‹ L'assassinat de François de Lorraine due de Guise: 18 février, 1563Chapitre 20 sur 54 · Discours sur Texamen de Poultrot déjà cité · texte numérisé non relu

Discours sur Texamen de Poultrot déjà cité

avait des séides résolus à frapper tous les capitaines du parti catholique, les princes, la reine, le roi lui-même. Il désignait notamment un a homme de moïenne taille, aiant <r barbe rousse, portant chausses rouges et « ung collet de cuir déchiqueté, » qu'il avait vu à Orléans auprès de Tamiral et qu'il avait retrpuvé à Blois au jeu du roi *.

Catherine fut accablée par ces révélations * L'assassinat du duc de Guise ne se présentait plus comme un forfait isolé ; c'était le premier anneau d'une chaine de crimes qui devait atteindre le roi lui-même. Elle prescrivit des recherches et, sur le signalement décrit par Poltrot, on arrêta (x. un rousseau d dans la cour du château de Blois ^.

L'interrogatoire s'était fait au logis du duc de Guise. Ni greffier, ni clerc n'avait enregistré les réponses. La séance terminée, la reine commanda à Vialart de rédiger la déposition. Vialart se mit à l'œuvre et, pour fixer ses souvenirs, retourna auprès du prisonnier avec Beaulieii de Losses, le prévost des maréchaux, Dumas, et un autre prévôt.

Le lendemain Claude de l'Aubespine donna

!. — Déposition de Poltrot de Meré.

'2. — Lettre de Catherine du 25 février Ï5G2 (1503) {Lettres de Catherine de Médicis:, 1. 1, p. 5i7). -Lettres de Sainte-CroiXf in-i?, p. 2H.

lecture au conseil de la rédaction de Vialart. Plusieurs conseillers prirent la parole et Sébastien de TAubespine « feit quelques con- « tradictions. x> Toutefois les modifications furent peu importantes. Le lieutenant du prévôt de Thotel et son greffier, Malvaut, portèrent le procès-verbal à Pollrot do Meré qui le signa. Malvaut, qui n*avait pas assisté à l'interrogatoire, le signa aussi et certifia qu'il avait été dressé en présence de la reine et de son conseil.

Le document qui nous raconte une partie de ces faits nouveaux constate que cette procédure était irrégulière, que Vialart appartenait à la maison du duc de Guise, qu'il n'avait aucun mandat pour instruire une affaire criminelle, qu'il s'écoula au moins quelques beures entre les réponses de l'accusé et la rédaction du procès-verbal, et que, en raison de ces vices judiciaires, les premiers aveux de Poltrot pouvaient être frappés de suspicion ^

Le 23 février, Poltrot de Meré fut conduit à Paris et écroué à la Conciergerie. Il subit un second interrogatoire le 27 février, mais

4. ~ Discours sur rexamen de Poultrot déjà cité. — Lo nonce, Prosper de Sainte-Croix avait su que Poltrot n'avait signé sa déposition que le lendemain (Lettres de Sainte-Croix, in-4o, p. 208).

il ne fit aucune révélation nouvelle. Il confirma seulement sa déposition du 21 précédent et demanda à parler au roi et à la reine. Son insistance, le ton mystérieux avec lequel il annonçait des déclarations importantes, intriguèrent la reine mère. N'osant sans doute conférer avec lui de crainte d'être soupçonnée de lui avoir dicté certaines dénonciations, elle commanda à de Thou de le voir, de l'interroger, do lui arracher son secret.

De Thou n'eut pas de peine à pénétrer le mystère. Poltrot de Meré redoutait les tourments de la question, les fureurs du peuple de Paris, la rigueur du supplice qui l'attendait et cherchait à gagner dii temps.

Il accusa le duc de Guise des désastres de la guerre et prédit de plus grandes calamités.

L'Allemagne protestante, disait-il, attend l'heure de fondre sur la France et la mort du duc de Guise sera le signal attendu. Malheur aux capitaines qui ramasseront le bâton de commandement du duc de Guise; ils auront le môme sort que lui. Quant au roi, le dévouement des « associés » est tellement désintéressé qu'ils se résigneront à lui « obéir entièrement, jusques à s'en aller « hors du royaume s'il le leur commande. »

En attendant la majorité du roi, ils exigent seulement l'exécution de l'édit dé janvier.

