TR
donnent vos pénitentes, je ne les oublie pas. Puisque Céline est si pressée d'aller en paradis, je ne veux pas l'arrêter, — elle y sera mieux que sur cette terre de misères, ÆEncouragez toujours Marie et Marguerite, et dites-leur, ainsi qu'aux autres, que c’est un grand bonheur pour moi d'apprendre qu’elles persévèrent ”.
Le 14 juin 1854, le P. Saché écrivait encore :
“Ma bonne sœur en Jésus-Christ,
‘J'ai reçu dans son temps votre lettre du 9 avril, Elle a été pour moi une occasion de remercier la divine Providence qui continue à bénir une maison qui m'est si chère, Je suis étonné que vous ayez contracté à si bas prix avec M. Larose ; sans doute que ce brave monsieur veut contribuer à la bonne œuvre en donnant du sien, Si je le rencontrais, je l’en remercierais,
“ Pour vous, mes bonnes sœurs en Jésus-Christ, continuez à correspondre aux vues pleines de bonté et de miséricorde de Dieu sur vous. Ne cessez pas de le remercier de ce qu’il a bien voulu vous choisir pour son œuvre, Confondez-vous en voyant qu’il a commencé à faire quelque chose avec rien, Du reste, n’en soyez pas trop étonnées, car c’est ainsi qu’il fait toutes choses, Oui, si vous voulez être des instruments utiles dans les mains de Dieu, ne soyez rien à vos propres yeux et
désirez n'être rien aux yeux du monde, Que chacune
de vous se regarde comme la dernière de toutes, et ne
comparez pas votre communauté aux communautés religieuses. Rappelez-vous que vous n'êtes que les pauvres servantes des pauvres pénitentes. Priez Dieu qu'il consolide votre maison en la tenant toujours basse, toujours humble.
“ Mais pourquoi ces paroles sérieuses, pourquoi cette espèce de sermon ? Je n’en sais vraiment rien, je n'ai aucune raison nouvelle de vous l’adresser. Mais toutes les fois que je pense à vous, mes bonnes sœurs, je suis toujours prévenu par cette idée que votre œuvre ne peut prospérer que par la voie de l'humilité, O sainte vertu d’humilité ! je sais mieux la prêcher que la pratiquer, Veuillez, mes bonnes sœurs, la demander pour moi au cœur si humble de Jésus par les cœurs très humbles aussi de Marie, mère de Dieu, et de Marie- Madeleine,
“ Si vous êtes humbles, vous serez simples et ohcissantes, Mais c’est assez.
‘“ Avez-vous toujours des malades ? Oui, probablement, Je les recommande d’une manière spéciale à notre bon Maître ; ou plutôt il n’en est pas besoin, car ce sont les amies du Cœur de Jésus, puisqu'il leur donne une partie de sa croix à porter, N'oublions jamais que les membres les plus utiles dans une communauté sont ceux qui souffrent le plus et avec le plus de patience,
“ J'aime à vous demander des nouvelles de vos péni-
tentes, car je pense qu’elles sont bonnes, Toutes mes
anciennes persévèrent sans doute ; dites-leur que je ne les oublie pas auprès du bon Dieu et que j'espère que nous nous reverrons tous. Je ne veux pas qu'elles pensent à moi; elles n’ont pas trop de leur cœur pour penser à Jésus notre bon Maitre et l’aimer, oui, l'aimer toujours ” !
On concoit l'effet que devait produire sur les Directrices et les pénitentes la lecture de ces lettres du P, Saché si brûlantes du feu divin, Elles sentaient, comme Marie-Madeleine aux pieds de Jésus, leurs cœurs s’enflammer des mêmes ardeurs.
En apprenant la sainte mort d’une des pénitentes qui ævait le plus édifié la communauté, Madeleine-
Céline, le bon Père écrivait encore du “ Noviciat de Saint-Joseph, le 16 février 1855.
