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L'Asie Occidentale dans les inscriptions assyriennes

Un premier travail donné dans cette Revue a déterminé l'objet de la géographie assyrienne et Ta esquissée à grands traits. Dans une nouvelle étude, nous voulons descendre au détail, et tracer, autant que possible, dans toutes ses parties, la carte de TAsie occidentale à l'époque de la prépondérance de Ninive, tâche assez difficile malgré le secours des travaux déjà publiés sur la matière.

Nous mettons surtout à profit les ouvrages de MM.Fried. Delitzsch(i) et Eb. Schrader (2), qui complètent en beaucoup de points les recherches antérieures et ouvrent des horizons nouveaux. Mais nous discutons leurs résultats avec liberté et, dans plusieurs questions, nous sommes amené à nous prononcer le premier.

L'hommage sincère rendu au mérite exceptionnel de MM. Fried. Delitzsch et Eb. Schrader, se concilie parfaitement dans notre esprit avec Tadmiration que nous avons

(1) Wo lag das Paradies, 1881.— Voir notre compte rendu decet ouvrage dans la Revue des questions scientifiques^ t. Xll, pp. 583-598.

(2) Keilinschriften und Geschichtaforschuny. Ein Beitrag zur monumentalen Géographie, Geschichte und Chronologie der Assyrer, 1878.

Die Keilinschriften und das Alte Testament^ 2« édition, 1883. l'asib occidentale. 1

toujours éprouvée pour les ouvriers dé la première heure, ces heureux pionniers qui ont ouvert les voies et planté des jalons immuables dans tous les domaines de Tassyriologie. Nous apprécions ici à un point de vue actuel et pratique des ouvrages qui dérivent en dernière analyse des découvertes de MM. Oppertet Rawlinson. Ces deux savants ont moissonné à pleines mains dans le champ de Tassyriologie ; leurs disciples ont glané après eux et, en mettant épi sur épi, Oût encore formé d'assez belles gerbes.

Nous suivons, dans l'exposé de la géographie assyrienne, la marche indiquée par la nature particulière de nos sources. Nous reproduisons dans Tordre le plus convenable les itinéraires des armées assyriennes, tels qu'ils sont décrits par les inscriptions, et nous y rattachons les autres données. Nous suivons ainsi les expéditions des rois, écourtant au besoin leurs récits et les divisant, marquant chaque pays, chaque localité à sa place, et notant avec soin les particularités.

Par le nombre des soldats ennemis, par celui des captifs, par les objets et les produits de toute sorte enlevés aux vaincus, on appréciera jusqu'à un certain point l'importance particulière des peuples, ainsi que l'état de l'agriculture, de l'industrie et du commerce des contrées asiatiques.

Dans ce jugement, on tiendra compte de l'exagération de langage qui caractérise les récits officiels ; entre les rois d'Assyrie, c'est à qui se vantera d'avoir détruit et pillé le plus. On aura aussi égard à la date des inscriptions, qui varie pour la plupart entre le douzième et le septième siècle avant notre ère.

Le premier roi d'Assyrie dont on possède des textes considérables est Teglatphalasar 1^% qui régna à la fin du douzième siècle. Après lui, les monuments sont muets durant plus de deux siècles. Mais on a les annales détaillées d'une grande partie du règne d'Assurnatsirpal (882-857). Les renseignements sont encore plus riches sur le règne de Salmanasar II (857-822) ; ils le sont beaucoup

moins sur Samsiraman (822-810) et Ramannirar III (810- 781). On est ensuite réduit à quelques données vagues sur les rois qui se sont succédé jusqu'à Teglatphalasar II (745- 727), pour lequel nous avons plusieurs fragments échappés au ravage des siècles. Les documents contemporains abondent pour les règnes de Sargon (722-704), de Sennachérib (704-680), d'Asarhaddon (680-657), et d'Assurbanipal, successeur d'Asarhaddon.

Ces indications permettent de dater avec l'approximation suflèsante les sources citées dans notre travail. On remarque du reste, en parcourant les inscriptions, que les peuples ont en général conservé leur position relative durant la période assyrienne. Mais les races durent s'altérer par suite de la colonisation forcée,que les rois deNinive pratiquèrent sur une grande échelle.

Notre procédé est sujet à plusieurs inconvénients. Il oblige à citer les inscriptions telles qu'elles sont et seulement autant quelles ont été comprises. Or rien n'est maigre et décharné comme une inscription assyrienne ; ceux qui Tignoreraient encore le verront bien par les extraits cités,* s ils ont le courage de nous lire. De plus, ces documents ont été compris et même, en plusieurs endroits, lus très imparfaitement. Force noiis sera donc d'user fréquemment de signes interrogatifs, de transcrire sans traduction des mots dont le sens est inconnu, de marquer par des points . les lacunes des textes et celles de l'interprétation (i). Cette

(1) Sur les versions des inscriptions assyriennes, voir notre brochure intitulée : Les inscriptions historiques de Ninive et de Babylone^ renfermant un examen raisonné des versions françaises et anglaises, qui a été appréciée en termes favorables par des spécialistes et des juges sérieux (MM. Darmsteter, Fried. Delitzsch, Guyard, Hommel, Oppert, Strassmaier, Vigoureux) dans les revues scientifiques d'Allemagne, d'Angleterre et de France.

