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sans qu’on puisse apercevoir en elles les moindres traces d’imperfection. D'une humilité à vouloir toujours se cacher et rester dans l’ombre, elle avait été poussée à son insu par le suffrage unanime de la communauté à la première charge de la maison, vérifiant en elle cette parole des Saintes Lettres : “ Celui qui s’abaisse sera élevé”. Semblable à ces fruits hâtifs qui mûrissent aux premiers jours de l'été, elle fut prête de bonne heure pour le ciel. Morte en odeur de sainteté en 1881, elle a laissé après elle la réputation d’avoir été la religieuse la plus parfaite qui soit passée dans la communauté du Bon-Pasteur de Québec.
Ce fut sous son administration qu’eut lieu le vingtcinquième anniversaire de la fondation de l’Institut. L’Asile ne pouvait être mieux représenté pour cette belle et touchante solennité qui n’a eu d’égale en éclat et en joies intimes que les noces d’or de M“ Cazeau, célébrées six ans après,
Par une heureuse coïncidence, le P, Saché avait été nommé depuis peu de jours à la résidence de Québec, et il venait d’y arriver, Le saint religieux fut naturellement invité à inaugurer la fête, lui qui avait été l'initiateur de la vie monastique à l’Asile. Plusieurs fois déjà, durant les années précédentes, il était apparu au couvent comme un autre Moïse descendu du Sinaï ; car la vie tout entière du P, Saché était une conversa-
tion avec Dieu, dont il ne perdait jamais la présence, En 1858, 1859, 1863 et 1869, il était venu prêcher la retraite annuelle aux sœurs, et avec cette parole ardente qui embrasait les cœurs, il les avait retrempées dans l'esprit nouveau, dans cet amour de la perfection qui est à la base et au sommet de la vie religieuse,
Le 11 janvier 1875, qui était le dernier jour des Quarante-Heures dans l’Asile, le révérend Père vint dire la messe de communauté, On peut imaginer la profonde émotion, l’intime allégresse qui remuèrent toutes les âmes et que ressentirent en particulier les anciennes qui avaient reçu du P. Saché les premières notions de la vie parfaite.
M. Muir qui, à la demande de l'archevêque de Québec, Mf Taschereau, avait été élevé à la dignité de chevalier de Saint-Grégoire, en récompense des services qu'il avait rendus à l'Eglise, avait voulu prendre part à cette vigile de la solennité. M. Muir agenouillé à la balustrade, le P. Saché sacrifiant à l'autel, quel spectacle plein de souvenirs pour l'assistance ! C’étaient les deux premières colonnes de l'édifice sacré commencé vingtcinq ans auparavant, là présentes sous les yeux et le soutenant encore,
Ecoutons maintenant l’annaliste du couvent nous dire les préparatifs de la fête du lendemain :
“ A l'issue de l’oflice, il y a récréation générale ; on
nous dit que ce sont les premières vêpres de la solen-
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nité, Parcourons les salles décorées d'avance et jetons un coup d’œil dans la chapelle, Au-dessus de l'autel a été dressé un dais superbe surmonté d’un diadème doré, De nombreuses draperies de diverses couleurs, harmonieusement distribuées, retombent de la voûte en courbes gracieuses et supportent différentes inscriptions en lettres d’or, entre autres celle-ci: Quid retribuam Domino pro omnibus quæ retribuit mihi, puis cette autre: Benedic anima mea Domino et noli oblivisci omnes retributiones ejus. Sur les draperies roses, blanches et bleues, des guirlandes de fleurs semblent tomber des cieux, des festons de fleurs sont aussi distribués çà et là avec élégance. De nombreuses lumières marquent d'étoiles d’or l’intérieur du sanctuaire, On a élevé pour Mf l'archevêque, du côté de l’évangile, un trône surmonté d’un dais de damas blanc avec franges, galons et glands d’or. Du côté de l’épître, un prie-Dieu sur une estrade est destiné à M“ Persico, évêque de Bilina, venu en ce pays pour se reposer de longues années de mission, et desservant actuellement la paroisse de Saint-Colomb-de-Sillery, Les prêtres invités occuperont le bas-chœur., Devant la table de communion, deux prie-Dieu avec fauteuils posés sur un riche tapis de Bruxelles, sont destinés at ‘“71#+enant-gouverneur de la province, sir Edouard Car: . :t à M. le chevalier
Muir, Des sièges sont aussi réservés pour le premier
ministre de la province de Québec, l'honorable Gédéon
Ouimet, pour l’honorable P.-J.-0. Chauveau, ex-premier ministre, pour le maire de la cité, M. Owen Murphy, et quelques autres personnages importants, Sur le second rang plusieurs dames de la haute société occuperont des places de chaque côté de M”*° Caron.
“ Entrons maintenant au noviciat : il est décoré avec un goût exquis de draperies écarlates sur lesquelles se détachent des couronnes d’immortelles avec les inscrip-
tions suivantes :
Vivent nos Mères Gloire à nos fondateurs ! Toujours bien chères, Vivent nos bienfaiteurs ! 12 janvier 1850.
