendant trois quarts ; à d'heure.

Pour que l'opération césarienne fut faite selon toutes les règles de l’asepie, on la pratiqua rapidement dans un endroit ad hoc. Aussitôt l’ouverture de l'utérus le jeune cobaye fut saisi avec des pinces et transporté le plus vite possible sur le filet nickelé de la cloche. La bande d’Es-

march fut immédiatement enroulée et le ventilateur mis

en marche. L'animal d’abord couché sur le côté, se releva au bout de quelques instants et devint de plus en plus en plus ingambe. Deux heures après la naissance il but pour la première fois. Cela n’alla pas d’abord sans quelques difficultés ; puis peu à peu l’animal s’habitua, si bien qu'il devint inutile de le prendre avec le gant de caoutchouc, et qu’il vint tout seul à la tetine. Les frères du cobaye retirés dans les mêmes conditions furent gardés comme témoins, nourris avec du lait ordinaire et respirant l’air normal.

; Après huit jours de vie en bonne santé, pendant lesquels il but 325 centimètres cubes de lait ; après l'examen de plusieurs confrères qui le déclarèrent normal, nous fimes

cesser l'expérience el sacrifièmes le cobaye.

L'examen bactériologique nous montra l'absence abso-

lue de microbes dans les intestins.

Nous ne nous sommes pas contentés de cet examen. Nous avons fait sur gélatine et sur agar des ensemencements avec le contenu du gros et du petit intestin, avec le lait restant dans la bouteille, avec les fèces rassemblées au-dessous de la couche d’huile : tout est resté stérile.

Il nous a malheureusement été impossible d'établir mathématiquement de quel poids lanimal était augmenté pendant ces hut jours d'expérience ; la pesée aussitôt l'extraction eût en effet beaucoup trop accru les chances d'infection. La comparaison avec le poids des animaux témoins nous permet cependant une très grande approximation. Lun des animaux témoins, petit et faible, était

mort. L'autre qui était au moment de lanaissance de taille égale à celle du cobaye en expérience pesait, vingt-quatre heures après la naissance, 73 grammes, et une semaine après 82 grammes 5. Le cobaye mis en expérience pesant à ce moment 83 grammes, on voit que son développement a élé normal ». s Telle est l'expérience de M. Thierfelder. La conclusion à en tirer s'impose : La présence des microbes dans l'intestin des animaux et de l’homme n’est pas nécessaire

à leur vie et à leur développement. Cette constatation’

pour nous est capitale, car elle achève de légitimer nos

efforts pour réaliser l’asepsie intestinale.

Nous n’avons pas d’ailleurs la prétention d'arriver à cette

asepsie absolue, qui n’est que du domaine de Pexpérience.

Notre but est plus modeste. Nous voulons seulement,

comme nous lavons déjà dit, arriver à une diminution énorme des microbes saprophvtes de l'intestin, à la disparition ou à l’atténuation des germes pathogènes.

C'est là une asepsie clinique relative mais fertile en bons effets et c’est elle dont nous allons étudier les

moyens.

» DUT D Eu Cr

Re TORRES

ë di

Page 1