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Ces rodomontades étaient débitées avec assurance, mais sur un ton de résignation digne de Tapôtre d'une bonne cause : a Quant à « luy, disait-il, qui n'attend que la mort et ce la gràcQ et miséricorde de Dieu, quand il « ne sera plus en ce monde on cognoistra « qu'il a dit la vérité en tout et partout *. » La gravité des accusations formulées par Poltrot épouvantait les officiers de justice. Le premier président du parlement de Paris, Christophe de Thou, le père du grand historien, catholique ardent, était eiïrayé de sa responsabilité. Provoquer des révélations qui jetaient à un parti de princes ou de grands dignitaires le plus sanglant des outrages, celui de diriger une bande d'assassins, était une tâche au-dessus de son courage. Aussi ne voulait-il interroger Poltrot de Meré qu'en présence du greffier et seulement à certaines heures, probablement à cause de la présence des conseillers de la chambre criminelle, pour né pas être accusé de lui avoir suggéré les réponses •. Il use d'une autre précaution qui

1. — Seconde déposition de Poltrot de Meré, 27 février 1562 (1563). Voyez aux Pièces justificatives,

2. — Lettre de de Thou à la reine. 27 février 1562 (1563). Voyez aux Pièces justificatives, La lettre fut confiée à Claude Marcel. (Lettre de Christophe de Thou à la reine, 2 mars 1562 (1563); autographe; f. fr., vol. 6615, f. 8).

semble puérile : jamais il ne prononce ou n'écrit le nom du coupable. Il le désigne par un vocable indiiïérent, comme a le person- <K nage d ou a le prisonnier j>. Le greffier et les autres magistrats montrent la môme circonspcclion.

Le ce rousscau » que Poltrot avait dénoncé à la reine comme un des sicaires apostés pour tuer le roi avait élé signalé aux prévôts de la cour. On arrêta à Blois un tapissier * « de ce poil », nommé Etienne Cueur de Roy, qui avait longtemps servi le connétable et était passé au service de Henri II vers le temps du traité de Cateau-Cambrésis. Conduit à la Conciergerie de Paris le 6 mars, Cueur de Roy fut interrogé le lendemain. Il prouva qu'il était catholique, étranger à toute intrigue et quil n'était arrivé à Blois que le jour même de l'assassinat de Guise 2. Le premier, président confronta les deux accusés; ils ne se reconnurent pas ^. Les dates et l'alibi, dont Cueur de Roy fournissait la preuve, démontraient qu'ils

1. — Sainte-Croix lui donne la qualité de maître de la garde robe du roi. {Lettres de Sainte-Croix, in-4», p. 211).

2. — Interrogatoire de Etienne Cœur de Roy, 7 mars 1562 (15G3). Voyez aux Pièces justificatives.

3. — Troisième interrogatoire de Poltrot do Meré, 7 mars 1562 (1563). Voyez aux Pièces justificatives.

n'avaient pu se rencontrer à Blois. De Thou le fit mettre en liberté ^ Sa ressemblance avec un prétendu complice de Poltrot était une coïncidence fortuite. Poltrot fut de nouheau pressé de questions. Il confirma pour la seconde fois ses accusations précédentes contre Coligny et contre les autres chefs de la réformé, parla de la nécessité de la paix, des dangers qui menaçaient le royaume et fit grand étalage do confidences qu'il s'engageait à faire, a quand il seroit en liberté », au roi et à la reine.

Les bourgeois et le peuple de Paris, enflammés d'admiration pour le duc de Guise et d'indignation pour le meurtrier, s'étonnaient de la longueur de l'instruction. Aussitôt après le crime, le prévôt des marchands avait lancé une protestation vengeresse ce contré le malheureux outrage proditoire- « ment fait à Monseigneur ^. » L'émotion du peuple augmenta à la nouvelle de la mort du duc, à l'arrivée de l'assassin à la Conciergerie, aux services solennels qui furent célébrés dans toutes les églises en l'honneur de la victime ^. La populace parisienne faisait

1. — Lettre de de Thou à la reine, 7 mars 1562 (1563). Voyez aux Pièces justificatives.

2. — Uettre du prévôt des marchands à la reine, 21 février 1562 (1563); coll. Brienne, vol. 205, f. 317.

'3. —L'un de ces services est mentionné dans un

entendre chaque jour autour de la Conciergerie les plus menaçantes vociférations. Quelques sceptiques, bons juges de la duplicité de Catherine, répandirent le bruit de l'évasion de Taccusé; d'autres racontaient qu'on l'avait égorgé secrètement pour étouffer ses révélations. De Thou s'inquiétait de ces calomnies. « J'ay parlé au geôlier, écrit-il (( à la reine, lequel m'a dit qu'il respond sur (( sa vie qu'il n'adviendra aucun inconvénient (( à la personne du prisonnier. » La santé de ce misérable devint un des soucis du premier président. « Le geôlier m'a dict, ajoute- (( t-il, qu'il se porte bien, est sain et dispos*. » Poltrot, plein d'illusion, se flattait de prolonger sa détention par des offres de révélation et d'être amnistié à la paix. <ic II se a porte mieux que ne faisoit, écrit encore do « Thou, et n'est empiré par la prison. Mais « si luy advenoit quelque chose, comme il a pourrait advenir, je serois en grande « peine ^. »

L'agitation devint si menaçante que de

arrêt du parlement du 3 mars 1562 (1563). {Mémoires de Conde, t. IV, p. 279). Plusieurs autres sont annoncés dans la lettre de de Thou du 6 mars. (Voyez aux Pièces justificaUves).

