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le rendez-vous du monde élégant, Se sentant à la fin un peu fatiguée de sa longue marche, et ne sachant
comment se procurer quelque délassement, elle proposa
L'ASILE DU BON-PASTEUR DE QUÉBEC 79 à sa compagne d’aller assister au salut du Saint-Sacrement qui avait lieu à cinq heures du soir, dans la chapelle des Jésuites. Le sermon fut donné par le révérend P. Beaudry, digne compagnon du P. Saché, dont l’éloquence onctueuse et la sainteté communicative sont encore vivantes dans toutes les mémoires. Il prêcha sur la fidélité des Mages à la grâce. Dans un de ses mouvements pathétiques, dont il avait le secret et qui ont remué tant de cœurs, il fit allusion aux âmes qui se perdent par défaut de fidélité aux inspirations divines, et apostrophant le groupe de jeunes filles qu’il avait sous les yeux, il les invita à suivre l'étoile qui les éclairait intérieurement, à réfiéchir sérieusement devant Dieu, à examiner leur vocation et à l’embrasser avec courage, du moment qu’elle leur serait révélée, Ces
paroles furent pour M"
Angers autant de traits de lumière, Elle se sentit inspirée d'abandonner les frivolités du monde qu’elle poursuivait avec tant d’ardeur et de se livrer toute entière à la piété.
Elle sortit de l'office toute bouleversée, et, ne pouvant contenir son émotion, elle déclara à son amie que, dès le lende,nain matin, elle allait se mettre en retraite sous la direction du P. Beaudry,
Elle tint parole, et quelques jours après, à la suite d'une confession générale, elle demandait une règle de conduite à son directeur, lorsque celui-ci l’interrom-
pant, lui dit: A quoi êtes-vous décidée ? car je suppose
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que vous avez fait cette retraite pour vous déterminer à suivre un état de vie.
— Je n’y avais pas songé, répondit-elle ; mon intention a été seulement de réformer ma conduite et de vivre désormais plus retirée du monde,
— Ce n’est pas suffisant, reprit le Père, est-ce que vous n’auriez pas l'intention d’entrer dans quelque communauté ? Je vous engage à y penser devant Dieu pendant le reste de votre retraite et vous me direz, en la terminant, à quoi vous êtes décidée,
M’ Angers sortit du confessional, et après quelques instants de réflexion, elle se sentit inspirée de partager l'œuvre si méritoire de M Roy. Plus elle y réfléchissait, plus cette inspiration s’emparait d'elle, Bientôt, elle se sentit si fortement pressée qu’elle ne put attendre davantage et, rentrant au confessional, elle dit au Père qu’elle était résolue d'entrer en religion,
— Dans quelle communauté, demanda-t-il ?
— À l’Asile du Bon-Pasteur, répondit-elle,
— À l’Asile du Bon-Pasteur! repartit le Père tout étonné, mais ce n’est pas une communauté,
— Cela ne tardera pas, répliqua-t-elle avec assurance,
Le P, Beaudry fut frappé de cette réponse qui s’accordait avec ses prévisions fondées sur ce que lui avait dit le P. Saché; il encouragea la jeune fille à
persévérer dans son dessein,
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Le matin du 13 janvier suivant, M'* Angers était chez M"° Roy et lui exprimait le désir de se consacrer au service des pénitentes. La Directrice lui répondit en la remerciant, qu'elle n'avait pas besoin de son assistance, et lui indiqua quelques communautés religieuses où elle pourrait entrer. M°° Angers insista, en exprimant la certitude où elle était que cet asile deviendrait avant peu une communauté régulière, ce qui amusa beaucoup la directrice qui ne partageait pas du tout cette idée, et qui pensait encore moins que Dieu se servirait d'elle-même pour accomplir ce grand ouvrage. Ceci lui rappela cependant une conversation qu’elle avait eue avec le P. Beaudry, au cours de laquelle ce vénérable religieux lui avait dit que les petits commencements qu’il voyait lui paraissaient l’acheminement à une importante fondation, M°*° Roy pensa alors que Dieu voulait peut-être se servir de M'° Angers pour cette œuvre de miséricorde, Après y avoir réfléchi pendant quelques instants elle Tui communiqua sa pensée, et fit ressortir le grand bien qui en résulterait ; mais en même temps, elle ne lui dissimula rien des obstacles qu'il y avait à vaincre, Et elle ajouta en terminant :
— Vous aimez le monde, ses fêtes et ses plaisirs ; il faudra renoncer à tout cela, même à vos sises, à votre volonté, La nature ne trouvera rien pour son compte
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dans le nouveau genre de vie que vous voulez embrasser, C’est un chemin hérissé d’épines et semé de sacrifices sans nombre, Mais enfin, termina-t-elle, comment l’idée { de vous associer à l’œuvre du Bon-Pasteur, vous est-elle venue ?
M'° Angers raconta alors tout ce qui s’était passé depuis le jour des Rois, sa retraite, sa décision, et les encouragements que lui avait donnés le P. Beaudry.
— Bien que ma retraite ne soit pas encore terminée, continua-t-elle, le bon Père m’a permis de venir vous parler et de m’entendre avec vous.
