‹ L'asile du Bon-Pasteur de Québec [microforme]Chapitre 64 sur 93 · WEST MAIN STREET · texte numérisé non relu

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dernier soupir, notre pénitente fut fidèle à sa mission d’évangéliser sa petite protégée. Huit jours avant sa mort, elle la faisait approcher de son lit pour lui donner des conseils ou la reprendre si elle était tombée dans quelques fautes.

“ Durant cette longue suite de mois passés dans les souffrances, Céline conserva une patience inaltérable, malgré sa nature portée à la colère, avant son bap'isé, comme elle le disait. Jamais une plainte, jamais un murmure sur ses douleurs, sur la nourriture, sur aucune de ces choses qui sont si propres à rendre une malade irascible. Elle passait ses nuits à tousser sans pouvoir dormir.

— ‘‘ Céline, lui disait-on un jour, que faites-vous durant ces longues nuits d'insomnie? Ne vous ennuyez-vous pas ainsi sans repos, sans sommeil ?— Je prépare ma mort d'avance, répondit-elle avec un aimable sourire. A neuf heures, temps du coucher, j'invite mon ange gardien à veiller avec moi: nous nous renfermons dans les plaies de Notre-Seigneur pour jusqu'au lendemain ; puis, de cette sorte, tous les battements de mon cœur sont pour le bon Dieu! C'est lui qui souffre avec moi ! C’est lui aussi qui soulage mes douleurs !

‘ Sur les dernières semaines de sa vie, on découvrit chez elle une pieuse industrie pour augmenter ses pénitences. On s'aperçut qu’elle trouvait moyen de déranger la paille de son lit, en sorte que son pauvre corps, déjà demi-squelette, reposait sur la dure ; pratique qu’on jugea sagement à propos de lui interdire.

« Elle eut une grande confusion d’avoir été surprise en cette sainte extravagance ; mais elle obéit avec simplicité aux ordres de ses supérieures, où sa ferveur et sa résignation parurent d’une manière frappante.

& La supérieure lui demanda un jour : ‘“ Pourriez-vous dire, chère enfant, ce que vous avez fait à Dieu pour mériter la

grâce de votre conversion ” ? Céline ne répondit pas, mais: parut faire, par des soupirs et des regards significatifs, de: pénibles réflexions sur son malheureux passé. Cette question l’avait bien vivement frappée. Le lendemain, elle dit à la supérieure qu’elle avait trouvé la raison, la véritable, la seule raison de son retour au Bon-Pasteur ; puis elle raconta ce qui suit :

‘“ Je suis née en Angleterre de parents essentiellement protestants. Ma famille était à l'aise; nous étions trois enfants ; il y avait chez nous plusieurs servantes, dont l'une, chargée des enfants, était une jeune Irlandaise catholique de quatorze ou quinze ans; moi-même je comptais alors quatre ou cinq années d'âge.

‘# La bonne, à l'insu de nos parents, apprenait à ma petite sœur et à moi de courtes prières catholiques, telles que “ le signe de la croix, la Salutation Angélique, O Marie conçue ‘sans péché … ”. Nous aimions beaucoup ces prières ; mais une servante protestante s’en étant aperçue, en avertit ma mère qui chassa la jeune Irlandaise et punit ses petites filles de la manière la plus sévère. Moi, je fus bien malade de chagrin au départ de notre bonne, à laquelle j'étais très attachée. Le médecin déclara à ma mère que j'allais mourir si elle ne rappelait la servante, La crainte de me perdre fit que ma mère reprit à la maison celle qui en avait été si indignement chassée; et malgré la défense la plus absolue, la chère Irlandaise continua à nous faire réciter les mêmes prières qu’elle nous avait enseignées. Je m'y étais tellement habituée que je ne les ai jamais oubliées.

“ Et ces prières, le signe de la croix, Je vous salue, Marie, O Marie congue sans péché, je les ai toujours récitées de temps en temps, surtout lorsque j'avais quelque peine, quelques

remords … et, les heures de remords n'ont pas manqué dans ma vie !

‘“ Je me souviens, ajouta-t-elle en se couvrant le visage de ses mains, d’avoir dit ces prières jusque dans les lieux de perdition … La voilà, ma Mère, la cause heureuse de ma conversion! C’est cette prière à la sainte Vierge qui m'a sauvée ? !

4 Céline a été reconnaissante envers cette bonne Mère, car la dévotion à Marie était devenue pour elle une espèce de sainte passion.

‘ La lettre qui va suivre a été composée par elle-même, lorsque le médecin eut déclaré la maladie mortelle. Cette lettre, datée de ses derniers jours, est pour son père qu’elle n'avait jamais cessé d’aimer et de chérir, comme on va le voir

dans ses propres expressions :

# Québec, octobre 1854,

‘# Au plus cher et au plus tendre des pères,

“ C'est de son lit de douleurs que votre indigne enfant, autrefois votre fille bien-aimée, se permet de vous adresser ‘quelques lignes. Je le fais, cher papa, parce que je crois de rmon devoir, avant de quitter cette vallée de larmes, de vous ‘faire connaître mon bonheur présent. Oui, après tous mes .égarements, j'ai trouvé un lieu de repos, j'ai pris le joug au Seigneur, et je trouve le fardeau bien léger, pendant que les «chaînes du péché étaient si pesantes! Bien cher papa, votre enfant prodigue vientse jeter à vos pieds pour vous demander

un pardon qu’elle ose espérer, malgré tout le mal qu'elle a

fait À votre cœur paternel, Je suis dans la ferme croyance

que mon Père du ciel m'a déjà pardonné ; car c’est par l’in-

tercession de sa divine Mère que j'ai sollicité ma grâce et

mes

qu’il ne fut jamais dit qu'aucun de ceux qui ont eu recours à elle ait été abandonné.