“ Ma bonne sœur en Jésus-Christ,
“ J'ai reçu dans son temps la lettre dans laquelle vous m’annonciez l’heureuse mort de la pauvre Céline, Je me suis fait un devoir, con:me je l’avais promis, de célébrer la sainte messe pour le repos de son âme, Je n'oublie pas nos bonnes pénitentes, et encore moins les bonnes sœurs qui se sont dévouées pour leur faire du bien.
‘“ J'apprends avec bonheur que votre temporel pros-
père ; je ne doute pas qu’il n’en soit de même pour le
spirituel. Courage, je vous ai dit souvent que j'étais persuadé que Dieu qui fait tout avec rien, ferait quelque chose avec vous si vous n’y mettiez obstacle, Je suis toujours dans la même persuasion, Soyez donc fidèles, continuez à vous sacrifier toutes, et toutes entièrement à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Car pourquoi vivre si on ne vit pas pour Dieu? Laissezvous conduire par la main de l’obéissance comme par la main de Dieu, et n'oubliez pas vos règles.
“Je vois avec plaisir que M“ de Tloa se charge de vous d’une manière spéciale, — c’est sans doute un signe que Dieu veut vous consolider, Désirez de tout votre cœur de vous consacrer par des vœux, par ces saints engagements qui feront de vous des épouses du Cœur sacré de Jésus, Veuillez, de temps en temps, offrir quelques prières, quelque travail pour le salut de mon âme, Je me recommande aussi aux prières de vos
bonnes pénitentes,.
“ Dans les Cœurs de Jésus et de Marie ”,
Cependant la construction du nouveau couvent se poursuivait activement, Ce corps de logis, bâti à trois étages au-dessus du rez-de-chaussée, forme aujourd’hui l'aile du monastère qui flanque l’église du côté du
RS TRS re EC CE PT ME 0 NET ES
sud, On en prit possession le 1% mai 1855, après y avoir aménagé une chapelle plus vaste que celle de Saint-Vincent de Paul.
Le 30 mai de la même année, la communauté fut érigée en corporation civile par un acte du Parlement. C'était le préliminaire de l'érection en congrégation religieuse à laquelle nous allons bientôt assister.
Les autorités ecclésiastiques avaient cessé toute hésitation depuis le dernier rapport qu’on leur avait fait du bien qui s'était opéré à l’Asile depuis sa fondation. Dans l’espace de six ans, quatre-vingt-une pénitentes avaient été recues ; quarante-deux étaient actuellement dans la maison; vingt avaient été placées dans des familles respectables, ou établies après avoir donné des preuves de conversion. Huit avaient fait une mort édifiante, Outre cela, une véritable transformation s’était opérée parmi la jeunesse du quartier Saint-Louis, depuis l’ouverture des classes qui donnaient une satisfaction générale, tout particulièrement sous le rapport de l'instruction religieuse,
Les préventions qui existaient contre l'institution à son origine, étaient non seulement évanouies, mais avaient fait place à l'approbation générale, et mê, une bienveillance, à une sympathie qui se traduisauuu par des secours extraordinaires, par les dons les plus généreux qui devenaient de plus en plus fréquents, Un
bazar qui venait d’avoir lieu sous le patronage des
premières dames de la ville, avait fait éclater au grand jour cette popularité : la recette avait dépassé la somme de $3,500.
En apprenant ce résultat inattendu, M® Turgeon s'était écrié en présence de la communauté: “ Evidemment le doigt de Dieu est là! Vous serez bientôt un corps religieux ; le ciel le veut ainsi, il n’y a plus à en douter ”.
En vue de cette érection prochaine, l’archevêque de Québec avait chargé son coadjuteur de retoucher les règles et constitutions élaborées par le P, Saché et de venir les expliquer.
L’archevêque n'aurait pu choisir un homme plus éclairé et plus intéressé à l'institution, M“ Baillargeon était en effet, on s’en souvient, curé de Québec lors de la fondation, et il y avait apporté tout son concours, Il avait même fourni le cautionnement exigé pour l'occupation de la maison de la rue Richelieu, Au surplus, il y avait peu de prêtres dans le diocèse de Québec qui fût aussi versé que lui dans les sciences ecclésiastiques et dans l’ascétisme, Non seulement il les avait toujours étudiées et méditées, mais il les avait mises en pratique durant ses longues années d'administration pastorale et de direction spirituelle dans les commu-
nautés de la ville,
crc ghere narn r
| R Li!
