CHAPELAIN DU COUVENT DU BON-PASTEUR
" Monseigneur et très honoré Père,
" Nous avons l'insigne privilège d'ouvrir le concert de vœux et de félicitations qui, de toutes parts, acclame aujourd'hui l'année jubilaire de votre vie sacerdotale. Cette époque solennelle où tous les sentiments se con-
1 — La méthode enseignée par l'abbé Lagacé.
fondent dans une seule et même harmonie, remue profondément nos âmes, car elle nous rappelle que près de la moitié de votre précieuse vie de sacerdoce a été consacrée à nous combler de vos paternels bienfaits. La fête de ce jour nous apparaît donc dans ce qu'elle a de plus beau, de plus touchant et de plus gracieux. Pour la saluer, nos cœurs s'ouvrent à une indicible jubilation, et nos accents joyeux, imprégnés du parfum des autels, s'élèvent, montent vers Dieu comme un hymne de reconnaissance et d'actions de grâces. Aussi nous aimons à le proclamer, notre humble sanctuaire restera à jamais embaumé du sacrifice de bonne odeur que ce matin vous y avez offert à l'Eternel. C'était, vénéré Père, votre sublime action de grâces en cet heureux anniversaire du jour qui vous fit prêtre du Seigneur. En ce moment d'ineffables souvenirs pour vous, notre prière prenait un nouvel essor pour remercier le Seigneur de ce qu'après vous avoir fait son ministre pour la gloire de son nom, il a bien voulu pour notre bonheur vous conserver jusqu'à ce jour béni. Oh ! comme elle devenait ardente cette prière de nos âmes conjurant Dieu de vous continuer ses grâces précieuses, le suppliant de faire tomber pour votre consolation la rosée du ciel sur ce modeste champ où chaque jour vous semez de nouveaux bienfaits. Ici s'élève la voix de notre reconnaissance ; elle a beaucoup à vous dire, digne Prélat, vous qui à ce titre glorieux voulez bien allier celui de Chape-
lain, de Père de cette communauté; tous les cœurs, veulent à la fois se faire entendre, nous les laisserons tous parler dans chacun de nos accents de ce jour fortuné.
" Qu'il nous soit maintenant permis de constater le haut témoignage d'estime offert à votre personne par la présence de M^"" l'archevêque ; il nous est doux de nous en réjouir et de nous honorer de cette gracieuse présence qui donne du prix aux hommages qui vous, viennent de notre part. Nous saluons aussi avec bonheur les vénérables amis qui vous entourent ; ajoutant à nos joies le précieux concours de leur sympathie, ils les rendent plus complètes et plus dignes de vous.
" Enfin, très honoré Père, la famille religieuse decette maison, s'inspirant de votre touchante sollicitude, dépose à vos pieds l'humble tribut de ses hommages ; c'est un tribut du cœur portant le double cachet d'une vénération profonde et d'une gratitude sans bornes comme sans fin. Daignez l'avoir pour agréable, et puisse le jour radieux qui se lève sur votre vie, fidèle dépositaire de nos vœux et de nos souhaits, redire en descendant les âges, redire bien haut notre dévouement filial pour le meilleur, le plus vénéré, le plus aimé des pères ".
" Cette adresse est ornée de l'écusson du prélat avec son heureuse devise : Recte et Misericorditer.
" La séance consistait en chants et en représentations,
allégoriques toutes plus gracieuses les unes que les autres. Ce fut d'abord " une gerbe de JBleurs cueillies au ciel ", bouquet spirituel de la communauté, offert par M"® Chinic, élève de la classe privée du Bon-Pasteur. M}^^ Amélia Smith adressa ensuite à M^' Cazeau un charmant discours, en lui présentant un tableau généalogique de sa famille, dont les enluminures rappellent les principaux événements de sa vie. On y voit l'ancien collège de Nicolet, où il finit ses études, l'archevêché, l'église de la Congrégation des hommes à Québec, où il a dit sa première messe et dont il a été le chapelain pendant près de vingt ans ...
