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LA SYRIE, LA CILICIE ET LA CAPPADOCE

Parmi les contrées qui firent partie de l'empire assyrien, celles qui se rapprochent le plus de la Méditerranée se divisent naturellement en quatre groupes : la Syrie avec la Cilicie et la Cappadoce, la Phénicie et la Palestine, l'Arabie septentrionale, et enfin l'Egypte.

Le présent cbapitre a pour objet le premier groupe,dans lequel on distingue deux zones. La première comprend les deux rives de l'Euphrate, dans son cours moyen, entre

Tembouchure du Chabor et Samsat (ancienne Samosate). La seconde s'étend à l'ouest de la première, entre Damas et Kaisarié (Césarée de Cappadoce) ; elle offre comme traits, principaux TAnti-Liban, TAmanus, le Taurus et TAnti- Taurus. La première zone procède, dans notre exposé, du sud au nord ; la seconde se déroule d'abord entre Aïntab et Damas, ensuite entre Aïntab et les sources des fleuves ciliciens, le Pyramus et le Sarus, originaires du Taurus et de l'Anti-Taurus.

Cette marche correspond en général aux progrès de la conquête assyrienne sous Assurnatsirpal et sous Salmanasar II. Avec Assurnatsirpal, qui a beaucoup guerroyé sur les deux rives de l'Euphrate, on remonte le fleuve entre les deux limites indiquées, avec lui encore on pénètre dans la deuxième zone ; mais c'est surtout avec Salmanasar II qu'on parcourt la Syrie sud-occidentale, l'Amanus, les vallées du Pvramus et du Sarus. Les récits de ces deux princes ont souvent besoin d'être complétés par les inscriptions des autres rois, mais ce sont ceux qui offrent le plus de suite au point de vue géographique, et ils servent de fil conducteur dans les régions que nous allons parcourir.

§ I. Les deux rives de l'Euphrate dans son cours moyen.

Nous prenons les marches d'Assurnatsirpal au moment où quittant le Kummukh, dans la Mésopotamie septentrionale, il gagne TEuphrate par la vallée du Chabor.

« Pendant que j'étais au pays de Kummukh, on m'apporta un avis : la ville de Suru de Bit-Khalupî s'était révoltée; ils avaient tué leur gouverneur, homme deKhamat (Hamah) ; ils avaient pris, pour roi Akhiyababa, fils de Lamana, appelé de Bit-Adini. Avec le secours d'Assur et de Raman , mes grands dieux, qui agrandissent ma royauté, je réunis mes chars et mes soldats ; je gagnai les rives du Khabur. En chemin, je reçus les nombreux présents de

Salmankhamanilani de la ville de Sadikanna, d'iluraman de la ville de Suna, des objets en argent, en or, en étain (i), des daqari (?) de bronze, des vêtements de birmi (aux couleurs variées), des vêtements de kitu. J'approchai de Suru de Bit-Khalupî. »

Cette ville,qu'Assurnatsirpal nomme Suru de Bit-Khalupî, pour la distinguer d'une autre Suru située au pays de Sukhur, que Ton rencontrera plus loin, tombe au pouvoir des Assyriens. Elle leur livre un butin remarquable. Outre les objets qui figurent au tribut des princes de Sadikanna et de Suna, et plusieurs autres dont la nature et les noms même nous échappent, Assurnatsirpal enlève aux palais et aux temples de Suru des engins de guerre, des chars, des chevaux, des équipements (?) pour hommes et chevaux, des pierres de prix, des pierres de samullu, des meubles, dont plusieurs en bois d'mww, c'est-à-dire de cèdre, suivant Topinion la plus répandue parmi les assyriologues, des laines de deux espèces distinguées par la couleur, les serviteurs attachés au palais du prince, son harem ; des bœufs, des moutons, des captifs, sans nombre comme les étoiles du ciel {2).

Suru de Bit-Kalupî semble donc avoir eu de Timportance pour le temps. Elle n'était pourtant pas une ville de premier ordre. Car, bien qu'on la pille sans merci, Assurnatsirpal laisse dans le vague la quantité et le nombre des objets enlevés, tandis qu'il a l'habitude de compter et de peser, quand il s agit de dépouilles exceptionnelles. Disons en passant que, pour juger de la richesse dun pays par le tribut qu'il livre, il faut tenir compte de son

(I) D'antres traduisent simplement de l'argent, de i^or^ de P étain. Mais la version littérale serait : des arpenta, des ors, des étains, et plus loin nous rencontrerons la mention de meubles d'ivoires et d'ors pour dire des meubles avec ornements d'ivoire et d'or. Pour exprimer le partitif, l'assyrien dit comme nous de L'argent^ de Cor.

