‹ L'assainissement bancaire aux États-Unis depuis 1933Chapitre 3 sur 55 · FA · texte numérisé non relu

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émis doivent être intégralement couverts en or et en effets de commerce dits éligibles, la proportion d’or devant être d’au moins 40 %. Le Glass-Steagall bill permettait une augmentation de la circulation sans accroissement de la réserve d’or. D'ailleurs, cette nouvelle prescription était en flagrante contradiction avec la politique de la Federal Reserve Bank de New-York, qui s’efforçait à restreindre les moyens de crédit en élevant le taux de l’escompte. Par suite du ralentissement des affaires, le papier devenait rare, les banques ne pouvaient augmenter la circulation des billets sans augmenter parallèlement leur réserve d’or; or, le métal jaune devenait rare, alors que si les banques de réserve ne pouvaient se procurer une couverture de 60 % de leur circulation en papier éligible, elles se trouvaient contraintes d’immobiliser une proportion d’or notablement supérieure à 40 %.

À Hoover on doit encore la création en janvier 1932 de la Reconstruction Finance Corporation, qui accorde son concours à l’industrie et aux banques à l’aide de ressources tirées du budget et de l’emprunt. Le Trésor Fédéral avait souscrit au capital à raison de 500 millions de dollars; le surplus, alimenté par des émissions d’obligations pouvait atteindre le total de 3 milliards de dollars; la capacité de crédit totale de cet institut était donc fixée originairement à 3.500 millions de dollars. De fait, les obligations furent souscrites au fur et à mesure des besoins par le Trésor, en quelque sorte pour cautionner l'émission d'obligations de la Corporation. La majorité des avances a été fournie aux banques et elle a certainement contribué dans une certaine mesure au mouvement de détente bancaire. Sous Roosevelt, l'organisme sera utilisé également comme distributeur de secours de l'Etat aux chômeurs.

Quoi qu’il en soit, malgré les aménagements apportés, ce System ne supporta pas l’épreuve des circonstances et en douze ans, plus de 10 mille faillites bancaires furent enregistrées correspondant à une perte de dépôts de 5 milliards de dollars. II me semble donc opportun d’étudier rapidement les causes profondes qui ont amené ces innom-

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brables faillites et déclenché ce formidable krach de 1933.

Ce sont certes des causes extérieures au terrain bancaire qui ont contribué à l’affaiblissement de la structure bancaire du pays — surproduction, paiement de dettes extérieures —, ce sont aussi des causes afférentes au contrôle trop insuffisant du Crédit par les autorités fédérales de Réserve — en ce qui concerne par exemple les exigences de réserve légale, le montant énorme de crédit qui n’est pas sous la dépendance de ces autorités, dans l’intérêt de la stabilité du niveau des prix; mais ce sont tout particulièrement des défauts inhérents à la structure organique des banques commerciales et du système bancaire :

Il existe d’abord une division peu sage des banques commerciales en banques nationales et en banques d'Etats avec 49 autorités législatives différentes, accordant naturellement des privilèges spéciaux à leurs banques respectives. Cette promulgation multiple de lois bancaires a conduit les Etats-Unis à permettre la création de banques malsaines et des pratiques malhonnêtes. Il s’ensuit donc un manque d'unité à la fois dans la législation, dans les principes bancaires et le contrôle.

Mais il y a aussi trop de banques et surtout trop de petites banques et cela est dû en grande partie à la diversité des lois nationales et d'Etats. De plus, chaque communauté a désiré sa banque et il était bien facile de fonder une banque locale du fait des faibles conditions imposées, de constitution d’un capital minimum notamment.

Par ailleurs, trop de banques sont en dehors du Federal Reserve System par lequel elles ne peuvent par conséquent ni être secourues, ni être contrôlées.

