DES MILLIONS DE VOIX D'OUTRE-TOMBE
Soit. Mais n'oubliez pas que nos âmes surveillent les profiteurs malins qui de nous s'émerveillent
comme d'un fruit juteux à manger en riant.
Gens d'arrière, épargnés par la guerre, si, des grèves
de la Manche aux Alpes, si, là-bas, en Orient,
nous avons engraissé de nos peaux, de nos sèves,
les plaines et les monts, il faut qu'édifiant,
(la Bête Fauve et tant d'atrocités punies
dont le châtiment fait courte l'éternité)
la paix et le bonheur des nations unies.
vous semie^ la joie et, partout, la liberté ,
Quand les morts auront vu, sur leurs tombes ouvertes, dans les cris de victoire et sur les branches vertes des lauriers, dans l'azur briller cette clarté, resplendir ce soleil, — lors, en tranquillité, mais alors seulement, ainsi qu'en de vieux havres, nos âmes rentreront enfin dans nos cadavres (glorieux, comme vous dites), dans nos cadavres.
LE POÈTE DE FRANCE
0 Morts qu'il faut chérir, sublime, infini bloc des tués grâce à qui nous vivons, l'affreux choc de dix peuples s'achève, et, dans l'ombre, le Coq des vieux Gaulois, grandi parmi la gloire
des gars, mécréants de jadis
qui défendaient les fleurs de lys, de trente rois qui sont la France dans l'Histoire, du libre Bonnet Rouge et des abeilles d'or fleurissant un manteau pourpre d'Impérator, le beau Coq de combat, le Coq de la Victoire, le Coq français, superbe, éclatant, Notre Coq, dans l'aube zinzoline, érigé sur un soc de laboureur, célèbre, à chaque anniversaire, parmi le grondement de ceux, Dies irœ, qui ne pardonnent point au féroce adversaire,
chante en vous bénissant — le Maudit expiré, les Barbares vaincus, — le charme de la terre, l'air plus pur, plus tiède, et tes rosiers plus beaux, France ! que tes fils ont jusqu'au trépas servie.