(•^) Assurnatsirpal, I, 74-88. — A moins d'une indication spéciale, nous citons toujours la longue inscription d' Assurnatsirpal publiée dans le grand recueil du Hritish Muséum, t. 1, planches 17 — 2(5.

degré de soumission à Tempire assyrien. On payait naturellement le moins possible.

Parmi les objets fournis, remarquons ceux dont la ma-* tière est Vanaku, Ce mot est traduit plomb par les assyriologues allemands, qui le rapprochent de anak, le nom hébreu de ce métal. Mais les instruments en anaku parfois mentionnés dans les inscriptions semblent imposer le sens diètain à anaku, qui n'est ni le fer, ni le cuivre, ni le bronze, métaux exprimés par les noms bien connus de parzillu, iru, tsiparru (i).

L'idéogramme que nous avons lu daqaru, et qui exprime un instrument en bronze ou en fer, se rencontre à chaque pas. 11 est ainsi rendu (daqaru) dans la traduction phoné- • tique d'un groupe de signes qui exprime un objet dont une partie est en bois '2) ; de plus la racine dqr donne à l'hébreu le verbe dàqar qui signifie transpercer. Le daqaru est peut-être une pique ou quelque autre instrument pointu.

Le biryni, étofte de couleur variée, est identifié avec le berôm de la Bible. Les vêtements de kitu, ou le kitu simplement, figurent toujours dans les énumérations à la suite des vêtements de birmi, Kitu, qu'on rencontre précédé du déterminatif i^5, arbre, est peut-être le nom du coton. Le birmi serait-il une toile peinte? Teglatphalasar II reçut des peuples syro-phéniciens des vêtements de birmi étoffe de kitu, vêtements de leur pays (s). Ce tour , souvent employé, insinue que le birmi était une sorte de kitu, du kitu aux couleurs variées.

11 est peu probable que ces noms désignent- des étoffes de pourpre. La pourpre se nommait en assyrien ^aAt'Ww,

(1) Lenormant (Études accadiennes, t. II, p. 97; Les noms de f airain et du cuirre dans les deux langues des inscriptions cunéiformes^ dans les Transactions of the Soc of Biblical Arch.. t. VI, p. 346) appuie aussi le sens d'étain sur l'hymne assyrien qui représente le dieu Feu mélangeant le cuiore et l'anaku, sans doute pour former le bronze. Mais le mot muballil, qui exprime l'opération du dieu Feu, signifierait aussi bien fondant (sens adopté par M. Haupt) que mélangeant.

(2) Cuneiform inscription of Western Asia, t. II, i)l. 46, 1. 17.

(3) Tablette de Teglatphalasar IL 1. 62.

pourpre violette, et argamannUy pourpre rouge, à peu près comme en hébreu. Néanmoins le hirmi et le kitu étaient * des étoflfes assez précieuses ; ils furent recherchés des rois d'Assyrie à toutes les époques. Ils ne se fabriquaient point en Assyrie. C'étaient des produits de l'industrie syrophénicienne, comme le berôm d'Ézéchiel (i), dont on a rapproché avec beaucoup de vritisemblance le birmi des inscriptions de Ninive.

Les vêtements tout faits étaient un tribut ordinaire des peuples syro-phéniciens, chez lesquels, si on en juge par ce qui se passait chez les Juifs, la confection d'habillements destinés au commerce était une occupation des femmes dans les meilleures maisons. D'après les Proverbes, la femme forte, et c'est une femme de qualité, après avoir pourvu de vêtements sa famille et ses serviteurs, en a encore à vendre aux trafiquants chananéens (2).

Assurnatsirpal partant du pays de Kummukh, dans le nord-ouest de la Mésopotamie, est donc arrivé en Bit- Khalupî par les rives du Chabor. Il y arrive également par ce chemin, dans une seconde expédition, en partant de Kalakh sur le Tigre. Le Kharmis, rivière qu'il rencontre alors en premier lieu, est un affluent du Chabor ; c'est le Hirmas, qui passe à Nisibe. Voici ce second récit, qui est d'une précision remarquable au point de vue géographique.

« Au mois de Si van (mai), le vingt-deuxième jour, je partis de la ville de Kalakh, je traversai le Diglat (Tigre). Au delà du Diglat (sur la rive droite), je reçus des tributs : je fis halte dans la ville de Tahiti. Au mois de Duzu (juin), le sixième jour, je partis de Tahiti, je gagnai les rives du Kharmis, je fis halte dans la ville de Magarisi. Je partis de la ville de Magarisi, je gagnai les rives du Khabur, je fis halte dans la ville de Sadikanni. Je reçus le tribut de la ville

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