CONDITIONS DANS LESQUELLES ROOSEVELT PREND LE POUVOIR
À son avènement, 35 Etats sur 49 avaient apporté des restrictions aux retraits. Il y avait un endettement considérable, surtout des sociétés. Les banques se trouvaient dans l'impossibilité de recouvrer leurs actifs et éprouvaient de grandes difficultés à réaliser les gages hypothécaires fortement dépréciés. La panique était partout, la faillite menaçait non seulement les entreprises non viables, mais aussi celles qui auraient pu surmonter la crise. Il convenait donc d'adopter une solution pour résorber ces énormes crédits. Plusieurs méthodes étaient, à la vérité, à envisager,
La méthode orthodoxe, conforme aux principes libéraux, eût exigé que Roosevelt les laissât s’anéantir dans une série de faillites particulières qui auraient sans doute occasionné une perte sensible à l’économie américaine, mais auraient assaini la situation. La base de la reconstruction eût été saine. Malheureusement, les inconvénients d’une mesure en apparence aussi simple sont extrêmement graves et, au surplus, la matière sur laquelle l’assainissement devait porter, n’est pas aussi plastique qu’il serait nécessaire à la bonne exécution de l’opération. Sans compter les troubles d’ordre social et même moral que peut entraîner une série de mesures basées sur l’application de ces principes, un semblable rétablissement de la situation porte déjà en lui-même sa condamnation partielle. En effet, par la liquidation forcée de très nombreuses entreprises, le nombre des chômeurs s’en trouve automatiquement accrue et, partant, le pouvoir d’achat des consommateurs fortement diminué. Il s'ensuit également la ruine de nombreux capitalistes et obligataires et de même l'obligation des prêteurs d’exécuter leurs gages,
A ti
c’est particulièrement à cette occasion que les troubles de la vie sociale peuvent revêtir une certaine gravité : toutes les fois que semblable situation s’est présentée, en Tunisie, en Egypte, il y eut toujours à craindre une extension généralisée du malaise social provoquée par ces atteintes légales au droit de propriété. Au surplus, il n’est même pas nécessaire de recourir à la mise en faillite des banques insolvables pour exercer le tri des banques et discréminer ainsi les banques saines des banques malhonnêtes ou malsaines. Les mesures draconiennes prises à ce sujet par Roosevelt établissent ce point très suffisamment. D'ailleurs, s’il avait adopté ce parti, Roosevelt se serait aliéné plus d’un tiers des Membres du Congrès qui sont en même temps actionnaires des grandes banques. En effet, en cas de faillite, la législation américaine impose aux actionnaires non seulement la perte de leur capital-actions, mais une responsabilité vis-à-vis des déposants d’une somme égale à la valeur nominale des actions.
Ou alors, Roosevelt devait-il prendre la solution opposée, tout au moins en apparence, mais à vrai dire simplement dilatoire ? Pourquoi ne pas avoir autorisé la Reconstruction Finance Corporation à avancer les sommes nécessaires pour éviter la fermeture généralisée des banques ? C’est que les Américains ont enfin comtpris que les banquiers ont abusé d’une situation trop favorable. L'enquête de la Commission Bancaire du Sénat a révélé à ce sujet des choses étonnantes, qui ont amené de graves mesures, telles les poursuites intentées contre Monsieur Mellon, la démission du président de la National City Bank, qui avait investi des dépôts dans de vastes opérations à long terme, et dont nombre de ses grands dirigeants étaient parmi les spéculateurs, d’ailleurs, de Wall Street, les plus notoires, non seulement des spéculateurs, d’ailleurs, mais des hommes malhonnêtes ainsi qu’en témoigne le grand scandale des pools successivement créés, dérivant l’un de l’autre, et qui avaient pour mission de liquider la situation de la banque de l’Anacunda, et dont les directeurs étaient tous des dirigeants de l'Anacunda et de la National City Bank. Ces investissements imprudents et ces spéculations malhonnèêtes
or
des dirigeants en firent sombrer déjà beaucoup pendant la dépression, mais un grand nombre d’entre eux étaient soutenus par la Reconstruction Finance Corporation. De plus, il convient d’ajouter à cela les reproches communément adressés à l’administration Hoover, qui ne fit rien d’effectif pour augmenter les prix des produits de la terre et fit tout, au contraire, pour augmenter la déflation du capital, prolongeant ainsi la crise. La publication des emprunts faits à la Reconstruction Finance Corporation incitait peu le public à avancer de nouveaux fonds pour retarder les sanctions inévitables des fautes commises.
Bref, il n’est pas inadmissible que Roosevelt en arrivant au pouvoir, aurait pu essayer de rendre la confiance aux épargnants, arrêter la publication de la liste des banques soutenues par la Reconstruction Finance Corporation, « replâtrer » le système bancaire victime d’un mouvement de panique collective. Il aurait pu certainement opérer des mesures de déflation budgétaire, procéder à des améliorations dans l’administration; mais ce serait méconnaître, en raisonnant de la sorte, le sens politique de la profonde vague de fond qui assura à Roosevelt une popularité considérable. L'arrivée du parti démocrate au pouvoir, c’est la réaction de Main Street (rue principale du village) contre Wall Street, des paysans et de la petite bourgeoisie contre les puissances d’argent conservatrices et les chefs d’industrie:
L’inflation fut la mesure qu’il adopta; elle allégeait le poids des dettes dans la mesure de la réduction de la valeur de la monnaie. On substituait la faillite générale aux faillites particulières. Entre le 22 janvier et le premier mars, la circulation des billets s’était accrue de 3 milliards à 3.600 millions et parallèlement, les réserves fédérales d’or s'étaient abaïssées de 3 milliards à 2.500 millions. Malgré les promesses faites au parti démocrate, Roosevelt procédait à l’embargo sur l'or, mesure qui équivalait à faire abandon de l’étalon-or, bien que la situation technique du dollar fût bonne. Il ne songeait pas alors, par une action directe sur la situation monétaire à agir sur les prix en dirigeant la monnaie, mais en