‹ L'asile du Bon-Pasteur de Québec [microforme]Chapitre 63 sur 93 · EE RE RS AT · texte numérisé non relu

EE RE RS AT

De sl

crane D LE Er M Le ec 2e El Lemon uce-afr arme cale ha co er roots DS 29

peine écoulés, qu'elle possédait parfaitement son catéchisme en français et parlait assez bien pour tenir conversation.

“ J'avais complètement oublié la mésaventure de la prison, lorsque trois semaines plus tard, je fus agréablement surpris de revoir au Bon-Pasteur cette infortunée qui m'avait si fort intéressé par le récit trop réel de ses misères,

“ Bon courage, chère enfant ! lui äis-je ; jetez le passé dans l'oubli, abandonnez l'avenir à la Providence que vous apprendrez à connaître ici, et consacrez le présent à la fidélité ”.

‘# Quelque profondes qu’eussent été les misères de Céline, elles n'avaient duré relativement qu’un temps assez limité, pour lui laisser intacts l'esprit et les talents dont Dieu l’avait douée,

‘ Mais une chose apporta du retard à son admission aux sacrements: ce fut son caractère irascible, et pour ainsi dire, indomptable, surtout dans les premiers mois de son séjour à l’Asile, Elle était d’une humeur bouillante et impétueuse, d'une nature violente et prime-sautière ; ce ne fut qu'à force de prières, d'épreuves et de combats qu'elle parvint à se rendre supportable dans la maison. Mais aussi, comme tous les cœurs prompts à s’emporter, celui de Céline ne conservait aucun vestige de rancune,

‘# À cette louable qualité, elle joignait une franchise parfaite: c'était au point qu'on n’a pas souvenir que Céline ait jamais déguisé la vérité durant son séjour à l’hospice. Cette sincérité amenait l'aveu instantané de ses fautes, malheureue sement fréquentes, et un prompt repentir. Plus d’une fois, on fut tenté de la congédier à cause de ce caractère incompatible avec la vie de communauté ; mais toujours, elle sut

gagner son pardon, par une bonne volonté qui ne lui fit jamais

défaut, pour se relever après ses chutes,

‘ C'est une règle dans la maison de n’admettre les filles repenties aux sacrements qu'après plusieurs mois d'épreuves, et l'expérience a souvent fait voir toute la sagesse de cette prudente mesure, On conçoit facilement qu'avec les dispositions défectueuses qu'on vient de reconnaitre, Céline dut avoir besoin d'une double épreuve. Aussi ne fut-ce que le 30 mars 1853, neuf longs mois après son arrivée, qu'elle fut admise à faire son abjuration.

Oh! avec quels transports d’allégresse elle en apprit la consolante nouvelle ! Quelle sainte préparation elle fit pour ce jour si impatiemment attendu ! Qu'elle fut belle et solennelle pour la communauté, cette journée qui gagna à la foi une hérétique, à Dieu une conscience égarée, au ciel une âme marquée du sceau de la perdition!

“ De même que parmi les habitants du ciel, il y eut dans la famille du Bon-Pasteur une grande réjouissance sur le retour de cette autre Madeleine.

‘ Céline reçut le saint baptême de la main de ce même prêtre qui ave‘ reçu ses premiers aveux d'une manière si providentielle, et qui avait continué à garder cette âme dans le chemin du vrai. A lui seul de dire combien son cœur d’apôtre se sentit heureux, lorsqu'il vit que ses plus chers désirs étaient accomplis! Avec quel bonheur il introduisit dans le sein de l'église catholique, cette enfant qui eut tant

de combats à soutenir pour se vaincre pendant les neuf mois qui précédèrent la touchante cérémonie de son abjuration |

‘ L'âme de Céline était désormais ouverte aux sentiments

de toutes les vertus. Ses pensées, ses désirs, sa volonté, tout.

son être éizit acquis à Jésus. Et sa dévotion à Marie se manifestait par des prières ferventes et par un tressaillement

de joie, chaque fois que le nom béni de cette tendre Mère

était prononcé.

