la ville X, [ou bien : vers la ville je X
Ce fragment a été publié une première fois en 1870 par sir Henri Rawlinson et G. Smith dans le recueil du British Muséum (i), et une seconde, fois en 1875, par M. Boscawen dans les Actes de la Société d'archéologie biblique (2), d'une manière plus complète, grâce à de nouveaux débris trouvés par G. Smith. La traduction qu'on vient de lire est conforme au dernier texte, corrigé en un endroit par M. Fried. Delitzsch.
La pièce fut d'abord attribuée à Assurbanipal. Aujourd'hui on pense qu'elle émane d'Asarhaddon. Le roi qui y parle assiège le roi Bahal à Tyr dans sa dixième campagne, tandis qu' Assurbanipal soumet ce prince au commencement de son règne et semble achever l'œuvre commencée par son prédécesseur. Néanmoins la chose reste douteuse.
La version publiée par G. Smith dans ses Assyrian Discoveries (3) reproduit, sans les distinguer du texte authentique, les interpolations arbitraires dont nous avons parlé.
Les lignes 2 et 3 y sont ainsi rendues : « Je me tournai vers le pays de Magan (et Miluhha) (5) .... qui dans la langue des habitants de Kusch (Ethiopie) et Mutsur (Egypte) sont nommés », quoiqu'on ne voie de trace de
(1) Tome m, pJ. 35, iio4.
(2) Tome IV, pp. 84-97. Le texte y est accompagné de traductions et de commentaires.
(3) 5« édition, pp. 311-313.
Magan et Miluhha (Makan et Milukha) dans aucune édition du texte. Quant aux mots sa ina pi-i^ rendus qui dans le langage^ les deux premiers sont donnés comme authentiques en 1870, et tous les trois comme restitution conjecturale en 1874. — Ligne 24, Smith traduit: des frontières d'Egypte^ ville de Magan. UÉgypie est purement divinatoire. — Ligne 24, il supplée avec raison (Ma)fl^an. Cette dernière restitution est seule sérieuse.
Entre les lignes 1-14 et les lignes 15-31, qui se lisent respectivement au recto et au verso de la tablette assyrienne, ni Smith ni M. Boscawen ne marquent d'interruption. On suppose en conséquence que la deuxième partie fait suite immédiate à la première.
Malgré ses lacunes, le texte révèle clairement qu'il ne s*agit point de conquérir TÈgypte ou d*y comprimer une révolte. Au moment de l'entreprise, Asarhaddon, suivant une observation fort juste de Lenormant, est maître paisible de ce pays, puisqu'il en tire un corps de troupea, et que des généraux assyriens qu'il y a laissés concourent à ses nouveaux desseins comme les princes arabes ses vassaux. Il assigne comme rendez-vous à ses officiers Rapikhi, Rhaphia, aux confins de l'Egypte et de la Palestine.
G. Smith et Boscawen ont mené dans cette circonstance Asarhaddon jusqu'en Méroé, parce qu'ils identifiaient le Màkan et le Milukhkha avec TÉgypte et l'Ethiopie. Nous ne leur ferons pas un crime d'être partis d'une hypothèse qui a rallié un moment les suflfrages de tous les assyriologues et qui nous a séduit longtemps comme eux. Nous regrettons plutôt de n'avoir nous-même reconnu que dans les derniers temps le mérite du travail dans lequel Lenormant en a démontré la fausseté (i).
(1) Les noms de Vairain et du cuivre dans les deux langues des inscrip' tiens cunéiformes de la Chaldée et de V Assyrie^ publié dans le t. VI des Transactions of the soc. of bibl. ARCHAEOLoar, pp. 334-417. Pour leà passages cités, voir pp. 348-353 et pp. 399-4(^2,
Les caractères du terrain décrit par Asariiaddon ne conviennent pas à TÉgypte. Durant une marche de 57 (=30+4+4+4+15) kasbuqaqqar, environ 75 lieues, à partir de Rhaphia, Tarmée assyrienne court de grands dangers provenant de la nature du sol, ce qui ne se vérifierait qu'à rentrée de la vallée du Nil, d'autant plus qu'Asarhaddon, maître tout au moins de la basse Egypte, était libre de ses chemins. Les détails : sol aride, infesté de serpents, couvert de sauterelles (?), jonché de pierres, rappellent au contraire la description du Hamad septentrional dans les documents d'Asarhaddon. La vallée du Nil étant exclue par les considérations précédentes, ces traits indiquent les confins de TArabie et de TÈgypte, le désert compris entre la Méditerranée et la mer Rouge, où erraient les pasteurs d'Amalec, ceux de Madian et d'autres tribus Abrahamides. L'usage des chameaux, requis en grand nombre pour l'expédition, était de rigueur dans les parages du Sinaï.
L'armée d'invasion se meut de l'ouest à l'est au sud de la Judée, à partir de l'Egypte, pays soumis aussi bien que la Palestine, vers les nomades tributaires à l'orient de la Syrie, comme pour combler une lacune de la domination assyrienne.
On ne parle ni de butin enlevé, ni de bataillons mis en déroute dans cette nouvelle battue qui est une simple reconnaissance du désert et une affirmation de haut domaine sur les tribus qui l'habitent. On ne rencontre personne durant des jours, et la vague indication d'ennemis défaits au terme de tant de courses contraste avec la précision des autres renseignements. Ici comme dans la campagne de Bâzu, on se gardera bien de mettre les marches bout à bout sans détours. Après des courses mesurant soixantequinze lieues et plus, Asarhaddon est encore au pays de Mâkan, qui est limitrophe du Milukhkha et par conséquent proche de TÉgypte, ainsi qu'on le verra par les marches d'Assurbanipal.
Faute de remarquer cette dernière particularité et parce qu'il suppose une marche de direction continue, ce à quoi rien n'oblige, Lenormant mène Asarhaddon et place par conséquent la ville de Mâkan « au delà de la vallée d'Arabah (entre la mer Morte et le bras oriental de la mer Rouge), soit au nord-est, soit au sud-est de Pétra. » Par de semblables inadvertances, Lenormant a compromis une thèse vraie dans sa généralité, savoir: que Mâkan et Milukhkha ne coïncident pas avec Mutsur et Kûsu, malgré l'opinion contraire de la majorité des assyriologues (i).
