‹ L'assainissement bancaire aux États-Unis depuis 1933Chapitre 2 sur 55 · R UNIV · texte numérisé non relu

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L'expérience américaine est certainement la tentative la plus vaste de combiner la direction et le contrôle centralisés avec les principes essentiels de la liberté individuelle et le système capitaliste. L'évolution du système bancaire des dernières années en constitue l’illustration la plus manifeste,

Durant les vingt premières années du siècle, on assiste à un énorme accroissement du nombre des banques; en 1900, 14.000, plus de 30.000 en 1920, soit une banque par 3.500 habitants, le nombre en était descendu à 23.000 à la veille de la crise de 1933. Cet accroissement excessif du nombre des banques était dû en grande partie à la dualité du système : banques d'Etats, banques nationales, mais aussi à ce que les autorités responsables avaient accordé l'installation des établissements bancaires trop libéralement. D’ailleurs, durant toute cette période, les banques concentrées ont reçu tout encouragement, alors que les banques à succursales se voyaient entravées dans leur fonctionnement. À cet émiettement si caractéristique du système bancaire américain, la réforme de 1913 créant le système fédéral de réserve avait certes déjà apporté un remède appréciable, en centralisant dans une forte mesure le mécanisme de l’émission et les réserves d’or. La multiplicité antérieure des banques de dépôts subsistait entièrement : aussi, s’était manifestée aux Etats-Unis une tendance générale à la concentration bancaire, si poussée en Angleterre. Si elle s’est développée avec un tel retard, c’est bien à cause de la réglementation des succursales, dans beaucoup d'Etats restrictive, dans d’autres prohibitive : d’une façon générale, elle interdit l’organisation d’un réseau de succursales dans un rayon géographique un peu étendu. Sur les 23.000 banques en 1932, 22.000 opéraient uniquement par l'intermédiaire de leur siège so-

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cial. La concentration bancaire ne pouvait donc s’opérer qu’en hauteur : New-York fut naturellement le lieu d'élection des gratte-ciels bancaires américains. Au surplus, 8.000 de ces banques étaient des member-banks (banques affiliées au système fédéral de réserve, constituant des garanties de sécurité relative supplémentaires) où 62 % des dépôts se trouvaient concentrés (35 milliards de dollars).

Ces dépôts, en accroissement constant, étaient représentés à l’actif des bilans par une forte proportion de nantissements de titres, les opérations d’ordre strictement commercial jouant, relativement à l’ensemble de lactivité bancaire un rôle beaucoup moins exclusif que dans les banques européennes. Aussi bien, le dénouement des opérations bancaires dépend-il beaucoup plus aux Etats- Unis de la Bourse qu’en Europe et y bénéficie-t-il dans une moindre mesure de cette remarquable garantie de sécurité, que représente le réescompte des effets de commerce auprès des instituts centraux d'émission. En bref, le système bancaire apparait aux Etats-Unis lié étroitement à l’évolution boursière et aux secousses qu’elle peut comporter.

La spéculation boursière se double fréquemment de la spéculation immobilière et, à la veille de la crise, celle-ci n’était guère moindre que celle-là. Les postes du crédit liés à la bourse (avances sur titres) et ceux à base immobilière constituaient en 1933 près de 50 % de l’actif total des banques, les premiers pour 40 %, et les seconds pour 10 %. Si on ajoute à cela qu’une grande partie du reste consistait en avances en compte-courants, il faut bien conclure que, du fait de l'orientation traditionnelle de son activité comme du fait de sa structure même, le système bancaire américain n’était pas en mesure de résister à une conjoncture défavorable.

À l'actif, les banques avaient à supporter la dépréciation des placements ou des garanties de leurs créances : baisse des titres, des marchandises, des immeubles, apparition de mauvais débiteurs; tous ces phénomènes vont de pair et par leur survenance plus ou moins prompte, tantôt minent, tantôt submergent la position des banques

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vulnérables, qui sont alors à la tête d'actifs gelés, c’est-àdire irréalisables.

Au passif, on assiste pendant la crise à un bien compréhensible recours des déposants à leurs avoirs bancaires, désireux soit de sauvegarder leurs disponibilités de dépôts, soit de se procurer les ressources nécessaires.

Ainsi donc les établissements les plus vulnérables se trouvent bientôt incapables de faire face à leurs engagements dans le même temps où la situation économique précipite les retraits. C’est alors la chaine des défaillances successives, la tendance du public à la thésaurisation, celle-ci se manifestant par une augmentation des moyens de paiement en circulation. A s’en tenir à ce signe, le volume des réserves monétaires constituées par le public américain aurait atteint près de 1 milliard de dollards, chiffre considérable si on le rapproche du total de la circulation qui oscille normalement aux environs de 5 milliards de dollars, chiffre, au surplus, qui correspond à un certain degré d’activité économique et que le marasme actuel ne justifiait nullement.

Déjà, certes, avant 1933, des améliorations législatives avaient été apportées au système fédéral de réserve. En particulier, Hoover avait fait voter le Glass-Steagall bill en 1932 qui permettait aux Fédéral Reserve Banks de consentir aux banques affiliées des avances gagées sur des actifs autres que des effets de commerce éligibles (seuls admiäs jusqu'alors). Il autorisait également les Federal Reserve Banks à faire des opérations avec d’autres banques que celles affiliées au Système Fédéral de Réserve (Member Banks), en particulier à escompter directement à tout particulier ou société le papier de commerce bancable en leur possession, à condition que ces derniers ne pussent trouver de crédit dans d’autres banques, le principe essentiel de l’activité des Federal Reserve Banks étant jusqu'alors qu’elles ne devaient faire d’opérations qu'avec les banques affiliées au système. Enfin, le même bill modifiait les règles de couverture de la partie des engagements non gagés par l’or. En effet, aux termes de la loi organique du Federal Reserve System, les billets

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