LE CONTROLE DU CREDIT
Le taux d'intérêt entre pour une grande part dans la composition des prix de revient des marchandises. Suivant qu'il est haut ou bas, il constitue un élément qui restreint la production ou au contraire la favorise. Par ailleurs, le taux d’escompte est un des moyens les plus puissants pour contrôler le volume du crédit : or, le taux d’escompte est proprement l’instrument des banques. Le Gouvernement, en tant que le prêteur et l’emprunteur le plus important sur le marché, est directement intéressé dans la structure du marché monétaire, et, s’il doit assurer l’administration, il se trouve constamment dans une situation équivoque, puisque ses propres intérêts peuvent se trouver en conflit avec une sage réglementation du crédit. Cependant il y a bien des raisons pour admettre l’intrusion du Gouvernement dans l’orientation du marché monétaire et de la politique du crédit. La monnaie et le crédit sont liés si intimement avec la conjoncture générale, que le Gouvernement ne peut déléguer sa responsabilité et son contrôle. Chez nous, par exemple, c’est le Gouvernement qui nomme les gouverneurs de la Banque de France.
Dans le domaine purement économique, en face d’une grande rigidité dans la détermination des prix de revient et de tant de contrôles, toute réglementation de crédit doit avoir des conséquences malheureuses si elle n’est accompagnée d’une réglementation financière appropriée établie par le Gouvernement. Par ailleurs, si celui-ci dispose de pouvoirs sur le mécanisme monétaire, n’y a-t-il pas danger à ce que cette autorité s’exerce non dans l’intérêt général et la recherche de la stabilité économique, mais à des fins purement politiques ? Si l’autorité politique dispose de cette faculté, elle peut bien facilement
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en abuser. Mais si elle n’en dispose pas, il est bien difficile de prévoir une réglementation financière et monétaire rationnelle. Le système conférant au pouvoir politique autorité en matière monétaire et de crédit, est assurénrent plus simple.
De toute façon, en temps de crise, le Gouvernement a une tendance très nette à intervenir dans des domaines qui, par nature, ne devraient pas lui incomber, mais sur lesquels il est appelé à exercer son autorité précisément à cause de la défaillance des initiatives individuelles. Dans la matière qui nous occupe, ce n’est pas seulement cette obligation qui le guide, mais bien plutôt la mission économique qu'il s’arroge d’atténuer les variations de la conjoncture, et le devoir social qu’il se reconnaît de parer aux injustices qui en résultent. C’est pourquoi, il s’accordera les pouvoirs qu’il jugera nécessaires. IL n'y a certes pas de solution simple et les tenants des théories de monnaie saine et d'administration bancaire indépendante, d’une part, ceux de monnaie dirigée, d’autre part, sont aussi loin du but à atteindre les uns que les autres. Dans les conditions actuelles, le mécanisme monétaire ne peut être isolé des effets des réglementations financières du Gouvernement ou du système économique général, dont il est une des composantes, de même que tout le système économique ne peut être contrôlé par l’intermédiaire du seul mécanisme monétaire. Mais, il est certain qu’une centralisation du contrôle établi à Washington, trop poussée, conduirait à l'inflation. Il importe cependant d’observer que dans les moments de crise, les sauvegardes légales d'indépendance du système de réserve fédéral serait de toute façon bien restreintes si l’effort imposé s’avérait intolérable : cette constatation a été pleinement faite non seulement depuis 1933, après l'effondrement de la structure bancaire, mais dans la dépression précédant cette date, quand l’administration Hoover se crut contrainte d'intervenir. Cette constatation peut être également faite avant 1929, même en temps de prospérité, puisque l’application pratique de l’acte de réserve a été dérivée de son acceptation première.