SE RE me EX SEE x L: “ + Len

ras

‘ Céline reçut la divine Eucharistie le lendemain de son abjuration, et quelques jours plus tard, Mgr Turgeon, archevêque de Québec, daigna lui administrer la confirmation. Tous ces bienfaits de notre religion opérèrent en elle de véritables merveilles. L'effet en était si frappant que, plu: sieurs mois après, elle déclara elle-même que depuis son baptême, non seulement elle n'avait point succombé à cette grande faiblesse humaine qui l’avait autrefois entraînée au fond du précipice, mais que jamais le moindre souvenir de ses plaisirs criminels ne s'était présenté à son imagination.

‘ Pour juger mieux encore des vertus que dut pratiquer Céline avec le caractère que nous lui connaissons, disons quelques mots de la vie que mènent au Bon-Pasteur les péni-

tentes qui y sont admises. C’est une vie de communauté,

par conséquent, vie d’obéissance de tous les instants. On y travaille toute la journée, toujours dans un profond silence, excepté dans les deux heures de récréation accordées par la règle. A chaque heure qui sonne à l'horloge, ce silence est interrompu par quelque prière faite à haute voix, Une pénitente, tout en continuant son ouvrage, prononce les

paroles suivantes :

‘* Encore une heure d'écoulée !

PL 4 ‘* Encore un pas vers la mort et l'éternité!

‘* Pour les pécheurs endurcis, c'est un pas de plus vers l’enfer !

‘* Pour les justes pénitents, c’est un pas de plus vers le ciel!

“ Mes sœurs, offrons l’heure qui commence à la T, S, Trinité!

‘ Loué, adoré, aimé soit J.-C, au Très Saint-Sacrement de l’autel ! ‘€ A jamais”!

‘ Cette belle pratique de piété, qui se répète à chaque heure du jour, est suivie du chant d’un cantique. ‘Puis à ces prières et à ces saints cantiques, succède \

encore le silence, temps si propre à la méditation de la

ee.

divine semence jetée tout à l'heure dans l’âme de ces repentantes! Voilà donc la vie du Bon-Pasteur: prières, silence, travail incessant, chacune selon ses forces et ses facultés. Là, on ne fait quoi que ce soit sans une permission spéciale ; on ne doit pas même aller boire une simple gorgée d’eau sans cet acte préliminaire.

Eh bien! je le demande, quand on a vécu jusque-là avec toutes ses libertés, combien ne doit-il pas coûter de peines aux pénitentes, dont la nature est si mal préparée à un pareil genre de vie? Peut-on voir, là, quelque autre intérêt que celui de l’âme, quelque autre motif que celui de gagner le ciel à tout prix ?

# Voilà la retraite où Céline vécut pendant plus de deux ans. Et tous ces règlements si minutieux, si nécessaires à la vie commune, elle sut les observer aussi exactement que possible, malgré quelques misères inhérentes à la pauvre humanité. En suivant cette manière de vivre, elle put parvenir à un degré de perfection bien extraordinaire pour une personne de son caractère. Nous en verrons les preuves dans ce qui va suivre.

‘“ Tout en appréciant les moyens de salut dont on vient de parler, il ne faut pas croire, de prime abord, à l’impeccabilité dans l’Asile du Bon-Pasteur. Oh! non. Sous ce toit béni, comme au grand air du monde, l'ennemi du salut parvient quelquefois et les tentations n’y sont pas inconnues, Sur plus

de cinquante pénitentes passées par l’hospice, il n’en est pas une qui n'ait eu à soutenir les combats les plus terribles, les tempêtes les plus violentes ; et ce n’est qu’à ces épreuves qu'on a pu reconnaitre celles qui devaient persévérer. La grande tentation, celle qui doit conduire à toutes les autres, c'est le désir de quitter la maison. On a vu, surtout les pre-

mières années de l’hospice, des actes d’un courage admirable chez certaines pénitentes bien déterminées à ne point abandonner leur retraite. Quelques détails sur ces restes de misères nous feront voir combien il est difficile parfois aux bonnes sœurs d'obtenir le beau succès qui couronne leur œuvre si méritoire.