Le Mâkan, pays montagneux que la marche d' Asarhaddon invite à chercher du côté du Sinaï, touchait à une mer, car ses vaisseaux sont célèbres chez les Assyriens comme ceux de Milukhkha (2), et il ne peut être question de navigation fluviale dans ces parages. La mer qui baigne Mâkan doit être un région du golfe Arabique. Le Mâkan comprenait-il aussi des territoires à l'est du golfe d'Akaba, où Ptolémée et les géographes arabes signalent une ville de Macna ? Nos données ne confirment ni ne contredisent une pareille supposition. Si Lenormant y rattache, avec la presqu'île du Sinaï, la partie inférieure de l'Arabie Pétrée, au sud d'Édom et des Nabatéens, et sur la rive orientale du golfe d'Akaba, le pays des Madianites, c'est par suite d'une fausse interprétation des marches d'Asarhaddon qu'il mène vers l'Arabie centrale.
Ce savant a néanmoins rendu un vrai service à l'assyriologie en marquant la situation de Mâkan â l'est du Wadi el-Arisch.
Outre les preuves puisées dans le récit d' Asarhaddon, il confirme encore son opinion par plusieurs autres indices. D'après les inscriptions cunéiformes, le Mâkan était, comme le Sin^, riche en cuivre (s). Il y avait des ours,
(1) M. Tiele se range à Tayis de Lenormant dans son intéressant mémoire sur Sumer et Akkad.
(2) Cun, Inscriptions of Western Asia, t. U, pi. 46, 1. 6, c-d,
(3) Op. cit., t. 11, pi. 51, 1. 17, C'd.
nous ajoutons des ours vigoureux, dans le pays de Mâkan (i), et le trait lui semble convenir mieux à la presqu'île du Sinaï qu'à l'Egypte. — Le roseau de Mâkan, qan Makkan (s), lui rappelle les fameux roseaux marins, sûph auxquels la partie septentrionale de la mer Rouge devait son nom de Yâm-Sûph. Malheureusement le texte assyrio-accadien où l'expression se rencontre est une simple liste d'objets, sans contexte qui dise si qan Makkan signifie un roseau au sens propre ou quelque autre objet de forme analogue, par une métaphore assez commune. — Enfin, « l'ancien roi chaldéen Naramsin se vante d'avoir conquis le pays de Mâkan (s) à une époque où historiquement il est impossible d'admettre une conquête de rÉgypte par les gens de la Mésopotamie, tandis que c'est le moment même où Manéthon représente les rois Pasteurs fortifiant Avaris contre la menace d'une attaque des Assyriens, ce qui indique que, si ceux-ci n'envahissaient pas l'Egypte, ils arrivaient jusqu'à sa frontière. » Mais le synchronisme, affirmé gratuitement en 1879, est maintenant devenu plus que suspect. Dans l'inscription d'un cylindre récemment découvert, Nabonide, roi de Babylone, contemporain de Cyrus, prétend que Naramsin le précède de trente-deux siècles (4), en d'autres termes qu'il régnait trente-sept siècles avant l'ère chrétienne, tandis que les Pasteurs ont commencé en Egypte quinze siècles plus tard. Déplus, les savants qui identifient Mâkan avec l'Egypte, seraient fondés à répliquer que pour la vraisemblance, une expédition de Naramsin au Sinaï ou à l'entrée de l'Egypte, c'est tout un. D'ailleurs le fait de la capture du roi de Mâkan et de la conquête de ses États par Naramsin, est consigné dans un texte astrologique qui n'a pas toute lauthenticité désirable. Mais fût-il légendaire, il
(1) Op. cit., t. n. pi. 6, U. 28 et ^, c-d,
(2) Op. cit., t. n, pi. 34, n. 52 et 53, c-d.
(3) Op. cit., t. IV, pi. 34, n. 1, reverse, U. 15-18.
(4) Op. cit., t. V, pi. 64, col. m, 11. 45 et 46.
est instructif et intéressant à un autre point de vue. Il prouve que le nom de Mâkan se mêlait aux plus anciens souvenirs en Babylonie. Gudea, un autre roi cbaldéen des premiers temps, affirme qu'il fit tailler une statue d'un bloc de pierre apporté du Mâkan. Ce doit être la statue même sur laquelle on lit ce détail, et qui est en diorite (i). 11 y a quelque cbose de plus frappant encore : la montagne de Mâkan joue un rôle dans les mythes de l'ancienne Babylonie (2).
L'ébénisterie de Mâksm était célèbre. Les listes de la bibliothèque d'Assurbanipal mentionnent les sièges ou trônes, des tables et trois autres espèces d'instruments ou meubles en bois, que fournissait le pays (3).
Nabuchodonosor emploie pour l'ornementation des temples babyloniens Vargent, Vor^ les perles, le cuivre, les tablettes de Mâkan, le bois de cèdre (4).
L'écriture exprime ainsi les deux derniers termes: boistablette de Mâkan (5), bois-cèdre. Le mot ils, bois, bien qu'écrit, ne se lit pas : c'est un déterminatif aphone qui parle seulement aux yeux. On ne saurait donc traduire : tablettes de bois de Mâkan et de bois de cèdre : le sens est des tablettes de Mâkan et du bois de cèdre. Il convenait que le mot dup, tablette, fût précédé du déterminatif aphone, parce que d'ordinaire il désigne les tablettes en terre cuite sur lesquelles on écrivait. Le déterminatif n'était pas toutefois d'une rigueur absolue dans un contexte si clair.
Ainsi Nabuchodonosor emploie des tablettes de Mâkan. C'est le seul usage indiqué, tandis que le cèdre, malgré sa grande valeur dans l'antiquité, se prodiguait même dans
(1) Voir Amiaud, L'Inscription A de Gudea, d&ns la Zbitschrift pur Kbilschriptpoeschung, 1. 1, pp. 233-255. Voir principalement pp. 236.
(2) Cun. Inscriptions of Western Asia, t. IV, pi. 13, IL 16 et 17, a.
(3) Op. cit., t. 11, pi. 4^5, 11. 48 et 77, e-f. — Cf. Strassmaier, Alph. Verzeichniss, n. 4992.
(4) Grande inscription de Nabuchodonosor, col. 11, 1. 31 ; col. 111, 1. 41.