M" Roy ne fut pas d’abord convaincue de la vocation de M" Angers, d'autant plus que l'érection de lAsile
en une communauté régulière n’était pas entrée dans
son esprit; elle ne l’entrevoyait qu’à l’état de vagues
projets, qui, s'ils se réalisaient, ne pouvaient l’être que
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dans un avenir fort éloigné, — Je crains bien, répondit-elle, que votre santé ne vous permette pas d'exécuter votre entreprise ; car vous
me paraissez d’une constitution très faible, Quoi qu’il
en soit, nous verrons plus tard, En attendant, je vous
conseille de vous rendre à l’archevêché et de prendre l'avis de M, l'abbé Proulx qui connaît notre œuvre, C’est un homme de grandes lumières, d’un jugement | sûr, et en qui j'ai une haute confiance,
M" Angers acquiesca d'autant plus volontiers à ce
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L'ASILE DU BON-PASTEUR DE QUÉBEC 83 désir que M. Proulx était en relation d'amitié avec sa famille. I] l’accueillit avec la politesse exquise qui était pour ainsi dire dans sa nature, et qui avait ajouté à sa réputation de prêtre excellent, celle de gentilhomme accompli; mais il ne goûta pas du tout son projet et lui conseilla d'entrer plutôt aux Ursulines ou à l'Hôpital-Général, ajoutant qu'il lui en favoriserait les moyens. Ce double échec qui aurait pu en arrêter d’autres, n’eut pour effet que de la raffermir davantage dans son idée, tant elle la regardait comme une inspiration,
Sa retraite terminée, M"° Angers retourna à la Pointeaux-Trembles avec la consolation d’emporter avec elle les encouragements du vénérable P. Beaudry qui ne s'était pas laissé ébranler par les hésitations et même l'opposition contre lesquelles était venue se heurter sa jeune retraitante, Les deux derniers mois qu’elle eut à passer dans sa famille pour se conformer aux avis qui lui avaient été donnés, furent employés à faire les préparatifs de son entrée et à s’entretenir par correspondance avec M°"° Roy, qu’elle finit par convaincre entièrement de la vérité de sa vocation, Au reste, M. Proulx, après avoir réfléchi sur l'entretien qu’il avait eu avec M" Angers et sur la persistance qu'elle avait montrée dans son dessein, avait cru devoir conseiller à M"* Roy de la recevoir. Son entrée avait été fixée au
23 mars,
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Il faut revenir maintenant sur la première pénitente dont nous n'avons fait qu'indiquer sommairement la conversion, Elle était connue à l’Asile sous le nom de Marie Grégoire. De jour en jour, elle faisait voir de meilleures dispositions et se montrait plus complaisante vis-à-vis de ses maîtresses qui s’habituaient peu à peu à sa société, Sa santé se rétablissait craduellement,
Ayant recu un peu d'instruction dans son enfance, elle faisait la lecture à haute voix et chantait passable-
ment, Elle prenait volontiers part aux exercices de
piété des Directrices ; mais à toutes les exhortations que celles-ci lui faisaient pour l’engager à se réconcilier avec Dieu par la confession, elle ne répondait que par des paroles évasives. Elle refusait obstinément de voir le P. Saché, qui venait assez souvent à l’Asile pour encourager l’œuvre, et encore plus, pour expliquer les diverses parties du règlement qu’il avait imposé.
Au cours d’une de ses visites, le zélé religieux lui fit dire qu’il désirait la voir, mais elle déclara ouvertement S à M" Roy qu’elle ne voulait pas se confesser, Comme on lui dit que le bon Père voulait seulement lui parler, elle répondit qu’elle n'avait pas d'affaire à lui, Enfin, à
force d’instances, on la fait pénétrer dans la chambre où
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l'attend le P, Saché qui lui fait signe d’entrer au confessionnal, Elle s’y oppose de toutes ses forces, mais M"° Roy la fait tomber à genoux presque malgré elle. Elle y demeure trois quarts d'heure, et quand elle se relève, elle est si transportée hors d'elle-même, qu’elle se brûle les deux mains sur le poêle que, dans son trouble, elle ne sait pas distinguer.
Le digne religieux dit ensuite à M" Roy qu'il a reconnu dans cette pénitente un bon jugement et beaucoup d'énergie, que c’est une conquête qu’il faut faire à Dieu, et que cette conversion ouvrira la voie à bien d’autres pénitentes.
Cette prédiction s’est accomplie à la lettre. La pauvre pénitente est devenue le modèle des compagnes qui sont venues la rejoindre, et dont plusieurs lui doivent leur retour à Dieu. Elle a persévéré durant quatre ans à donner le bon exemple dans l’Asile; après quoi, elle est rentrée dans sa famille qu’elle a consolée et édifiée par sa bonne conduite. Enfin, elle a réussi à s'établir dans une paroisse éloignée, où elle a mené la vie la plus respectable, Chaque fois qu’elle venait à la ville, elle ne manquait pas de faire de fréquentes visites aux Directrices, surtout les jours de fête où les séculiers étaient admis dans la petite chapelle de la communauté, Elle y assistait à la messe et y commu-
niait fréquemment,
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