“ Une jeune pénitente vint un jour trouver la supérieure et lui dit: ‘“ Ma Mère, je suis tentée de sortir ; mais je souhaite ardemment ne pas succomber, Quand cette tentation survient, je serais capable de me lancer du troisième étage, et n'importe par quellè issue! Ces attaques si violentes se manifestent par une vive impatience. Eh bien ! quand vous me verrez dans cette triste disposition, ayez donc la charité de me faire attacher. Je prends la résolution de me souvenir de ma bonne volonté d’aujourd’hui, car je veux vaincre à tout prix ”.

“Elle fut écoutée : à la première violence qu’on aperçut, on la lia selon son désir; et Satan, honteux de sa défaite, prit la fuite. Une autre de ces infortunées faisait à la supérieure le récit d’une semblable tentation, qui se réitérait à chaque instant ; et, comme il arrive ordinairement en pareil cas, la pauvre affligée reçut les avis et les encouragements que nécessitait son pénible état. Mais au lieu d’être chassée, la tentation revint plus persistante que jamais. Que fit done la malheureuse pénitente? Elle prépara un paquet de ses vêtements, manteau, chapeau, chaussures, puis l'instant d'après, elle se présenta devant la supérieure, en lui disant : # Ma Mète, veuillez donner ce paquet à la première pauvre venue, sinon je le jette dans la rue! Quand il me sera impossible de succomber à la tentation de partir, alors je saurai résister ”. Elle avait vaincu, C'était une grande vic-

toire. Il est si dur en effet de combattre contre soi-même | Le bras qui frappe alors est si proche parent du cœur qui prescrit et recoit les coups!

Revenons à Céline, et disons qu'elle n’échappa pas à cette tentation commune à toutes les autres pénitentes. Cependant comme elle avait un grand respect pour la supérieure, elle se sentait incapable de partir malgré sa volonté. Le tentateur, au fait de cette faiblesse, lui suggéra un expédient dont elle se servit malheureusement trop bien. Céline se jeta à la désobéissance ; et pendant quelques jours, ses maîtresses ne purent trouver le moyen de lui faire observer le règlement de la maison. Elle alla même, un jour, jusqu'à être la cause d'un grand désordre dans la salle, par des colères feintes ou réelles, et par des actes de violence contre l’une de ses compagnes. Ce stratagème était imaginé pour forcer la supérieure à la chasser de l’Asile. Céline elle-même en fit l’aveu dans la suite. Le conseil délibéra donc sur ce qu’il était prudent de faire en pareille circonstance. “ Mieux vaudrait peut-être, “ disait-on, éloigner ce sujet de l’hospice, tout en travaillant, ‘ par d’autres moyens, au salut de son âme ”?

4 Telle était la pensée des bonnes sœurs, si fières de leur jeune convertie avant ces jours d'épreuves. En attendant une décision, Céline fut séquestrée, et l’on me fit venir à l’hospice dans l'espérance que je serais encore l'instrument dont Dieu se servirait pour ramener au sentiment du devoir

l’âme qui cherchait à s’en écarter.