(5) Sur la lecture de ce dernier mot Mahanna, voir Strassmaier, n. 4992.
les charpentes. Les tablettes de Mâkan, d'un bois rare, étaient sans doute appliquées au incrustées pour rehausser une matière moins précieuse. Les bords du golfe d'Akaba ne fournissent pas que nous sachions de bois si remarquable. En outre, un produit dont le Mâkan avait le monopole, devait manquer aux contrées voisines. Tout cela indique une essence que les marins de la mer Rouge allaient chercher au loin. N'est-ce pas à son commerce et à son industrie que le Mâkan devait sa réputation ? Lorsque Salomon et Hiram envoyèrent leurs flottes à Ophir pour en rapporter l'or et le bois de santal, firent-ils autre chose que suivre une voie ouverte et développer à leur profit un commerce préexistant ?
Les inscriptions parlent de même des vaisseaux, des sièges et des tables de Milukhkha (i). Ce pays était également renommé pour la pierre précieuse dite de samtitm (2). On ignore, il est vrai, si ce produit y était indigène ou si le commerce l'y amenait. Le nom signifie pierre bleue et désigne la turquoise, à en croire Lenormant. M. Fried. Delitzsch le traduit pierre grise ou pierre brune avec plus de probabilité, car Tours a quelquefois la couleur indiquée et il est peu probable qu'il y ait jamais eu des ours bleus.
Le Milukhkha s'étendait sur les bords du Wadi el- Arisch et le rivage de la Méditerranée à l'entrée de l'Egypte.
Car, premièrement, Asarhaddon qui va à Rhaphia, au bord du ruisseau d'Egypte, et se détourne ensuite au sud-est, vers le Mâkan, sans franchir le wadi, touche le Milukhkha (ligne 11).
Ensuite, le roi d'Azot, Yamani, vaincu par Sargon, « s'enfuit à la frontière [littéralement ^ au bord) de Mutsur (Egypte), qui est à la limite de Milukhkha (s). » Dans le
(1) Cun. Inscr. of Western Asia, 1. 11, pi. 46, U. l,od; 49, e-f; 78 e-f. Cf. Strassnuûer ibtd.
Ci) Op. cit., pi. 51, 1. 17 a-b, (3) Fastes, 11. 10M03,
même récit Sargon dit que le Milukhkha est une région inaccessible (i) et Asarhaddon explique la chose, quand il dépeint le Milukhkha comme unecontrée dépourvue d'eau.
Lenormant commet sur ce passage une erreur de conséquence. Il traduit : Yamani s'enfuit au delà de VÊgypie^ et comme il rejette l'identification du Milukhkha avec Méroé ou TÉthiopie, il le place forcément à Touest de l'Egypte dans « l'extrémité la plus occidentale du Delta, » il ridentifie, avec le nome libyque « ou la Marmarique des géographes classiques. » « C'est, ajoute-t-il, le pays par excellence des lacs salés, le pays du sel et du natron, et je crois que c'est à cause de cela que les Sémites du voisinage lui auront donné le nom dont les Accads et les Assyriens après eux ont fait Melukhkha, car il me paraît bien difficile de ne pas rapprocher ce nom de Mélakh, sel. » Il cite à l'appui de son opinion l'autorité toujours très grande de M. Oppert : « Je suis en mesure d'affirmer, écrit-il, que M. Oppert, le premier auteur de l'explication par Méroé, ne l'admet plus aujourd'hui et considère Melukhkha comme la Lybie. »
Néanmoins les preuves alléguées par Lenormant en faveur de l'identité du Milukhkha et de la Marmarique sont illusoires.
Inutile de dire, en effet, que nous rejetons la traduction anf itî Muisur = au delà de l'Egypte y puisque nous avons interprété au bord de t Egypte. Le sens proposé par nous trouve sa justification dans les mots d' Asarhaddon : Rapikhi ana itî mat Mutsur = Rapikhiaw bord du ruisseau d'Egypte, et en deçà par rapport aux Assyriens, puisque Rapikhi, c'est-à-dire Rhaphia au jugement de tous, y compris Lenormant, se trouvait sur la rive orientale du Wadi el-Arisch. Il est irai que Lenormant a lu, d'après une modification conjecturale du texte fautif de M. Boscawen, Rapikhi arin ititi (forme féminine de itt) mat Mutsur = Rapikhi aux
(1) Ligne 111, Asar la art. Sur le vrai sens de l'expression voir Guyard Notes de lexicographie assyrienne^ nn. 37 et 63.
frontières d'Egypte, maïs si sa lecture était exacte, le sens de ana itîoxx ana ititij au bord, et par conséquent en deçà dans notre texte, serait encore plus évident. Car Rhaphia est plus en deçà de TÉgypte que du Wadi el-Arisch pour les Assyriens.
L'explication de Milukhkha ou Melukha par terre saline est fort plausible et nous plaît beaucoup ; nous la confirmerions même par l'analogue hébraïque g^Aéme/aM, la vallée de sel, au sud de la mer Morte, mais elle convient parfaitement aux parages de Péluse et à la région du Wadi el-Arisch, où le sel abonde.
Enfin, la thèse de Lenormant est en contradiction formelle avec son propre commentaire du récit qui nous occupe.
D'après lui, et nous sommes en général de son avis, arrivé à Rhaphia, Asarhaddon tourne à lest en s'éloignant de TÉgypte ; il se serait avancé dans cette direction au delà de ridumée et de Pétra. Mais comment se fait-il alors qu'Asarhaddon soit allé en Milukhkha, si le pays ainsi nommé confine à la Lybie. Car Asarhaddon dit expressément qu'il a été en Milukhkha : « Du pays de Mutsur,. je fis venir mes tentes (mes troupes) : je dirigeai la marche sur le pays de Milukha, 30 kasbu-qaqqar depuis Apku... jusqu'à Rapikhi. » Il faudrait que de Rhaphia, le roi de Ninive fût allé jusqu'à l'angle nord-occidental du Delta ; qu'il eût repassé les branches du Nil et le ruisseau d'Egypte pour courir ensuite toujours vers l'est jusqu'au delà de la mer Morte et du golfe d'Akaba !... Les mots soulignés ont évidemment échappé à Lenormant.