“ Dans la salle de communauté, décorations du même genre avec guirlandes d’immortelles. On y voit les portraits de nos bienfaiteurs entourés d'inscriptions qui redisent notre gratitude, Sur une draperie de couleur éclatante et ornée de festons, on lit ces mots :
A notre Mère Fondatrice Toujours, mère bien-aimée,
De nos cœurs, soit couronnée.
“ Enfin, au milieu d’un endroit apparent est suspendu un cadre d’un beau travail où sont placées avec art les photographies des sept premières collaboratrices de l’œuvre du Bon-Pasteur, Disons en passant que toutes
étaient encore vivantes, Ce cadre a été préparé à leur
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256 L'ASILE DU BON-PASTEUR DE QUÉBEC insu par une jeune professe de la communauté. On y a tracé en lettres d’or les ,;uots :
Souvenir du 12 janvier 1850. Reconnaissance!
Vingt-cinquième anniversaire de la
Fondation de notre Institut ?.
La nuit tombe, le grand silence se fait dans le couvent. C’est l'heure du sommeil. Des visions du lendemain, fraîches et souriantes, voltigent autour des rideaux blancs, sur les blanes oreillers. Enfin la cloche matinale de la chapelle annonce l’aurore du 12 janvier. Au dehors, c’est le rude hiver, la nature glacée; mais au dedans, c'est l’image du printemps; des fleurs partout, les tressaillements de la vie, l'épanouissement sur toutes les figures, dans tous les cœurs.
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Dès huit heures du matin, la foule envahit les parloirs, la chapelle, Toute la ville est représentée, A neuf heures et demie, le clergé, les personnages invités ont pris les places qui leur sont assignées. Parmi les membres du clergé, on distingue l'abbé Auclair, curé de Québec, les RR. PP. Saché, Vignon, de la Compagnie de Jésus, Grenier et Durocher, Oblats de Marie Immaculée, M. Déziel, curé de Lévis, les chapelains des
communautés de la ville et plusieurs autres prêtres qu’il serait trop long de nommer.
M" l'archevêque de Québec, assisté de M5 Cazeau et du curé Laberge, occupe le trône pontifical en face de M Persico.
La chapelle ne peut contenir la foule qui s’y presse ; elle occupe la nef, la sacristie des pénitentes, les galeries et les chœurs du côté de l’épître. Les personnes de la maison remplissent les galeries du côté de l’évangile. Les enfants des écoles, le chœur du même côté.
La messe solennelle avec diacre et sous-diacre est chantée par l'abbé Martineau, curé de Saint-Charles, ancien desservant de Saint-Jean-Baptiste, ami dévoué de l’Institut, Le chœur de musique est dirigé par l’organiste de Saint-Roch, M. Lapointe ; le chant, exécuté par les religieuses qui s’en acquittent avec une rare perfection.
Le prédicateur du jour était tout désigné : c’était le P, Saché, le premier directeur de l’Institut, Un silence profond se fait dans toute l’église, quand, après l’évangile, sa tête blanche apparaît à l’autel d'où il doit prêcher., Sa figure de saint porte l'empreinte d’un recueillement ému, On sent que les souvenirs impressionnants se pressent dans son âme, et qu’il n’a qu’à les laisser parler pour être éloquent, Il le fut en effet,
Son magnifique discours ne s’analyse pas: il faut le
citer tout entier. C’est à la fois un hymne d'actions de grâces et un apercu à vol d'oiseau de l’œuvre du Bon-Pasteur, à travers lequel l’orateur fait ressortir admnirablement les vues de la Providence dans sa création et son développement.
“ A Domino factum est istud et est mirabile in oc lis nostris, Matth., 21. 42. C’est l’œuvre du Sei-
£ «eur et elle est admirable à nos yeux.
‘“ Monseigneur et mes Frères,
“ Une pensée commune nous réunit au pied des autels. Tous intéressés, tous dévoués, chacun dans sa sphère, à l’œuvre du Bon-Pasteur de Québec, nous sentons le besoin de remercier Dieu des bénédictions qu’il n’a cessé de répandre sur elle depuis son origine, et nous applaudissous à l’heureuse idée qui a fait de ce vingt-cinquième anniversaire un jour solennel d’actions de grâces, En effet, comment ne pas reconnaître le doigt de Dieu dans cette institution que nous avons vue naître et grandir ? Il me semble lire au fond de tous les cœurs la pensée, le sentiment exprimé par l'écrivain sacré: C’est l’œuvre du Seigneur, et elle est
admirable à nos yeux. À Domino factum est, Mes
Frères, je me garderai de combattre ce sentiment, il me paraît trop vrai, trop juste et trop convenable à la circonstance présente, Permettez-moi au contraire de
m'en emparer, de le confirmer et d'en montrer de plus.
en plus la justesse et la convenance.