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la petite chapelle du couvent et d’y implorer le secours du ciel. En se relevant, elle se trouva raffermie, le calme avait fait place à l'agitation, Elle manda ses filles à sa chambre, leur raconta ce qui venait de se passer et les consulta sur le parti qu’elle devait prendre.
Les deux novices connaissaient la vertu de leur mère, son courage, sa haute raison, son expérience ; elles savaient qu'elle possédait toutes les qualités requises pour fonder une œuvre telle que l’Asile de Sainte-Madeleine, Elles comprirent pourquoi M Turgeon avait jeté les yeux sur une pareille femme, et elles lui conseillèrent d'accepter. M" Roy n’hésita plus. Elle se rendit sur-le-champ à l’archevêché. M. Proulx voulut la présenter lui-même à M Turgeon. Elle se jeta à ses pieds en lui demandant sa bénédiction et lui disant : “ Monseigneur, je suis votre humble servante ; faites de moi ce qu’il vous plaira, je regarderai votre volonté comme celle de Dieu même ”.
M" Roy considéra toujours cette promesse comme un vœu d’obéissance et elle y conforma toute sa vie,
M“ Turgeon dit à M" Roy, en la félicitant, qu'il s'attendait à sa réponse et qu’il n'espérait pas moins de sa générosité, Il ajouta qu'il lui avait déjà trouvé une compagne digne de la seconder, animée comme elle d’un grand courage, d’un rare désintéressement et d’un zèle ardent pour le salut des âmes. C'était une jeune irlan-
daise du nom de Mary Keogh qui venait d’être admise
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en qualité de pensionnaire à l’Hospice de la Charité, et qui r’attendait que l’occasion de s’employer à des bonnes œuvres, où de se consacrer à la vie religieuse. On lui avait confié depuis son entrée le soin des petits orphelins irlandais de l’hospice.
Une personne généreuse et bien intentionnée, mais qui ne connaissait pas l'esprit dont était animée M" Roy, se hasarda à lui demander si elle n’accepterait pas quelque salaire pour tenir le nouvel asile, “ Il n’est pas donné à la terre, répondit-elle, de payer de tels sacrifices ; il n’y a que l’amour de Dieu qui puisse les faire entreprendre, et lui seul peut en donner la récompense”. Son espoir en entreprenant la fondation était uniquement dans la Providence La suite a fait voir. que ce secours ne lui a jamais manqué. De retour à l’hospice, M" Roy se renferma dans sa chambre et se prit à réfléchir sur l'engagement qu’elle venait de prendre,
Tant qu'elle avait été libre, elle n'avait pas senti toute la pesanteur du fardeau qu’elle mettait sur ses épaules; mais quand elle se vit liée par une promesse qu'elle regardait comme irrévocable, il lui sembla impossible de porter ce fardeau, Un découragement indicible s’empara d'elle, Elle se vit enveloppée de ténèbres et plongée dans une sorte de désespoir, Son cœur se gonfla et tombant aux pieds de son crucifix en
sanglotant, elle s’écria: ‘“ Mon Dieu! est-il possible:
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que vous exigiez un tel sacrifice! Moi qui espérais terminer mes jours parmi les vierges consacrées à votre service, me voilà condamnée à vivre avec des femmes perdues, avec les rebuts du monde. Si, du moins, je pouvais espérer faire de quelques-unes de ces malheureuses de véritables Marie-Madeleine, animées du même amour pour vous … ? !
En prononçant ces dernières paroles, sa pensée se reporta à l’ineffable scène du Sauveur dans la maison de Marthe et Marie, Elle vit le Divin Maître et Marie- Madeleine assise à ses pieds, écoutant ses adorables paroles, s’entretenant avec lui dans une sorte d'intimité ; Marie la pécheresse plus favorisée que l’innocente et pure Marthe.