Lenormant publia en 1879 ses considérations sur le Milukhkha, telles qu'il les avait écrites deux années auparavant, à part une addition des plus malheureuses en forme de post-scriptum. A la lecture généralement adoptée Milukhkha (Milukha, Milukh, suivant les passages), il substitua Kislukha. Il retrouvait ainsi dans les documents cunéiformes les Kisloukhim, une tribu égyptienne nommée
au chapitre X de la Genèse. La fausseté de la nouvelle lecture fut bientôt démontrée. M. Fried. Delitzsch observa en effet que si la première syllabe de X-lukh-kha est exprimée dans les textes par un signe de valeur normale mi et de valeur possible A w, elle Test également par une autre lettre qui a d'ordinaire la première valeur et n'est pas susceptible de la seconde. Or il faut une lecture commune pour deux caractères exprimant une môme syllabe dans un mot donné, et celle-ci, dans le cas présent, est nécessairement mi.
Le Milukhkha, que nous continuons à nommer ainsi et à placer au nord-est de TÉgypte, avait quelque importance : ses troupes vont affronter les Assyriens en Palestine sous Sennachérib. Elles marchent, il est vrai, avec celles de rÉgypte ; mais elles forment un contingent respectable.
« Les gens d'Amgarruna (Ekron, Accaron), dit Sennachérib, appelèrent les rois de Mutsuri, et les hommes d*arc, de cheval et de char du roi de Milukhkhi, troupe innombrable, et ceux-ci allèrent à leur secours. Ils se rangèrent en bataille et firent avancer leurs troupes contre moi en faced'Altaqu. Je les mis en déroute (i). »
Comment expliquer l'existence d'un pareil royaume sur les bords du lac Sirbonis et du ruisseau d'Egypte ? Strabon résout peut-être la difficulté. Il nous apprend en effet qu'avant la fondation d'Alexandrie, Rhinocolura, à l'embouchure del'Arisch, était la principale place de commerce de l'Egypte, qu'on y transportait les produits de l'Arabie, et que les marchandises s'écoulaient de là dans les contrées voisines. Rhinocolura était encore un marché important au premier siècle de notre ère (a). Strabon appelle Rhinocolura une ville phénicienne et les vaisseaux de Milukhkha, célèbres chez les Assyriens, révèlent un peuple trafiquant par mer. Dans ces conditions, le royaume de Milukhklia se conçoit mieux que les cités si florissantes de Pétra
(1) Prisme de Taylor, col.ii, 11. 73-79.
(2) Strabon, XVI, iv, 24.
et de Palmyre dans les déserts d'Asie, mieux que Port- Saïd, une création invraisemblable, qui menace de ruiner Alexandrie, comme celle-ci a ruiné Rhinocolura (i).
L'opinion généralement reçue, d'après laquelle Mâkan et Milukhkha seraient identiques à Mutsur et à Kûsu, Egypte et Ethiopie (Nubie), repose sur le récit de la première campagne d'Assurbanipal en Egypte. Le passage mérite donc d'être transcrit.
€ Dans ma première expédition, j'allai au pays de Milukhkha et de Mâkan. Tarqû, roi de Mutsur et de Kûsî, qu'Assurakhiddin, roi d'Assur, le père qui m*a engendré, avait défait, et dont il avait soumis le pays, le même Tarqû oublia la puissance d'Assur, d'Istar et des grands dieux mes maîtres. Il eut confiance dans ses propres forces, il marcha contre les rois que le père qui m a engendré avait établis gouverneurs en Mutsur,* (il marcha) pour faire la guerre, piller et s'emparer de Mutsur; il s'avança contre eux et s'établit à Mimpi (Memphis), ville que le père qui m'a engendré avait prise.
« Un rapide messager vint à Ninive et me raconta (ces choses). En présence de ces faits, mon cœur soupira et mon foie gémit. Je levai mes mains, j'invoquai Assur et Istar l'assyrienne. Je convoquai les troupes dont Assur a confié le commandement à ma main ; je dirigeai la marche sur Mutsur et Kûsi. Au cours de mon expédition, 22 rois du littoral de la mer, de l'intérieur de la mer et du bord de la mer, serviteurs qui m'étaient soumis, apportèrent leur riche tribut en ma présence et me baisèrent les pieds. Ces rois, ainsi que leurs troupes et leurs vaisseaux, je les fis aller avec mon armée au secours des rois mes serviteurs soumis, gouverneurs du pays de Mutsur. Je marchai rapidement. J'allai jusqu'à Kar- Bâniti.
« Tarqû, roi de Mutsur et de Kûsi, apprit au milieu du
(1) Voir Elisée Reclus, Nouvelle géographie universelle, t. X, p. 591.
Mimpi(Memphis), la marche de mon armée littéralement de mon expédition) : il envoya ses hommes de guerre à ma rencontre pour en venir aux mains et combattre. Par le secours d^Assur, de Bel, de Marduk, les grands dieux mes seigneurs, qui marchent à côté de moi, je défis son armée dans une bataille livrée en vaste plaine. Tarijû apprit dans la ville de Mi m pi la défaite de son armée. Le prestige d'Assur et d'Istar le frappa : il retourna en arrière ; il fut épouvanté de Téclat de ma royauté (éclat) dont m'ont revêtu les dieux qui sont la gloire du ciel et de la terre. Il quitta la ville de Mimpi et il s'enfuit dans la ville de Nih (Thèbes). Je pris cette ville, j'y fis entrer mes troupes et les y établis. »
Assurbanipal raconte alors qu'il remit dans leur dignité les vingt princes égyptiens ses vassaux, dépossédés par Tarqû. Il termine ainsi Thistoire de la campagne :
« Je réorganisai le pays de Mutsur et le pays de Kûsu, que le père qui m'a engendré avait conquis. J'y mis des gardes plus fortes qu'auparavant et je resserrai les liens de la soumission. Je retournai sain el sauf à Ninua (Ninive), avec un grand butin et de pesantes dépouilles (i). »
Sur ce récit, on a édifié le raisonnement suivant : Assurbanipal assigne comme but de son expédition Mâkan et Milukhkha,et puis il dit qu'il a été en Mutsur et en Kûsu, c'est-à-dire, en Egypte et en Ethiopie. D'où l'on conclut : Mâkan -Milukhkha = Mutsur-Kûsu = Égypte-Éthiopie.
Il faut convenir que la démonstration a une grande force, si le rapport ofl5ciel dit en réalité qu'Assurbanipal a été en Mutsur et en Kûsu.
