‹ L'asile du Bon-Pasteur de Québec [microforme]Chapitre 18 sur 93 · LE · texte numérisé non relu

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Depuis l'ouverture de l’Asile, les Directrices avaient assisté aux offices des dimanches et des fêtes dans la chapelle de la Congrégation de la Haute-Ville, Ce ne fut qu'au commencement de mai, lorsqu'elles eurent pris possession des deux étages de la maison, qu’elles purent ériger au rez-de-chaussée une chapelle intérieure, où elles eurent le bonheur d’entendre la sainte messe les dimanches et les jeudis. En attendant, elles avaient dressé dans une de leurs chambres, un petit oratoire où elles faisaient leurs prières et leurs exercices en commun,

Durant la semaine sainte, qui tomba cette année à la fin de mars, le bon P. Saché, venu plusieurs fois pour faire des exhortations, eut la consolation de voir réunie dans le petit oratoire une assistance plus nombreuse que jamais, qui lui parut être le noyau d’une communauté naissante, M" Roy avait auprès d’elle, avec Mary Keogh, deux jeunes filles vêtues du costume adopté depuis peu, et qui étaient venues réclamer la faveur de partager son œuvre de charité: l’une d'elles était M"° Angers arrivée la veille du jour des Rameaux, l'autre M" Henriette Ouellet, de même âge qu’elle, qui avait voulu imiter son exemple et qui avait été admise dès la fin de janvier, Pas moins de huit pénitentes assistaient sous leurs yeux aux instructions, L’auréole de sainteté qui brillait dans toute la personne du véné-

rable religieux, aussi bien que les paroles brûlantes qui tombaient de ses lèvres, produisaient sur elles un effet extraordinaire, Quelques-unes étaient complètement changées, les autres étaient fortement ébranlées et se réformaient rapidement, Ce n’était cependant pas sans beaucoup de peine qu’on parvenait à les plier toutes au règlement. Il fallait pour y réussir un mélange de fermeté et de patience que l’amour de Dieu et un fonds inépuisable de charité peuvent seuls inspirer.

M°° Roy avait trouvé des aides efficaces dans ses deux nouvelles recrues. La sœur Angers surtout avait donné d'excellentes marques de vocation, en se prêtant vaillamment à l’ouvrage, et en s’offrant à remplir les fonctions les plus pénibles qu'aucune avant elle, n'avait osé entreprendre, c’est-à-dire de servir les pénitentes au réfectoire. Elle s’en acquittait avec un courage et une gaieté qui faisaient voir clairement à la supérieure que la ferveur qui avait porté cette jeune fille à quitter le monde, n’était pas un feu passager, mais un sentiment vif autant que profond qui promettait des fruits durables.

Dans la journée du vendredi saint, 29 mars, les pénitentes qui, la veille, s'étaient montrées difficiles et rebelles, donnèrent des preuves de bonté de cœur et de dévouement qui consolèrent vivement les Directrices,

Le comité chargé du soutien de l’Asile à la tête duquel

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était M. Muir, avait ordonné de ne pas recevoir plus de huit pénitentes, les ressources ne permettant pas d’en entretenir davantage, sans s’exposer à des dettes qui auraient pu compromettre l'avenir de l'institution. Malgré cette défense, M"° Roy et ses compagnes s'étaient laissé toucher par les supplications d’une neuvième pénitente et l'avaient admise. En apprenant cela, M. Muir vint signifier à M" Roy de renvoyer cette pénitente, sinon qu'il viendrait lui - même la faire sortir. Cette mesure paraissait bien cruelle, mais elle était regardée comme nécessaire dans les circonstances, surtout à cause des préventions d’un bon nombre de personnes contre la nouvelle fondation.

M" Roy fut profondément afligée de l’ordre qui lui était intimé, mais il lui fallut bien se soumettre aux volontés formelles du premier fondateur, A peine eut-il quitté la maison que toutes les pénitentes vinrent se jeter aux genoux de la Directrice et la supplièrent, les mains jointes et les larmes aux yeux, de garder leur malheureuse compagne, s’offrant à partager avec elle une partie de leur repas, jusqu’à ce que les ressources de la maison fussent plus considérables, M°° Roy, à son grand regret, ne put acquiescer à leur désir, tout louable à qu'il était; car, pour qu'elles fussent en état de résister 4 au travail qui leur était demandé, il fallait au moins que chacune d'elles eût une part suffisante de la nourriture frugale qu’on leur servait,

Une des pénitentes, élevant la voix au nom de ses compagnes, s’écria :

“— Ma mère, souvenez-vous, qu’à pareil jour, Barrabas a été sauvé.

“ Oui, répondit la Directrice, à pareil jour aussi, le Juste a été condamné, et n'oubliez pas que, si cette pauvre enfant, peut-être moins coupable que vous, est cependant condamnée à partir, elle aura un compte moins terrible que le vôtre à rendre au $Sor,erain J'uye ”.