‘# En paraissant devant moi, Céline tomba à genoux ; mais,

contre son ordinaire, pas ur » larme ne vint manifester son

repentir. Je sentis alors qu'il y avait un projet arrêté chez elle, et qu’en conséquence, il fallait frapper un grand coup. Je lui fis une réprimande des plus sévères sur son passé et

sur sa conduite présente, lui montrant l'extrême danger auquel elle s’exposait. Je lui rappelai la miséricorde de Dieu à son égard, miséricorde dont elle abusait si indignement et dont elle aurait à rendre un compte rigoureux. Je déroulai devant ses yeux la longue liste des bienfaits du Seigneur, grâces qu'elle allait fouler à ses pieds, si elle continuait cette vie de rébellion et de péché. Enfin je la conduisis à la salle commune des pénitentes, et, la faisant mettre à genoux, je lui ordonnai de demander pardon aux maîtresses qu’elle avait contristées et aux pénitentes qui avaient été scandalisées de sa mauvaise conduite. Tout cela terminé, je lui annonçai, en présence de ses compagnes, qu’on allait procéder à un sérieux examen sur cette affaire, qu'on ne prétendait pas voir se renouveler à l'avenir. Ces dernières paroles, dites à dessein, et qui laissaient un doute sur la possibilité de séjourner dans la maison, déterminèrent une scène des plus déchirantes. J'avoue qu’il me fallut refouler toute espèce de sensibilité apparente pour me contenir. A cette idée que Céline pouvait être renvoyée, toutes les pénitentes se jetèrent à mes pieds pour implorer son pardon. Toutes s'offrirent à faire une forte pénitence pour le lui mériter. L'une voulait coucher sur le plancher pendant une semaine; l’autre jeûner au pain et à l’eau durant un mois ; une troisième garder un silence absolu le temps qu’on l’exigerait; pas une qui n'offrit son contingent de générosité en faveur de la coupable. ‘Si elle part, disaient-elles, tout est perdu! Son baptême, sa communion, sa confirmation ! C’est l'abîime pour elle ” ! Onse figure aisément qu’une pareille démonstration se termina par une absolution sans appel. Ce fut la supérieure qui eut le dernier mot, et il fut solennel! {{ Céline, ma fille chérie, lui dit-elle, en la relevant avec bonté

et la conduisant à sa place, je vous rends vos droits; restez avec nous; vous n'aurez aucune punition. Pour vous, nos pénitentes, remarquez bien ceci, ajouta-t-elle : “ Si quelqu’une de vous osait rappeler à Céline un seul mot de ce qui vient de se passer aujourd’hui, c'est à celle-là que je réserve une pénitence qu’elle n'oubliera de sa vie; c’est un pardon sans ressouvenir ” !

it Cet acte d’entière miséricorde, sans mélange de punition, dompta le caractère de Céline, comme elle le dit elle-même, Là, vinrent se briser son orgueil, son emportement, ses violences. Ce fut sa dernière tentation sérieuse ; depuis lors sa conversion fut parfaite.

&“ Pauvre enfant! elle venait d'expérimenter toute la vérité de ces paroles de l'Zmitation : “Il n'y a point d’ordre sisaint, ni de lieu si retiré, où les tentations et les adversités ne se trouvent ”.

‘“ Malgré les quelques faiblesses que l’on vient de raconter, Céline, dès qu’elle eut fait sa première communion, avait gagné l'entière confiance de ses supérieures. Aussi lui avait-on confié le soin et l'instruction d'une jeune protestante, nouvellement admise, et qui demandait à se faire catholique. Bien que malade d’une consomption qui s'était déclarée quelques jours après sa terrible tentation, Céline s’acquitta de sa tâche de catéchiste avec toute l’attention d'une mère et tout le zèle d'une nouvelle convertie. Son succès fut d'autant plus fructueux qu’elle avait passé ellemême par toutesles voies de sa néophyte, etque sa propre expérience lui dictait tout ce qu’il fallait faire pour arriver au but.

& La maladie de Céline faisait des progrès assez lents. Cette

consomption traîina quinze mois à peu près, et jusqu'à son

mit cat" St

Photographic Sciences as" Corporation

je ‘si di ne 22 nu ne MES

ji! :w [a = li MES ILE IS.

Page 1