Lenormant échappe difficilement, pour son compte, à l'étreinte de ce raisonnement.
« Le roi d'Assyrie, dit-il, en indiquant sa marche, parle d'abord des provinces qui, dans l'empire du monarque son adversaire, se présentaient d'abord à ses coups ; puis un
(1) Cylindre A de liassam^ col. I, U. 52-117.
peu plus loin, il se sert d'une expression plus générale, en disant qu'il s'est dirigé stir l'Egypte et l'Ethiopie. Supposons un document où le duc de Wellington, parlant de la campagne de 1815, dirait : Je marchai en Belgique contre Napoléon^ empereur des Français. Il avait repris le trône doù C Europe l'avait chassé tannée précédente. Tattaquai la France ; faudrait-il en conclure que la Belgique est la France ? En réalité le prisme d'Assour-ban-habal (Assurbanipal) ne dit rien de plus positif. »
C'est trop atténuer la portée du récit cunéiforme. Mais ne se récriera-t-on pas si de notre côté, nous prétendons que,sans suivre ses soldats jusqu'au bout, Assurbanipal s'est attribué tout l'honneur de la guerre, en s'identifiant avec eux ? Cependant rien n'est plus vrai. Qu'on lise pour s'en convaincre un second récit qui présente les faits sous un jour tout autre, sans les résumer dans une expédition en Mâkan et en Milukhkha.
c( (Ayant appris l'invasion de l'Egypte par Tarqû)au turtan, aux préfets, ainsi qu'aux soldats à eux soumis, j'envoyai promptement l'ordre d'aller au secours des rois, les préfets (d'Egypte), mes sujets soumis ; je leur fis prendre le chemin de l'Egypte. Ils se mirent promptement en marche et gagnèrent la ville de Kar-Bâniti. Tarqû, roi de Kûsi, qui apprit la marche de mon armée, appela ses troupes pour en venir aux mains et combattre avec moi; il les rangea devant mon armée. Par la protection d'Assur, de Sin, les grands dieux mes seigneurs, qui marchent à côté de moi, ils (mes généraux) le défirent dans la plaine, ils firent tomber sous les armes les hommes de son armée. Quant à lui, il fut en proie à la frayeur et à l'épouvante : il retourna en arrière. 11 sortit de Mimpi sa ville royale, sa place forte. Pour sauver sa vie il monta sur un bateau ; il abandonna ses tentes, il s'enfuit seul et entra dans Nih. Mes soldats s'emparèrent de tous les vaisseaux de qarabi (?) qui étaient
avec lui. Un messager vint me dire ces bonnes nouvelles. Je joignis à mes troupes puissantes et j'envoyai pour chasser Tarqû de Mutsur et de Kûsi, les préfets, les gouverneurs, les rois d'au delà du fleuve (de la rive droite de TEuphrate), qui étaient tous mes serviteurs et mes sujets, avec leurs troupes et leurs vaisseaux, ainsi que les rois de Mutsur, mes serviteurs et mes sujets, avec leurs troupes et leurs vaisseaux. Ils allèrent vers Nih, la forteresse de Tarqû, roi de Kûsi, marche d'un mois et dix jours. Tarqû apprenant que mon armée s'avançait, quitta Nih, sa forteresse, passa le fleuve Yarû et occupa une position fortifiée de l'autre côté (i).»
Ainsi, pour avoir été en Mâkan et Milukhkha, Assurbanipal n'a pas été en Mutsur et en Kûsi. Car il est clair par la seconde version qu'il n'a pas atteint Kûsi. De ce chef déjà, l'identité des deux couples est problématique. — Il n'a pas vu Mimpi, Memphis, à l'angle méridional du Delta, puisque la nouvelle de la défaite de Tarqû et la prise de Mimpi, qui en est la première conséquence, lui est annoncée par un courrier, et qu'ensuite il se contente de diriger les opérations de loin, sans indiquer un pas en avant. — A-t-il mis le pied en Mutsur ? On se permet d'en douter, parce qu'il ne reste plus aucune raison d'identifier Mâkan avec Mutsur, ni Milukhkha avec Kûsi, et quAssurbanipal. affirme simplement qu'il a été en Mâkan et en Milukhkha. Assurbanipal est resté aux frontières d'Egypte et de Palestine. En efiet, du lieu où il apprend la nouvelle de sa victoire et d'où il dirige les opérations, son arrière-garde atteint Nih ou Thèbes (Karnak) en quarante jours par des chemins difficiles. Ces circonstances méritent l'attention.
Puisque les Assyriens sont maîtres du pays et qu'ainsi les obstacles qui retardent la marche tiennent au terrain, il faut comprendre dans la distance parcourue le désert du nord-est. Car le long du Nil, à partir de Memphis (Le
(1) Smith, il^sMrôawtpo/, pp. 38-41, 11. 11-32.
Caire),il n'y avait plus de difficulté spéciale. Ensuite, malgré la lenteur des premières étapes, en quarante jours, on fit sans doute un assez beau chemin. De là, la nécessité de reculer le point de départ vers le nord. Si on le place entre Péluse et lembouchure duWadi el-Arisch,les alliés d'Assurbanipal ont parcouru en moyenne dix-huit kilomètres par jour. Serait-il vraisemblable de supposer moins ? Posté au lieu indiqué, Assurbanipal communiquait aisément avec l'Asie et TÉgypte, soit par terre soit par mer.
La non-identité des deux termes Milukhkha et Kûsi se déduit encore des titres qu Asarhaddon se donne : sar mat Mutsur^kamû sar Milukh (i), c'est-à-dire, « roi d'Egypte, celui qui fait prisonnier le roi de Milukh (i). » Le seul roi de Kûsu avec lequel Asarhaddon eut des démêlés, est Tarqû, et il ne la pas fait prisonnier, ainsi qu'il ressort des récits d' Assurbanipal. Or on devrait l'admettre, si Milukh (ou Milukhkha) et Kûsi étaient tout un.
