DES VOIX, DU FOND DE L'OCÉAN
venues des transatlantiques, Lusitania, Sussex, Arabie, et tant d autres paquebots, de bateaux marchands torpillés, enfonces dans la Mer, avec leurs passagers, — pendant qu'un opérateur, sur le sous-marin allemand, prenait, quand c'était possible, un joyeux film du désastre :
[Deux de ces films, vus par des neutres, en janvier igij, dans les cinémas de Berlin, représentent la destruction de vapeurs norvégiens transportant des chevaux. Les pauvres bêtes nagent, affolées d'épouvante, dans une mer agitée et arrivent
Jusqu'au corsaire allemand dont ils frappent les tôles de leurs sabots de devant, avec des efforts desespérés pour échapper à la noyade; — et les marins de l'équipage barbare rient en abattant les malheureux chevaux à coups de fusils et de revolvers. — Ce ne sont que des animaux! Qui? Les Boches? Mais l'Assassin Innombrable a fait noyer des milliers d'hommes, de femmes et d'enjants).
Au bruit des flots se mêle un long gémissement. Les voyageurs, surpris abominablement, dans les glouglous de l'eau, poussent des plaintes vagues
en tes flancs, Lusitania, et ceux des paquebots engloutis sous les vagues.
Aux lèvres des morts, il n'y a, dans l'onde qui ballotte, achève les décombres, glisse aux pauvres noyés ses fluides traversins, morts en proie aux requins^ à de fuyantes ombres, qu'un cri montant à Dieu des grands abîmes sombres : « — Tirpitz! Et lui ! Guillaume! Assassins! Assassins! »