Tout particulièrement, les petites banques concentrées ne peuvent pas être en mesure d’assurer la variété de composition si nécessaire à leurs portefeuilles, précisément parce qu’elles se trouvent dans les localités dont l’activité commerciale et industrielle est limitée à une ou deux branches, qui leur fournissent une proportion quasi exclusive de papier d’un certain type, de sorte que la solidité de la banque dépend presque complètement de la

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prospérité économique de la localité. Par ailleurs, avec l'usage de plus en plus répandu de l’automobile et des autres moyens de communication, bien des affaires locales importantes se sont déplacées vers de grands centres, n’abandonnant à ces petites banques que des affaires locales de minime importance.

La proportion de papier réescomptable aux Federal Reserve Banks est trop faible pour la sécurité des banques commerciales en période de dépression. Ainsi, si l’on se réfère à un rapport du Contrôleur de la Monnaie, seulement un cinquième du papier détenu par les banques affiliées représentant des prêts et des opérations d’escompte, était réescomptable, c’est-à-dire, naturellement, que l'aptitude de ces banques à recevoir de l’aide des Reserve Banks, si besoin était, se trouvait limité au montant du papier éligible qu’elles possédaient.

Si l’on compare les chiffres des dernières années jusqu’en 1933, on s’aperçoit que les banques commerciales ont augmenté d’une façon régulière leurs ressources provenant de leurs investissements comparativement à celles tirées de leurs prêts et opérations d’escompte — 20 % et 80 % respectivement en 1925, plus de 30 % et 70 % respectivement en 1933. — Les banques commerciales se sont donc éloignées de plus en plus des transactions commerciales pour consacrer une proportion croissante de leurs ressources au crédit à long terme. Il en est résulté un manque de liquidité de leurs ressources. Cette proportion prend même une signification plus précise quand on l’établit pour les petites banques rurales, en comparant leurs opérations commerciales courantes avec leurs opérations hypothécaires.

On a assisté également à une augmentation du nombre des banques affiliées aux banques commerciales ne pratiquant pas des opérations strictement commerciales et susceptibles d'entraîner d’autant plus la faillite de l’ensemble qu’elles ne se trouvaient pas surveillées : les lois bancaires n’avaient en effet établi aucune prescription en autorisant le contrôle.

Il est également intéressant d'observer une augment{a-

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tion constante du volume des dépôts à terme parallèle, mais plus importante que celle des dépôts à vue.

Ainsi, en 1928, les dépôts à vue s’élevaient à 50 % de l'actif moyen des banques; les dépôts à terme à 32,5 %.

En 1933, les dépôts à vue représentaient 52 % de cet actif, les dépôts à terme 38 %.

Sans doute était-il plus profitable pour ces banques commerciales d'étendre leurs prêts, leurs investissements, mais par contre leurs réserves ont tendu à décroître par rapport à celles qu’eussent exigées leurs responsabilités véritables.

Ces petites banques ont des frais généraux considérables, leurs gains nets sont très faibles. Une enquête du Contrôleur de la Monnaie montrait qu’une bonne partie des banques, hors des centres importants, ne gagnait pas suffisamment pour justifier leur existence, voire même dans les années prospères de 1926 à 1927.

La direction des banques elle-même est fort critiquable; les directeurs sont en général de condition inférieure; peut-être y a-t-il parmi eux quelques-uns comme le caissier, qui ont pu acquérir quelque entraînement dans la pratique bancaire et se pénétrer de quelques principes essentiels, mais bien souvent le directeur et les autres personnalités responsables sont entrés incidemment dans un établissement bancaire : le citoyen important dans bien des localités espère compléter sa carrière d’homme d’affaires, qu’il soit épicier ou boucher, en devenant directeur de la banque locale; aussi bien, ce phénomène est-il l’une des caractéristiques particulières à la vie américaine. S'ils peuvent connaître quelque chose de la technique bancaire, ses principes fondamentaux leur sont inconnues. Le Contrôleur de la Monnaie dans un récent rapport, analysait ainsi les causes des faillites des banques nationales, à la suite d’une enquête effectuée auprès de curateurs-syndics :

Direction incompétente 39 %.

Malhonnêteté 10 %.

Dépression financière locale dûe à d'importantes faillites agricoles ou industrielles 50 %.

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Suspension temporaire 1 %.