Cette vision intérieure ramena plus de sérénité dans l’âme de notre pieuse veuve ; elle sentit naître en elle une force secrète et invincible, Malgré toute la répugnance qu’elle éprouvait de se mettre à la tête d’une telle entraprise, elle se sentit intérieurement inspirée de s’y d'vouer, (C'était le trente et unième jour de décembre ac l’année 1849.
A la date du 1” janvier, on lit dans les Annales du Bon-Pasteur :
“ Le retour d’un nouvel an qui ramène ja joie au sein des familles et que l’on salue ordinairement avec allégresse, trouve M" Roy triste et agitée d'émotions plus
ou moins pénibles ; essayant à soulever un coin dn voile
jeté sur l'avenir, elle tremble en songeant à ce qui lui est réservé pendant l’année qui commence.
“La supérieure et les religieuses de l’hospice se rendent dans sa chambre pour lui faire leurs souhaits de bonne année. Elle leur donne le baiser de paix, puis le cœur gros de soupirs et de larmes, elle ne peut que balbutier ce qu’elle avait dit la veille dans sa prière : “O0 mon Dieu! en entrant ici j'avais cru finir mes jours avec les Epouses de Jésus-Christ, et voilà que je vais les passer avec des femmes perdues et déshonorées ”, Les soupirs et les sanglots ne lui permettent pas d’en dire davantage ; les sœurs, et en particulier ses deux filles, sont très sensibles à sa peine ; toutes se retirent bientôt en silence ”.
Je tribut d’attendrissement donné à la nature, loin d’affaiblir M" Roy dans sa résolution, ne faisait que l’y affermir davantage. De son côté, M. Muir avait redoublé d'activité, Assuré du personnel strictement nécessaire pour l’Asile, il s'était déterminé d’en presser l'ouverture, Afin de subvenir aux premières dépenses, il avait fait, avec un de ses collègues des Conférences, M. Michel Bilodeau, une quête dans la ville qui avait été assez peu fructueuse,
La plupart des citoyens appartenant à la classe
instruite leur avait fait assez bon accueil; mais la
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classe ouvrière s'était plutôt montrée hostile que favorable: on ne croyait pas encore à la possibilité de l'institution projetée.
Parmi les membres du clergé, aucun ne s’était montré plus zélé que M. Léon Gingras, l’un des professeurs du séminaire, regardé par tout le monde comme un saint, et dont la mémoire est restée en vénération, Il avait fouillé tous les recoins du séminaire et en avait sorti les meubles, ustensiles, linges et vêtements hors d'usage, et les avait fait transporter à l’Asile de Sainte-Madeleine, Des dames de la ville avaient donné de la vaisselle, quelques chaises et deux tables,
“ Le lendemain du jour de l’an, continuent les Annales, M. Muir vint féliciter M" Roy du courage qu’elle montrait en se consacrant à une œuvre qui devait lui imposer tant de sacrifices. 11 lui offrit quelque argent, afin de subvenir aux premiers besoins de l’Asile, dont l'ouverture devait être faite le 8 janvier; mais il fut décidé de retarder de quelques jours ; car plusieurs personnes qui avaient promis de donner différents objets, ne pouvaient s'acquitter immédiatement de leur promesse, par suite des occupations occasionnées par les visites du nouvel an, Le ‘‘ i*"vier fut donc fixé
pour l'ouverture de l’Asile ”. Cle ce jour que date la fondation de l’Asile du Bon-Pasteur de Québec qui,
à partir de ce moment, a toujours été désigné sous ce
nom. Cette prise de possession que nous allons raconter au chapitre suivant, fut un incident bien obscur, bien insignifiant aux yeux des passants qui en furent témoins ; car aucun d'eux ne pouvait en saisir la portée. Mais quand on le considère à la lumière des événements qui se sont écoulés depuis, on ne peut s'empêcher d’en reconnaître importance ; car il a été l’origine de grâces et de bénédictions qui ne se comptent plus.