À (el
GB aq Latin cd ah ENTER TER
Pendant les derniers mois de l’année 1855, M" Baillargeon s’astreignit à venir régulièrement donner des conférences aux Directrices. 11 leur rappelait le bon P. Saché par la clarté et la simplicité de sa parole, par l’onction toute paternelle qu’il y mettait, par les saints désirs qu’il avait de les pénétrer de l’esprit religieux qu’elles sentaient lui venir du cœur. De son côté, l’évêque de Tloa éprouvait un véritable bonheur de voir la sainte avidité avec laquelle les sœurs écoutaient ses conférences et les fruits qu’elles en retiraient. Il mit le comble à leurs vœux en leur annonçant que leur supérieur ecclésiastique, M“ Turgeon, après s'être consulté avec lui, avait décidé que le 2 février suivant avait été choisi pour l'érection de la société en congrégation religieuse. On procéda au scrutin pour le choix de celles qui devaient définitivement faire partie de la communauté, soit comme professes, soit comme novices, soit comme postulantes. Sept des plus anciennes Directrices furent admises à la profession, trois au noviciat et huit au postulat, Les sœurs professes furent :
M"*° Roy, en religion sœur Marie du Sacré-Cœur de Jésus.
M'° Marie-Anne Angers, sœur Marie de Saint-Vincent de Paul.
M'° Zoé Blais, sœur Marie de Saint-Joseph.
M'° Esther Ouimet, sœur Marie de Saint-Ignace de Loyola.
M'° Angèle Lacroix, sœur Marie de Saint-François- Xavier.
M'° Eléonore Thivierge, sœur Marie de la Présentation.
M'° Marie-Anne Fiset, sœur Marie de Saint-Charies Borromée.
Les sœurs novices furent :
M'e Madeleine Cloutier, sœur Marie de Saint-Pierre,
M'° Margaret Nolan, sœur Marie de Saint-François de Sales.
M'°: Henriette Paradis, sœur Marie de Saint-Jean- Baptiste.
Chaque sœur avait été laissée libre de choisir le nom de religion qu’elle voudrait; cependant il convenait que l’une des premières religieuses de la communauté portât le nom de Saint-Vincent de Paul, par reconnaissance pour les membres des conférences qui avaient été les fondateurs de l’Asile et qui avaient tant fait pour l'établir; qu’une autre prit le nom de Saint- Charles, patron de M de Tloa, le directeur actuel ; qu’une troisième portât le nom de Saint-Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus, en souvenir du P. Saché, le pr :mier directeur de l’Institut, Il fut convenu, en outre, qu'une des postulantes recevrait le nom de Saint-George, par reconnaissance pour le premier
fondateur, M. George Muir.
Une certaine faiblesse d'esprit qu’on avait remarquée dans Mary Keogh et qui faisait craindre pour l'avenir, avait empêché son entrée en religion, La Mère Fonda-
S-saaless dom ds verrerie diese
vaio
trice fut chargée de lui annoncer cette décision à la
suite du scrutin. La pauvre fille fut presque hors d elle-
même de douleur à cette révélation, Ses larmes et ses
= ss
sanglots devinrent inta' sables. En vain esseya-t-on
de la consoler, elle ne ,oulut rien entendre, On eut
TE RE DEEE BP
beau l’assurer qu’elle aurait toujours sa place dans la communauté, à l'établissement de laquelle elle avait travaillé avec un dévouement infatigable, qu’elle conti-
nuerait de s’y rendre utile en qualité d'aide, et qu’on
aurait pour elle tous les égards possibles, elle s’obstina
à refuser tout ce qu’on lui proposa. Rentrée dans le
monde, elle s’y est vouée à l’enseignement dans les
PSE TETE RE
campagnes environnantes,
On lit dans les Annales à cette date : “ Nous nous 1
Zaspeshss