‹ L'asile du Bon-Pasteur de Québec [microforme]Chapitre 12 sur 93 · RE ES ST · texte numérisé non relu

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prostitution quelques-unes de ces malheureuses, à les ramener à une vie pénitente, à les r‘habiliter, sinon devant les hommes, du moins devant Dieu; si nous empêchons quelques fautes mortelles de se commettre, ce sera déjà un assez beau résultat de nos efforts 1? La première fois que M. Muir s’ouvrit de son projet

devant la Société de Saint-Vincent de Paul, sa voix ne

trouva point d’écho. Que faire ? Il n’avait aucun moyen: LA pour commencer une œuvre qui devait entraîner des ‘dépenses considérables ; il ne connaissait personne qui ) put en prendre la direction ; il n'avait pas même de logement à offrir, Mais Dieu qui voulait faire éclater 8 q sa miséricorde envers un grand nombre d’âmes perdues et délaissées, inspira à son zélé serviteur assez de force et de courage pour surmonter tous les obstacles. Profitant d’une réunion des Conférences de Saint-Vincent de Paul, il fit un chaleureux appel à leur charité et leur PI proposa d’entreprendre la fondation d’une maison de refuge, ou du moins de se charger des premiers frais. La plupart des membres firent des objections, mais

cédèrent à la fin devant l’éloquence persuasive du ser-

viteur de Dieu, qui parla comme un autre Vincent de

Paul. Il fut résolu que la Société fournirait durant six mois, deux piastres et demie par semaine ef seize cordes de bois de chauffage, pour le futur hospice.

1— Vie du R. P. Saché, par le P. Duguay.

Informé de cette décision, le curé de la cathédrale, M. Baillargeon, plus tard archevêque de Québec, se porta caution pour le loyer d’une maison à double étage, située rue Richelieu, au faubourg Saint-Jean, qui avait été choisie pour servir de refuge et auquel on donna le nom d’Asile de Sainte-Madeleine, Toutefois, bien que le curé Baiïllargeon fut déterminé à encourager cette entreprise, il ne laissait pas que d’en considérer le succès comme douteux, pour ne pas dire impossible, Lui-même avait souvent tenté de convertir quelquesunes des malheureuses détenues à la prison, sans qu'aucune eût persévéré.

M. Muir, au contraire, était plein de confiance, Tout joyeux du premier succès qu’il venait d'obtenir, il alla l’annoncer à son vénérable ami, M£ Turgeon, coadjuteur de M® Signay et administrateur du diocèse. Le prélat reconnut l’œuvre de Dieu dans cette entreprise, l’'approuva et la bénit avec effusion. Regardant ensuite M. Muir avec un aimable sourire, il lui dit: “Je connais une personne qui a toutes les qualités pour entreprendre cette fondation et qui s’en chargera sans hésiter sur ma demande, C’est une pieuse veuve, actuellement pensionnaire à l’Hospice de la Charité, M°° Roy, qui a deux filles novices dans cette communauté, EÆlle ne soupire qu'après le bonheur de se consacrer à Dieu dans les œuvres de charité, Ilest vrai que celle que vous avez en vue est bien difficile, bien

pénible; mais elle n’est pas au-dessus du courage de M"° Roy, et elle a toute l'expérience nécessaire pour la Ë | mener à bonne fin ”,

4 M. Muir ne se posséda plus de joie en sortant de | [ chez le prélat. Ce qui, la veille, paraissait presque | impossible était en pleine voie de réussite, Dieu lui-

même avait tout aplani, tout préparé.

M® Turgeon se fit le principal promoteur de l’œuvre. Il se rendit en personne à l’Hospice de la Charité pour conférer avec M" Roy et l’engager à se charger de la fondation, Ne l’ayant point rencontré, il pria l'abbé Proulx, revenu depuis peu de Saint-Gervais, d'aller lui

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| exprimer son désir, L'abbé Proulx occupait un poste à l’archevêché et, | remplissait en même temps l'office de chapelain à | l'Hospice de la Charité. Il n'était pas favorable au ; projet, comme au reste, bien d’autres membres du ! | | clergé. On le vit bien à la manière dont il s’acquitta ! | ‘ de son message, Il le fit en quelques mots, sans rien ; ; | À ajouter qui put paraître à M Roy un encouragement. i | 1 “ Madame, lui dit-il, MF le coadjuteur a promis à ! | ji M. Muir de lui faire connaître une personne qui se k | L chargerait de la direction de l’Asile de Sainte-Madeleine \

qu’on se propose d'établir, et il a pensé à vous. Vous sentiriez-vous trop de répugnance à prendre soin des malheureuses qu’on veut y rassembler pour les convertir ” ?

Ses expressions et l’accent de sa voix faisaient voir assez clairement le fond de sa pensée. Il n’en fallait pas tant pour effrayer une personne, même aussi courageuse que M" Roy. Elle tressaillit à cette proposition inattendue, mais elle se hâta de réprimer ce premier mouvement, pour ne pas laisser voir le combat intérieur qu’elle éprouvait, C’était la lutte entre la nature et la grâce. D'un côté, elle voyait les dégoûts, les humiliations, les difficultés de tous genres qu’elle aurait à rencontrer; de l’autre, son grand esprit de foi lui montrait tout le bien qui pourrait résulter de la fondation projetée. A cela venait se joindre l'invitation de l’évêque qui lui semblait l'expression de la volonté du ciel. Elle se recueillit quelque temps et répondit à M. Proulx qu'elle réfléchirait, qu’elle prierait, et qu’elle consulterait ses deux filles; après quoi elle se rendrait chez M" l’évêque pour lui donner une réponse définitive.

Restée seule après le départ de l'abbé Proulx, M" Roy fut saisie d’une agitation extrême, Il lui sembla qu’un voile venait de se déchirer devant ses yeux et lui faisait apercevoir un avenir inconnu auquel clle n'avait jamais songé. Aurait-elle le courage de s’y engager ? Elle n'eut d'autre pensée que d’aller se prosterner dans

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