Relevons encore l'erreur de ceux qui cherchent Kar- Bâniti, la ville près de laquelle le roi d'Ethiopie fut défait, à l'angle nord-occidental du Delta et Tidentifient avec Karbana ou Karba, l'Héracléum de la période macédonienne, à l'embouchure de la branche Canopique du Nil. Dans cette supposition, les Assyriens, qui avaient pour objectif principal Memphis et Thèbes, auraient traversé de l'est à l'ouest, toutes les branches du Nil, tous les marais du Delta, et se seraient concentrés dans la partie la plus reculée de la basse Egypte. Il faudrait en outre qu'Assurbanipal eût suivi ce chemin avec l'arrière-ban de son armée, alors que Tarqû en déroute avait évacué Memphis et se repliait sur Thèbes. Tout indique au contraire que Tarqû essaya d'arrêter l'ennemi à l'entrée de l'Egypte, et qu'il livra bataille à l'est du Delta, d'autant plus que la vaste plaine où se déployèrent les deux armées répond mal au site d'Héracléum. On placera par conséquent Kar-
(1) Layard, Inscriptions, pi 19, n© l, 1. 5.— Cf.Delitzsch,Pararfee^, p. 308.
bâniti en deçà de Memphis par rapport à la Palestine, par où venait Assurbanipal. Le nom est assyrien, comme G. Smith l'a reconnu, et signifie forteresse de Bâniti, ou plutôt de la déesse Bâniti, pour rendre tout ce que l'écriture cunéiforme exprime. On a déjà remarqué que l'usage local ne ratifiait point ces noms nouveaux qui flattaient les Assyriens autant qu ils humiliaient les nations vaincues. Ainsi nous ne perdrons pas notre temps à chercher des vestiges de Kar Bâniti dans la nomenclature égyptienne, surtout à chercher un terme de comparaison en dehors du chemin tracé par les relations d' Assurbanipal.
C'est principalement en Egypte que les Assyriens s'étaient laissés aller au plaisir de changer les noms. Assurbanipal l'atteste dans un fragment instructif.
« Assurakhiddin (Asarhaddon), roi d'Assur, le père qui ma engendré, marcha (sur Mutsur) et y entra. Il défit Tarqû roi de Kûsi et dispersa son armée. 11 conquit Mutsur et Kûsu, et en enleva des dépouilles sans nombre; il fut maître de toute cecte contrée, et il l'annexa à l'empire d'Assur. Il changea les anciens noms des villes et leur créa des appellations nouvelles (i). »
L'opération eut si peu de succès qu' Assurbanipal luimême, énumérant les principales villes égyptiennes, emploie les désignations locales pour être compris à Ninive. Il se sert seulement en un endroit de l'assyrien Kar^bilmatâti, forteresse du seigneur des contr'èes (du seigneur du monde), au lieu de l'égyptien Saï (Sais), qui se lit dans un passage parallèle (2).
L'usage plus constant du nom assyrien Kar-Bâniti s'explique par le rôle particulier de cette place. Tarqû ne s'était pas emparé de Kar-Bâniti, et il s'arrête en deçà quand il va à la rencontre des Assyriens. L'armée d' Assurbanipal au contraire y parvient sans difficulté et passe au delà sans éprouver de résistance. Car la bataille
(1) Smith, Assurbanipal, pp. 34, 35.
(2) Op. du, p. 45,1. 51.
se donne entre Kar-Bâniti et Memphis. D'après tous les indices, Kar-Bâniti était une clef à l'entrée de la vallée du Nil, une forteresse occupée à demeure, d'où les Assyriens surveillaient la conduite des petits rois d'Égj^pte, vassaux de Ninive : c'était comme une ville assyrienne.
Kar-Bâniti, supposé qu Assurbanipal s'y soit rendu, se placera en Mâkan ou en Milukhkha, puisque le roi d'Assyrie n'a pas atteint le Mutsur dans sa première campagne, et plutôt en Milukhkha sur la Méditerranée qu'en Mâkan sur la mer Rouge, parce que le rivage de la grande mer était la route ordinaire des armées qui passaient de Syrie en Egypte et vice-versa. Nous chercherions Kar-Bâniti, comme nous l'avons dit, à l'est de Péluse, dans les parages du Wadi el-Arisch ou du lac Sirbonis.
Assurbanipal rencontre le Mâkan aussi bien que le Milukhkha sur le chemin de l'Egypte, et le fait s'acîcorde difficilement à première vue avec la situation relative des deux pays telle que nous la concevons. Ne serait-ce pas que leurs limites étaient indécises dans le désert, ou qu'ils ne faisaient qu un politiquement ? La seconde hypothèse se fonderait sur ce que les trois prédécesseurs immédiats d'Assurbanipal: Sargon, Sennachérib et Asarhaddon, mentionnent des rois de Milukhkha, tandis qu'ils ne parlent point de rois de Mâkan. Mais quelque idée qu'on se fasse là-dessus, la non-identité de ces deux provinces d'une part, et de l'Egypte et de l'Ethiopie de l'autre, reste démontrée.
§ 2. V Egypte et V Ethiopie.
Les documents d'Assurbanipal ajoutent peu aux notioîis de géographie égyptienne antérieures à leur découverte. Mais la liste des vingt rois et villes soumis à Ninive dans la vallée du Nil a permis de rapprocher beaucoup de noms obtenus par l'assyriologie des formes indigènes révélées par l'étude des hiéroglyphes. La coïncidence des lectures
parallèles fut très utile en un temps où quelques personnes se défiaient encore des résultats généraux de Tassyriologie, et aujourd'hui même, ces rapprochements ne sont pas dépourvus d'intérêt.
Nous transcrivons la liste assyrienne.
« Nikû, roi de Mimpi et de Sai,
Sarludari, roi de Tsihinu,
Pisankhuru, roi de Natkhû,
Pakruru, roi dePisabtu,
Bukkunannihpi, roi de Khatkhiribi,
Nakhki, roi de Khininsi,
Butubisti, roi de Zahnu,
Unamunu, roi de Natkhû,
Kharsiyaisu, roi deZabnuti
Buaima, roi de Pindidi,
Susinqu, roi de Pusiru,
Tabnakhti, roi de Punubu,
Bukkunannihpi, roi d'Akhni,
Iptikhardisu, roi de Pikhattikhurunpiki,
Nakhtikhuruansini, roi de Pisabdiha {variante, Pisabdinuii),
Bùkurninip, roi de Pakhnuti,
Tsikhâ, roi de Siyautu,
Lamintu, roi deKhimuni,
Ispimathu, roi de Taini,
Matimiankhi, roi de Nih (i). »
Parmi les noms de villes, trois sont certainement nouveaux ; Pikhattikuruiipiki, Pisabdiha ou Pisabdinuti et Pakhnuti : mais de simples noms apprennent peu de chose. Les autres étaient connus par les inscriptions égyptiennes, les géographes classiques et différentes sources. Nous résumons les rapprochements déjà présentés d'une manière succinte,le plus souvent d'après M. Brugsch, par M. Fried. Delitzsch.