Ces chiffres, d’ailleurs, ne peuvent constituer qu’un ordre de mesure, ils sont essentiellement arbitraires et ne peuvent satisfaire à la réflexion, puisqu'il n’est certainement pas possible d'établir une nette séparation entre les 39 % de faillites dûes à la direction incompétente, et celles dûes aux dépressions d’affaires locales, la fin et la mesure de la bonne direction étant précisément d’éviter l'effet de ces dépressions.

Une cause également fort importante de la multiplicité de ces faillites bancaires réside dans le contrôle insuffisant de ces établissements et l’inexpérience de bien des contrôleurs de banques qui se font circonvenir par des directeurs retors.

On vient de voir les raisons profondes des faiblesses du système bancaire américain, il est cependant des causes qui ont influé plus directement sur le déclenchement de cet énorme krach intervenu du 13 février 1933 au 4 mars 1933 et à la suite duquel on a assisté entre le Samedi 4 et le Samedi 11 mars à la fermeture générale des banques et à la suspension de la liberté des mouvements de l’or. L'occasion en fut fournie par un événement en apparence d'importance relative: une banque, l'Union Guardian Trust Company de Détroit ferme par suite du refus de Monsieur Ford d'accorder un droit de priorité à ses petits déposants; ce refus provoqua la panique et le moratoire. Il semble d’ailleurs que la situation technique de cette dernière banque n’était pas tellement grave, qu’elle ne pût être sauvée par la Reconstruction Finance Corporation et il semble même que les autorités ont montré, tout au moins dans les premiers jours de la panique une passivité surprenante — la popularité et la liberté d'action du gouvernement nouveau ne pouvaient que gagner à ce que la grosse bourrasque survint avant son avènement.

Quoiqu'il en soit, et malgré ces remarques quant à l’origine du krach, un déterminisme rigoureux a présidé à cet effondrement bancaire.

CRISE AGRICOLE : Pour sè rendre compte de sa gra-

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vité, qu'il suffise de préciser qu’en une seule année 800.000 fermes avaient été saisies, dont le produit se révéla si insuffisant, si illusoire que les compagnies d’assurances renoncèrent à la liquidation forcée des biens des débiteurs insolvables devant leur résistance. D’où provenait donc cette situation agricole si critique ?

Si l’on prend 100 comme indice des prix des produits agricoles pour la période de stabilité précédant la guerre, en 1925, il monte à 147; depuis lors, il baisse sans interruption et même avec une vitesse accélérée depuis 1930 : 80 en 1931, 57 en 1932. Encore n'est-ce qu’une moyenne puisque le coton a un indice de 33 en fin 1933. Donc des produits agricoles se vendaient à des prix inférieurs de moitié à ceux des prix or d’avant-guerre et, des 2 tiers même, pour les céréales. Or, cette baisse prend toute sa signification quand on considère que ie cultivateur américain apporte sur le marché la quasi totalité de ses produits, son revenu dépendant donc des prix de vente obtenus. Par ailleurs, la spécialisation pratiquée ‘par le fermier a aggravé la situation de certains. L'indice des prix de revient n’a, par contre, baissé que dans une proportion bien moindre (une quarantaine de points par rapport à 1913). Comme premier élément de prix de revient les salaires des travailleurs employés ne sont compressibles que dans une limite assez faible. Les impôts sont le type même des frais généraux incompressibles. Il faut y ajouter l'intérêt des dettes contractées : les fermiers ont en effet usé hardiment du crédit, non point, comme on pourrait rationnellement le croire, pour suppléer par les ressources d'emprunt aux recettes insuffisantes de la vente; en effet, les charges qui en résultent ont déjà préeédé la dépression, dont elles aggravent maintenant les conséquences. La progression de la dette hypothécaire en est la preuve indiscutable : elle s’est accrue de 5 milliards de 1910 à 1920, dans la grande phase de prospérité, de 2 milliards jusqu’en 1928 pour passer en 1930 à un total de 9 milliards. Ces emprunts ont servi à acheter du matériel, du bétail, après de nouvelles exploitations, à équiper puissamment des entreprises déjà développées, donc à ac-

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