“ Cher papa, je sais que ces quelques paroles doivent vous paraître bien étranges; mais expliquons-nous : votre enfant n’est plus aujourd'hui ce qu'elle était autrefois : je suis ‘ catholique romaine ?.

‘ Pardon, cher papa, pardon pour la démarche que j'ai dû faire sans votre avis! Mais je suis assurée que si vous eussiez été ici et qu'on vous eût raconté une partie de mon histoire, vous n’auriez pas réprouvé ma manière d'agir, mais que vous auriez le premier pris part à mon bonheur. Avant de changer de religion, soyez certain que je me suis convaincue que ce n’est que dans la foi catholique que l'on trouve la paix, cette paix que le monde ne donne pas, mais qui vient de Dieu et de sa sainte épouse, la sainte Eglise ; cette paix véritable qui fait mépriser les vanités, les honneurs et les richesses ds ce monde trompeur., Tous ces biens temporels passent au moment de la mort, parce que tout cela était pour la satisfaction du corps. Pour l’âme, elle s’en ira paraître au jugement suprême de Dieu, avec ses bonnes œuvres ou ses mauvaises actions, pour être récompensée ou punie selon ses mérites. O affreux tourments! O flammes plus affreuses encore qui n'auront jamais de fin, qui dureront aussi longtemps que Jieu sera Dieu (as long as God is God)! Quel sujet de méditation pour un pauvre pécheur … !

(4 J'avais essayé plusieurs fois de me convertir et d'abandonner mes désordres, chez mon oncle, où je restais, et à l'asile protestant de la Madeleine à Montréal; mais c'était en vain; je demeurais la même. Enfin le bon Pasteur vint à moi lorsque j'étais la plus délaissée, et me porta sur ses épaules à son bercail. Là, je devins enfant de Dieu et héri-

tière du royaume du ciel en recevant le saint baptems. O.

: L EE — sp Re REA enmenenennar

papa, qu’il est délicieux de goûter les douceurs de la grâce de Jésus-Christ qui a donné sa vie pour nous! Cher papa, je suis trop faible pour continuer à vous parler comme je le voudrais sur cette matière. Mais c'est votre fille mourante qui vient vous conjurer d'ouvrir à la lumière et à la grâce vos yeux et votre cœur qui ont vieilli dans l'erreur, et de penser que je pars bientôt pour aller vous attendre dans une autre vie.

Oh! quel surcroît à mon bonheur présent, si du moins en mourant si jeune, je pouvais croi. qu’il me sera donné de jouir dans le ciel de la compagnie de mes bons et tendres parents, après en avoir été si longtemps séparée. Mais aussi quel chagrin pour mon pauvre cœur si malade de laisser ce monde avec la pensée de ne les jamais revoir dans l’autre. Oh! non, mon espérance est tout entière en l’intercession de la bienheureuse Vierge que je prie avec ferveur pour votre conversion. Et je suis certaine de l'obtenir, parce que j'ai l'espoir que vous invoquerez cette bonne Mère, afin qu’elle intercède pour vous auprès de son divin Fils. Impossible d'aller plus loin, je ne suis : capable.

Je demande pardon à tous mes parents du déshonneur que j'ai causé à la famille par ma mauvaise conduite. Oh! cher papa, ils sont heureux ceux qui meurent dans le Seigneur! Moi, je meurs de la sorte. Je ne manque de ris. comme chrétienne. A la place du meilleur des pères selon la nature, j'ai ici le plus tendre des pères en Jésus-Christ. C’est à ce bon père après Dieu que je dois ma ronversion. Je n’en finirais point, s’il me fallait dire tout ce que je lui dois. J'avais perdu, bien jeune, ma bonne maman; mais Dieu m'a

donné ici une mère si tendre pour moi, que je n’ai point d'expression pour parler du bien qu'elle m'a fait. J'ai donc tout ce qu’on peut désirer sur la terre.

ee

‘ Cher papa, j'ai encore une grâce à vous demander, et c'est la dernière, car je ne vivrai plus quand vous recevrez cette lettre. Cette faveur, ce serait, si l’occasion s’en présente jamais, de vouloir bien faire une visite à ce père et à cette mère dont je vicns de vous parler, pour les remercier du soin qu’ils ont prodigué à votre enfant lorsqu'elle était égarée et abandonnée.

‘“ Adieu cher papa, adieu pour toujours !

& Je c'emeure votre désabéissante, mais repentante fille ”,

& Céline vit venir avec un calme parfait les derniers moments de son existence. Sa ferveur augmentait à mesure qu’elle approchait de cette heure suprême, et elle s’y prépareit par tous les exercices dela componction. Elle n'était plus maîtresse d'elle-même, lorsqu'elle pensait au jour glorieux de l'éternité, où il lui serait donné de voir et de posséder Celui qui est le souverain Rien, la Beauté éternelle et incréée qu'on regrette toujours d’avoir aimée trop tard, quand on a

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