(1) Cylindre A de Rassam, col. I» 11.90-109.
Mimpiy en égyptien Men^nefery en grec Meuç iç, copte Menthe^ sur le Nil, au-dessus du Delta, une des capitales de rÉgypte.
Sai, en égyptien Saî-t ou Sau^ grec 2af;, arabe 8a eU Hagar, dans le Delta occidental, sur la branche Canopique du Nil, une des capitales de TÉgypte. — Les Assyriens tentèrent de changer le nom de Sait en celui de Kar-biU matâtiy forteresse du maître des contrées.
r^iAinw, variante Tsahnu, en égyptien Tsan-t^ grec Tavt;, hébreu Tscan, arabe Tsân, da^ns le Delta oriental, à Touest de la branche Pélusiaque, sur un bras secondaire du Nil, une des capitales de l'Egypte. L'identification de Tsahnu avec Tanisest proposée par M.Fried. Delitzsch, tandis que G. Smith, Haigh, Brugssh retrouvent Tanisdans Zahnu, nommé en septième lieu. L'opinion de M. Delitzsch est la plus plausible. Tsahnu, qui joue un rôle très important dans la révolte de TÉgypte après la première campagne d'Assurbanipal, doit avoir été une des grandes villes du pays.
NatkhUy en égyptien N-atkhu (n est l'article), les Marais, grec Naôcù, Neour, dans le Delta oriental, à Touest de la branche Pélusiaque.
Pisabtu, a été rapproché de l'égyptien Persepet, nom d'une ville située dans le Delta au sud de Tanis.
Khatkhiribi, égyptien Khattakherab, grec A9pt6t;, dans le Delta méridional, sur la branche Sébennytique, la branche principale du Nil. — Les Assyriens voulurent remplacer le nom de Katkhiribi par celui de Limir-issak-Assur, c'est-à-dire, qu'il brille le représentant d'Assur.
Khininsi, en égyptien Khenensu, copte HnenSy hébreu Khanès, dans l'Egypte centrale, au sud de Memphis, sur la rive gauche du Nil.
ZaAww, identifié avec Tanis par G. Smith, Brugsch et Haigh. Voir plus haut Tsahnu.
Zabnuti, en égyptien Tebneter ou Tébnutiy grec IsSe^voç, dans le Delta, où elle donne son nom à la branche Sébennytique du NiL
Bindidi ou Pindidi, égyptien Banébtet, grec Miv Jn^, dans le Delta, à Test et à peu de distance de Sébennjs.
P\mrUy en égyptien Pe(r)usiri ou PeusiH^ copte Busiri, grec Bouatpiç, dans le Delta, entre Mendèset Athribis.
PunuhUf en égyptien Pemub ou Penzib ; en grec, un autre nom, McipEfA^t;, mais d'origine égyptienne. Sur le canal qui joint la branche Canopique au lac Marea.
Akhni ou (Ikhniy Ukhnijy d'après M. Brugsch, On du nord. L'identification est rejetée à bon droit par M. Fried. Delitzsch, On correspondant beaucoup mieux à Dnuy qui se présentera dans la suite.
SiyœutUy en égyptien Saautt^ la kxjY,6uolii des Grecs, aujourd'hui Siut^ à peu près à mi-chemin entre Memphis et Thèbes.
Khimuniy en égyptien Khemenu, grec 'EpfxoTroÂi;, au nord de la précédente.
Taini^en égyptien îïm',plus tard il ôwrf, grec ©i^vu, 0tvi;, Si;, *Aou(îo;, dans la haute Egypte, entre Siut et Thèbes.
Nih « Nih est sans doute Thèbes dit M. Brugsch. Dans les listes des nomes (provinces de TÉgypte) iVen, Ne ou Ni isolé désignent souvent la grande capitale. » En hébreu, Nô ou NôAmmon, que les prophètes comparent à Ninive, en grec Aiôanohi. Nih joue dans les guerres d'Assurbanipal un rôle qui confirme son identification avec Thèbes.
Le Nil est désigné sous le nom de Yarû, en égyptien Aur^ copte Yaro, hébreu Yeôr.
L'importance de Nih se révèle encore dans l'histoire d'une seconde campagne d'Assurbanipal en Egypte (i).
Ce récit qui a beaucoup d'analogie avec le précédent, en éclaircit les données et les complète par de nouveaux détails.
Après la mort de Tarqû, qui suivit de près sa défaite, « Urpamani, fils de Sabaku, s'assit sur son trône royal. Il
(1) Même cylindre, Col. Il, U. 28^.
prit pour place forte la ville de Nih et la ville d'Unu. Il rassembla ses forces et convoqua ses Iroupes pour combattre mes soldats, les fils du pays d'Assur, qui étaient à Mimpi. Il bloqua ces gens et s'empara de leurs issues. Un messager rapide vint me le dire. »
Unuy en égyptien On, ville qui ne fait qu'un avec Nih, et d'où le roi d'Ethiopie marche à la conquête de Memphis, n'est pas le On au sud-est du Delta, en grec 'Ep^ulottoXi;, mais le On sur la rive gauche du Nil en face de Thèbes, en grec 'Epjutwvôt^.
Memphis tomba aux mains d'Urdamani. Car Assurbanipal reprend immédiatement comme suit :
« Dans ma deuxième campagne, je dirigeai la marche sur le pays de Mutsur et le pays de Kûsi. Urdamani apprit la marche de mes troupes, (il apprit) que je foulais le territoire de Mutsur. Il quitta Mimpi, et pour sauver sa vie se réfugia dans Nih. Les rois, les lieutenants, les gouverneurs que j'avais établis en Mutsur, vinrent au devant de moi et me baisèrent les pieds. Je me mis en chemin à la poursuite d'Urdamani : j'allai jusqu'à Nih, sa forteresse. Il vit l'approche de mon armée et quitta Nih. Il s'enfuit vers la ville de Kipkipi. »
Les hommages rendus au roi d'Assyrie par des hommes d'un si haut rang ne sont probablement pas de ceux qu'il recevait par procuration : il a donc été en personne jusqu'aux frontières d'Egypte pour le moins. A-t-il poussé jusqu'à Nih, Thèbes, comme il le dit en toutes lettres? La relation parallèle, déjà cité dans l'étude de la première campagne, répond à la question.