1. Lettre de de Thou à la reine, 6 mars 1562 (1563). Voyez aux Pièces justificatives.

2. — Lettre de de Thou à la reine, 7 mars 1562 (1563). Voyez aux Pièces justificatives.

Thou pria la reine d'amener le roi à Paris, « pour obvier à la perte et ruyno do cesto « ville, écrit-il à la reine', que Ton estime a approcher, s'il n'y est promptement sea couru *. » Catherine était en pleine négociation avec le prince de Condé et ne pouvait se déplacer. Cependant les troubles s'aggravaient. Pas de jour qui ne fut marqué par un mouvement dans les rues. Les bourgeois les plus pacifiques s'impatientaient des lenteurs de la justice vis à vis d'un aussi grand coupable, a On crie fort qu'il n'est despeché, a dit do Thou, et que l'on n'en faict prompte a justice. La garde n'en vault rien ^. » lit le lendemain : ce La garde n'en vault pas « beaucoup, comme l'on crye ^. »

Avant d'autoriser le prononcé de l'arrêt et le supplice, Catherine de Médicis attendait la signature de la paix d'Amboise et la soumission des chefs huguenots. Jusques là la vie de l'assassin, les révélations que l'on pouvait tirer de sa bouche étaient une menace permanente pour les rebelles encore insoumis.

Le premier président n'entrait pas dans

1. — I^ettre de de Thou à la reine, 5 mars i562 (1563) (copie; f. fr., vol. 6621, f. 52).

2. — Lettre de de Thou à la reine, 6 mars 1562 (1563). Voyez aux Pièces justificatives,

3. — Lettre de de Thou à la reine, 7 mars 1562 (1563). Voyez aux Pièces justificatives»

ces considérations. Le 15 mars, il devient plus pressant. D*étranges rumeurs se répandaient dans la ville, a La garde du person- « nage, écrit-il à la reine, ne vault à autre a chose, sinon à faire crier et scandaliser le « peuple jusques à me menacer. » Personnellement mis en cause, le premier président tremble pour lui-même. Il dénonce à la reine « les outrages » dont il est abreuvé. On dit, écrit-il, a que Ton le vcult garder pour « le faire varricr et desdirc. Et si ainsi « estoyt qu'il varriast... je vous laisse à a penser ce que Ton pourra dîre^ »

Le jour même où de Thou écrivait cette lettre, quelques moments peut-être après qu'il Teut expédiée, un retour inattendu donnait raison à ses craintes.

L'instruction était terminée. L'assassin avait contesté le crime et révélé les circonstances qui l'avaient accompagné; il avait accusé l'amiral Coligny de lui avoir donné l'idée et les moyens de le commettre ; il avait avoué tout ce qu'il savait et peut-être plus encore, puisqu'il avait dénoncé un ce rous- « seau » qui avait prouvé son innocence par un alibi irréfutable. Deux fois depuis son premier interrogatoire, il avait formellement

1. — Lettre de de Thou à la reine du i5 mars 1562 (1563). Voyez aux Pièces justificatives.

confirmé sa déposition, quand, le 15 mars, h la suite d une visite du premier président de Thou et d'une séance à la chapelle, c'està-dire à la chambre de la question, il rétracta ses précédents aveux.

Le J7 mars, deux jours après la rétractation de Poltrot de Meré, peut-ôtre à Tinsu du premier président, le greffier du parlement, Jean du Tillet, en informa la reine.

A la royne

Madame, je feroys tort à mon devoir si je vous celloys que, lundy dernier *, Mons. le premier président et moy cogneusmes que le prisonnier chargé du meurtre de feu Monsieur de Guise a eu coehertion ^ et branle pour se desdire de ce qu'il a confessé devant Yostre Maiesté. C'est ce que la question apporte, laquelle ne peult servir 3, car son crime le rend si responsable que, s'il n'y a aultre tesmoignaige que le sien, ce sera peu. .

Madame, je sUpply le créateur (|u'il vous doin ot bonne santé et hmguo vyc.

A Paris, le xvn jour de mars 1562^.

Du TlLLET.

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