La pauvre pénitente s'éloigne donc, et les soupirs de ses compagnes en pleurs disent assez leur chagrin.

Le matin de Pâques, une des Directrices étant allée ouvrir la porte qui donnait sur la rue, fut tout étonnée d'y trouver la pauvre enfant. Elle avait passé cette nuit et la précédente dans le petit vestibule qui était à l'entrée, et dont la porte extérieure n'avait pas été fermée au verrou, contrairement à l’habitude ordinaire, Cette malheureuse femme, n'ayant pu trouver d’abri, était venue à la tombée de la nuit, se réfugier sur le seuil de l’Asile, Elle montrait de trop bonnes dispositions pour que Dieu ne lui fournit pas les moyens de rentrer en grâce avec lui. Comme elle était souffrante, on obtint son entrée à l’'Hôtel-Dieu, où elle mourut. après quelques mois de maladie endurée avec une résignation vraiment chrétienne,

Cependant le nombre des personnes qui s’intéressaient à l'établissement, augmentait sensiblement et contribuait à faire tomber les préjugés. Plusieurs maisons de commerce offraient des travaux de couture qui auraient pu suffire à l'entretien de l’Asile, si on avait eu plus d'expérience dans les ouvrages à l’aiguille et dans la confection des vêtements, principalement de la chaussure, La Providence, dont la protection était de plus en plus visible, inspira à une pieuse jeune fille, très expérimentée dans les travaux à l’aiguille, de se joindre aux Directrices : c'était M'"° Zoé Blais, appartenant à une brave famille de cultivateurs de Berthier. Elle avait fait quelques mois de noviciat à l’'Hôtel-Dieu, mais sa faible santé l'avait forcée d’en sortir, Entrée à l’Asile du Bon-Pasteur le quinze d'avril 1850, elle commencça à initier une partie des Directrices et des pénitentes aux connaissances variées qu’elle possédait, Elle enseigna même à quelques-unes à tailler et à broder de riches ornements d'église, ce qui fut plus tard une source de revenus considérables pour l’Institut,

L'occupation des deux étages de la maison qui eut lieu le premier mai, permit l'installation des offices nécessaires à ces divers genres de travaux, Mais elle

procura un avantage bien autrement précieux, et après lequel on soupirait depuis longtemps, celui d’avoir une chapelle dans une des chambres, où l’on put entendre la sainte messe, Plusieurs familles de la ville contribuèrent à la meubler avec un empressement et une générosité dont le souvenir n’a pas été perdu. Les prêtres du séminaire donnèrent, comme d’habitude, des preuves de leur zèle pour la maison du Seigneur, Un des anciens professeurs, M. Horan, alors principal de l'école normale, et plus tard évêque de Kingston, fit don de gradins d’autel qu’il trouva dans les combles du séminaire, Ils étaient d’un style fort simple, mais très convenables et ornés de jolies dorures. Sur la porte du tabernacle était sculptée, en relief, une figure du Bon- Pasteur portant la brebis sur ses épaules ; aucun emblême ne pouvait mieux convenir à l'institution, qui en apprécia l’offrande avec d'autant plus de reconnaissance.

Les sœurs de M. Horan donnèrent de magnifiques rideaux pour les fenêtres, ainsi que les fournitures de deux crédences et les couvertures de deux sièges, offerts par M"° Place, belle-mère de M, Muir. Deux jeunes filles de la ville, M'* Louise Vander-Heyden et Marie Gauthier firent présent d’un parement d’autel avec les fournitures d’une chasuble, et aidèrent aux Directrices à confectionner ces ornements,

L'inauguration tant désirée de la chapelle fut fixée

au 2 mai, au commencement de ce beau mois consacré à Marie Immaculée, qui devait bientôt être choisie pour la patronne de l’Institut, Rien ne fut évargné pour donner à cette petite solennité tout l'éclat qui put être imaginé avec les faibles moyens dont on disposait, L’autel étoilé de quelques fleurs était décoré avec simplicité, mais avec goût. Le seul luxe qui parût dans tout cet intérieur éclairé par une demi-lumière aiscrète, était une propreté exquise qui reluisait sur chaque objet et répandait partout un air de fraîcheur réjouissante pour la vue.

Ce fut le bon P. Saché qui vint bénir la chapelle et célébrer la première messe, Jusqu'alors, le P. Saché avait été, sinon le seul, du moins le principal directeur de l’Asile, mais à partir de ce jour, il en devint le chapelain en titre, en même temps que le directeur. Ceci nous oblige à nous arrêter quelques instants avant de parler de la cérémonie d’inauguration, afin de donner quelques détails sur la vie de cet homme de Dieu qui s’est tellement identifié avec la direction du Bon- Pasteur de Québec, qu’il en est devenu une des figures les plus saillantes en même temps que les plus vénérables,

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