« Tarqû accomplit ses destinées. Urdamani, fils de
sa femme, s'assit sur son trône et gouverna le pays. Il se fortifia dans la ville de Nih, et rassembla ses forces. Il fit marcher ses troupes et se mit en chemin pour engager combat et bataille avec mon armée. Par la protection d'Assur, de Sin, et des grands dieux mes maîtres, ils (mes généraux) engagèrent une bataille en vaste plaine et dispersè-
rent son armée. Urdamani s'enfuit seul et entra dans Nih, sa capitale. Ils allèrent à sa poursuite jusque dans Nih. Ils prirent cette ville dans sa totalité et passèrent sur elle comme la tempête. »
Suit la description du pillage, qui se termine ainsi : « Ils revinrent sains et saufs à Ninua (Ninive), et me baisèrent les pieds. »
Assurbanipal n'avait donc pas vu Thèbes : les équivoques de la première relation sont flagrantes. Il est néanmoins dit en termes qui excluent tout doute qu Urdamani -était maître de Memphis et qu'il s'y trouvait quand les Assyriens s'approchèrent de l'Egypte. Par la seconde version citée, on voit qu'il alla à leur rencontre, en avant de Memphis, cela s'entend, et qu'ainsi la bataille eut lieu assez près de l'isthme de Suez. On y lit en outre que les Assyriens franchirent la distance entre le champ de bataille et Nih en quarante jours, tout juste comme après l'engagement décisif dans la guerre précédente. L'identité des deux mesures prouve qu'alors aussi on en était venu aux mains à l'entrée de l'Egypte, comme on l'a déjà déduit par le calcul des marches.
L'énumération du butin de Nih est remarquable. « Mes mains prirent cette ville dans sa totalité. Je pris l'argent, Tor, les perles (i), tout l'ameublement (ou le dépôt) de son palais (du palais d'Urdamani) ; des étoffes de birmiet de kitu^ de grands chevaux, la population mâle et femelle. J'enlevai de leur base, à la porte d'un temple, et je pris pour le pays d'Assur, deux grands timmi ouvrages taillés de zahhali et d!ibbiy du poids de 2500 talents (75000 kilogrammes). Je fis prévaloir mes armes sur Mutsur et Kûsi ; j'y accomplis de grandes actions. Je retournai sain et sauf, les mains pleines, à Ninua, ma capitale. »
Aux objets mentionnés, le second rapport ajoute <i des
vl) iVmjr/M. Sur le sens du mot voir Haupt, Beitràge zur Assyrischen LauUehrey p. 105, note 4.
pagi et des uqupi (animaux), nourrissons de leurs montagnes (des montagnes de l'Egypte). »
La place occupée par les Hmmi rappelle les colosses en pierre qu'on voyait si souvent à Tentrée des temples dans l'ancienne Egypte ; les noms de matière conviennent au marbre et au granit. Zakhali signifie le brillant, et ibbi le pur. A Babylone, Nabuchodonosor parle de taureaux gigantesques en zakhali k la portes des temples : ces sortes d'ornements étaient toujours en pierre, et c'est pour ce motif que nous n'avons pas fait de zakhali un métal, interprétation proposée par d'autres. — Les deux colosses enlevés sont modestes en leur genre, puisqu'il s'en est trouvé de nos jours pesant jusqu'à un million de kilogrammes. Les Assyriens, qui avaient le choix, reculèrent devant les diflScultés du transport.
M. Schrader propose pour uqupi, qu'il rapproche de l'hébreu qûp, le sens de singe, animal souvent représenté sur les monuments anciens de l'Egypte.
Nous retrouvons ici le pagu, animal terrestre qu'on a vu figurer au tribut de Tyr et du Patinu. Assurbanipal l'indique comme propre à l'Egypte et vivant dans les montagnes. Serait-ce un oiseau, l'ibis, l'oiseau par excellence des bords du Nil ? On a vu qu'Assurnatsirpal entretenait des pâgi comme animaux curieux dans son parc de Kalakh, et qu'il nomme le pâgu après un grand oiseau que nous croyons être l'autruche. Mais pâgu ne se rencontre pas accompagné du signe déterminatif de la classe des oiseaux, bien qu'il se lise au moins cinq fois dans les inscriptions (sous les formes pagî, pagut, pagutu).
Sans aller jusqu'au Kûsu, les Assyriens s'en approchèrent dans la seconde expédition. Tarqû, forcé précédemment d'abandonner Thèbes, s'était contenté de s'éloigner un peu et d'occuper une position fortifiée sur la rive gauche du Nil tandis qu'Urdamani s'enfuit jusqu'à Kipkipi, (même nom en ég}'ptien), capitale de l'Ethiopie. Les Assyriens, la seconde fois, s'emparent de Nih ou Thèbes dans sa totalité.
c'est-à-dire, pour donner un sens à l'expression, avec Unu, sur la rive gauche du Nil, dont les mémoires d'Assurbanipal font une annexe de Nih.
Les Assyriens ne poursuivirent pas Urdamani au-delà de l'agglomération de Thèbes : ils ne touchèrent jamais la frontière d'Ethiopie. Quand les scribes d*Assurbanipal affirment que leurs maîtres ou ses armées se distinguèrent par leur exploits en Mutsur et en Kûsu, ils considèrent les deux pays comme faisant un sous le sceptre de Tarqû ou d*Urdamani. Car ils ne font pas difficulté de dire Tarqû roi de Mutsur et de Kûsu, bien qu'ils le donnent pour usurpateur, comme les historiographes de Sennachérib accordent le titre de roi de Kardunias ou de roi de Babilu à Mérodach-Baladan et à Suzub aussi longtemps qu'ils exercent le pouvoir de fait, quoique ils leur refusent tout droit au trône en Babylonie.
Nous nous arrêtons ici ; TÉgypte est le terme que nous nous sommes prescrit dans notre seconde étude de géographie assyrienne.