" Le plus touchant peut-être des tableaux qui suivirent, fut celui qui avait pour titre: "The Minstrels of Erin ", dans lequel de jeunes élèves irlandaises ornées d'écharpes vertes et portant la harpe légendaire des bardes, rendirent hommage au zèle et au dévouement de M^"^ Cazeau envers les orphelins irlandais lors de l'épidémie de 1847. On sait que plus de 700 enfants furent placés dans des familles canadiennes par les soins de notre clergé et de nos concitoyens à cette époque ; et cette entreprise philanthropique avait été dirigée par M^"" Cazeau. Combien de familles lui durent par là leur bonheur, et lui décernent à juste titre le nom de père et de bienfaiteur I
" Les deux scènes suivantes, " une date chère " et " un écho lointain " se rapportent à la carrière de
Cazeau comme chapelain et protecteur du Bon- Pasteur. La dernière consistait en une députation des dix couvents enseignants fondés par la maison-mère dans autant de paroisses du diocèse. Chacune des toutes petites filles qui représentaient ces institutions, tenait à la main un étendard sur lequel étaient des souhaits qu'elles ont lus avec beaucoup d'aplomb et de finesse. Ces inscriptions étaient très spirituellement rédigées, et quelques-unes d'entre elles laissaient deviner seulement par une heureuse allusion le lieu de leur provenance, ce qui a beaucoup amusé l'auditoire.
" La dernière scène était inscrite sur le programme sous ce titre : " Le choix de Pie IX ". Les petites élèves de l'Hospice Saint-Charles, décorées de rubans violets, s'avancèrent, portant une longue guirlande composée de couronnes d'immortelles. Après un dialogue, elles déposèrent cette guirlande au pied du portrait de M^'' Cazeau. Deux petites filles costumées en anges — si nous nous en souvenons bien, l'ange de Pie IX et l'ange du Sacerdoce — étaient placées sur des piédestaux de chaque côté ; elles gardèrent la guirlande suspendue tout le Teste de la séance. L'une d'elles, une arrière-petitenièce du héros de la fête, n'est âgée que de trois ans ; l'autre, sa doyenne d'une couple d'années, lut avec un aplomb imperturbable, variant ses tons comme un protonotaire expérimenté, une traduction française du bref
de Pie IX, appelant M^"" Cazeau à la haute dignité de Prélat Domestique. Ce fut irrésistible, et une salve de bravos mêlés de pleurs et de rires accueillit ce charmant épisode. Du reste, pendant toute cette séance, les hommes les plus graves, les plus inaccessibles en apparence aux émotions, comme les plus accessibles, furent tour à tour déridés et attendris.
" Pendant le dernier chant : " Couronne de la Noce d'Or ", de magnifiques bouquets furent offerts par jy/pes Burroughs, Chinic, Jackson, Murphy, Pope, Eoy et Roche, élèves de la classe privée.
" M^"" Cazeau répondit avec un accent ému et un visible effort pour réprimer ses émotions, à tous les bonssouhaits et à tous les éloges dont il avait été l'objet, et son allocution heureuse et touchante sous tous les points de vue couronna dignement cette intéressanteséance ".
Il nous faudrait presque un volume pour rapporter toutes les marques d'honneur et de reconnaissance que reçut M^"" Cazeau durant les fêtes de son jubilé sacerdotal qui durèrent jusqu'à la mi-janvier. Il eut de véritables ovations dans les différentes institutions de la ville, tour à tour à l'université Laval, à l'Institut
Canadien, aux Ursuliiies, à l'Hôtel-Dieu, à l'Hôpital- Général, à l'Hospice de la Charité, aux couvents de Sillery, de Bellevue et de Saint-Eoch, à la Congrégation Xotre-Dame, à l'Asile de Sainte-Brigitte, au Cercle Catholique.
Une députation des principaux citoyens réunis au grand salon de l'archevêché lui présenta au nom de la cité une adresse de félicitations, qu'elle accompagna d'une bourse abondante destinée aux aumônes du prélat. Mais de toutes ces manifestations, aucune ne fut plus éclatante ni plus solennelle que celle du clergé. îTous en extrayons les détails de V Abeille, petite feuille hebdomadaire publiée au séminaire de Québec :
" Jeudi, le 8 janvier, le clergé de l'archidjocèse, on devrait dire de toute la province, se réunissait à Québec pour fêter solennellement le cinquantième anniversaire de l'ordination sacerdotale de M^"" Cazeau. C'était comme un jour de réjouissance publique. La manifestation n'avait pas ce caractère d'intimité qui faisait le cachet de la solennité donnée au Bon-Pasteur et dont nous parlions la semaine dernière, le théâtre était plus vaste, la réunion plus complète.