Notre travaU a été publié en 1878. Si l'on veut juger de ce que peuvent actuellement les procédés de l'assyriologie mis en œuvre avec une entière compétence, on parcourra le livre intitulé ; Die Inschriften Tiglathpilesersl, intranskribirtemassyrischemOrundiext.mit Uebersetzung undKommentar von Dr Wilhelm Lotz (mit Beigaben von Prof essor D' Friedrich Delitzsch), excellent travail que nouB avons mis à contribution plus d'une fois.

marche consciencieuse, mais un peu hésitante, étonnera peut-être quelques lecteurs, habitués à apprécier les résultats de Tassyriologie par le charme de certains livres qui intéressent au détriment de la vérité.

Quelques observations préalables justifieront notre manière de traduire, faciliteront Tintelligence des textes cités, ainsi que du commentaire géographique qui les accompagne.

L'écriture assyrienne figure lelangage, et aussi, par certains signes, la pensée indépendamment du langage. En vertu du second procédé, les noms propres d'hommes et de femmes, de pays et de localités, les noms qui expriment la nationalité, ceux de différentes espèces d'animaux, les noms d'arbres, de métaux, de pierres, etc. sont accompagnés de signes particuliers que le langage n'exprimait point, bien qu'ils fussent susceptibles d'être prononcés, mais qui, parlant à l'esprit par les yeux, contribuent à la clarté, et permettent souvent aux assyriologues de comprendre le sens général de phrases dont les derniers détails leur échappent. Une version qui néglige complètement ces déterminatifs aphones^ comme on les a. appelés, sera donc parfois incomplète ou obscure. Pour obvier à cet inconvénient, nous les traduisons quand cela nous semble nécessaire.

Dans la traduction des textes assyriens, il faut prendre garde à certaines expressions d'un usage fréquent, qui induiraient facilement en erreur, soit à cause de leur élasticité, soit à cause delà signification différente des mêmes manières de parler dans nos langues.

Ainsi les mots alu et iru, exprimés par le même signe, désignent non seulement des localités de toute grandeur, villes, villages, hameaux, mais encore de vastes pays, ceuxci se résumant dans leur chef-lieu. A côté des expressions pays et Udumu, pays de Yaûdu, pays de Mahabu, on est surpris de rencontrer ville d'Udumu, ville de Yaûdu, ville de Mahabu, disant exactement la même chose, savoir,

ridumée, la Judée, le pays deMoab.- Nous rendons toujours alu et iru par le mot ville, dont on saura bien déterminer la portée dans chaque cas par le contexte.

Le mot apal ou abal (par abréviation pal dans les noms propres comme Assurbanipal), signifiant proprement fils, se dit des habitants d'une ville, d'un pays. Les fils deBabylone et, par synecdoche, le fils de Babylone sont des expressions ordinaires pour dire les habitants de Babylone. Nous employons le même toiir dans le langage relevé ou poétique. En un sens analogue, /a fils dAdini, le fils de Yakin, le fils de Khumri [OmTi, TOI d'Israël) signifient respectivement un habitant des principautés dont Adini, Yakin, Khumri ont été les fondateurs ou les chefs distingués. Les principautés elles-mêmes sont le 5eï-Arfm2, le Bit-Yakin, le Bit-KhumH, c'est-à-dire, la maison dAdini, la maison d Yakin, la maison de Khumri, en parfaite analogie avec les expressions bibliques, maison d'Israël, maison d'Ammon. Ici encore, nous avons aflfaire à un mot de sens variable, bit est la maison, le domaine, la principauté de quelqu'un, suivant les cas.

D'après ce qui précède, un même peuple est susceptible de plusieurs noms. Les sujets d'un petit royaume chaldéen au bord du golfe persique sont le fils de Yakin ou le fils de Mardukpaliddin (le Mérodachbaladan biblique) des noms de leurs rois les plus connus (i). En revanche,

(1) Le premier nom, fils de Yakin, se rencontre dans une foule de passages. Le second, fils de Mardukpaliddin, est substitué au premier dans rénuméi-ation des alliés du roi d'Elam par Sennachérib (Cylindre de Taylor, V, 31 et suiv.) ; « Le pays de Parsuas, le pays d'Anzan, le pays d'illipi, les gens (littéralement, l'homme, au singulier) d'Yazan, les gens de Lakibri, les gens de Kharzunu, la ville de Dummuqu, la ville de Sulai, la ville de Samuna, le fils de Mardukpaliddin, le pays de Bit-Adini, etc. »

Mardukpaliddin, dont les sujets sont ainsi désignés, était contemporain de Sennachérib, et cette circonstance démontre le sens large du mot fils en assyrien. 11 en est de même dans l'hébreu biblique. Le mot fils, ainsi interprété, explique plusieuins endroits difficiles des généalogies de TAncien Testament.

un seul nom est capable de désigner plusieurs pays ou plusieurs peuples, s*ila été portépar plusieurs personnes. Bit'Adini est un nom commua à deux principautés fondées par deux Adini, Tune sur le cours moyen, lautre' sur le cours inférieur de l'Euphrate.

La transcription des mots assyriens en caractères latins présente des difficultés insurmontables, quand on s'interdit l'usage des lettres pointées ou accentuées, auxquelles les assyriologues ont recours dans les publications spéciales, ainsi que les combinaisons sh ou sch dont la multiplication produit un effet désagréable. Nous transcrivons s la sifflante que les Hébreux expriment par samek et la schuintante qu'ils expriment par schin ; mais nous disons si récriture assyrienne exprime la consonnes ou la consonne sch lorsque la distinction est nécessaire.

Les noms assyriens ont différentes désinences. On trouvera, par exemple, le même nom de pays écrit Sukh, Sukhu, Suhhiy Sukha ; les noms étrangers à lassyrien sont aussi déclinés de cette manière, quelle que soit leur forme originale. 11 faut tenir compte de cet élément variable, qui est souvent une superfétation, dans les rapprochements et les identifications de noms propres.

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