" Tous les évêques de la province, sauf M^'" Fabre, maintenant en Europe, et M^'' l'évêque de Chicoutimi, s'étaient empressés de répondre à l'invitation de l'archevêque, et étaient accourus à Québec pour complimenter celui qui est leur doyen par l'âge et qui
a rendu tant de services à leurs diocèses respectifs, avant que ceux-ci fussent séparés de l'archidiocèse de Québec.
" A neuf heures et demie, tous ces illustres pontifes faisaient leur entrée à la basilique, précédés de plus de cent cinquante prêtres, venus de tous les points du diocèse de Québec et des diocèses voisins. M^' Cazeau chantait lui-même la messe ; M^'' l'archevêque de Québec assistait paré au trône, ayant à sa droite M. l'abbé A.-N. Bellemare, supérieur de Nicolet, et à sa gauche, M. l'abbé A. Legaré, curé de Saint-Denis.
" A l'évangile, M^'" Laflèche monta en chaire et, durant plus d'une heure, nous parla de la grandeur du prêtre ■et du rôle important qu'il est appelé à jouer parmi les hommes. Il eut à l'égard de M^"" Cazeau des paroles très flatteuses, dans lesquelles il rappela les vertus et les mérites du vénérable prélat. La cérémonie fut close par un Te Deum solennel.
" L'autel était décoré avec ce bon goût, ce tact exquis •que nous sommes toujours sûrs de trouver dans les démonstrations religieuses qui ont lieu à la basilique. Nos confrères du chœur de l'orgue, soutenus par un orchestre aussi riche que puissant, ont parfaitement exécuté la douzième messe de Mozart, cette perle du grand compositeur allemand.
" Après la messe, tous, évêques, prélats et prêtres, se réunissaient au salon de l'archevêché pour la lecture de
l'adresse du clerçjé. Ce fut le vénérable curé de l'Islet, M. r.-X. Delâge, qui fit cette lecture. Nous regrettons vraiment que l'exiguité de nos colonnes ne nous permette pas la reproduction de cette pièce remarquable à la fois par la beauté des sentiments qui y sont exprimés et par la grâce et l'élégance de la plume qui l'a écrite. Sans contredit, parmi les nombreuses adresses présentées à M^' Cazeau, elle ne serait pas déplacée au premier rang.
" M. le grand vicaire Doucet, curé de la Malbaie, au nom du clergé de Chicoutimi, fit ensuite la lecture d'une autre adresse également remarquable, rappelant entre autres cboses, les liens si intimes, si nombreux qui unissent les clergés de Québec et de Chicoutimi. Puis M. le grand vicaire Poiré prit la parole au nom des missionnaires de la Kivière-Eouge.
" M^'' Cazeau était profondément ému, les larmes montaient comme malgré lui à ses paupières, et ce ne fut pas sans difficulté qu'il put lire les réponses qu'il avait bien voulu préparer. Disons en demi-mot que plusieurs assistants furent aussi touchés jusqu'aux larmes. Quel beau spectable en effet que celui de ce vieillard aimé et vénéré, entouré comme d'une couronne d'évêques et de prêtres, lui apportant de tout cœur le tribut de leurs hommages et de leurs félicitations ! Après cinquante ans de sacerdoce, après un demi-siècle de travaux incessants, comme on doit se sentir rajeunir aux souve-
I/ASILE du bon-pasteur de QUÉBEC
nirs d'autrefois, évoqués en foule par tant de paroles amies !
" Il était une heure ; encore quelques minutes, et ce clergé nombreux prenait place, dans la salle à manger du pensionnat, autour de tables chargées de mets délicats et succulents. On se serait peut-être permis d'admirer l'élégance du service, si l'estomac n'eût fait entendre ses justes réclamations. Cent soixante-dix convives prirent part au banquet. A la fin, M^"" l'archevêque, M^'' Laflèche et M^"" Cazeau prirent successivement la parole. Si V Abeille avait eu un sténographe à son service, ses lecteurs auraient lu avec plaisir les remarques délicates et spirituelles que firent ces éminents prélats.
" Pour finir dignement ce beau jour, les artistes de Québec, après s'être assuré le concours de l'illustre violoniste du roi des Belges, M. Jehin-Prume, ont donné une délicieuse soirée musicale au salon du pensionnat ",