L'ari'êt.datédu 18 mars 1562 (1563) est imprimé
Aussitôt après le prononcé de Tarrêt, le condamné fut soumis à la question extraordinaire a sur le petit traiteau d à Teau et devant le feu. Interrogé successivement en présence du président Achille de Ilarlay, de M* Jean Neveu, clerc au greffe criminel, et du premier président, après de longues divagations sur ses relations avec les chefs du parti huguenot, il rétracta expressément les déclarations qu'il avait faites au début de rinslructiôn, déchargea l'amiral et Théodore de Bèze de l'initiative de l'assassinat et déposa qu'il ne les avait accusés que pour prolonger sa misérable existence. Sommé de révéler le mobile de son crime, il répondit a que ce qu'il avoit fait estoit à cause du a tyran qui persécutoit les enfants de Dieu ^ . » Ainsi l'accusé, renonçant à sa première version, s'en tenait à la seconde, celle qu'il avait produite pour la première fois le 15 mars.
dans les Mémoires de Condé, t. IV, p. 309. La minute oflicielle de Tarrêt est conservée dans les registres du parlement. (Ârch. nat. X* A, 130). L'expédition authentique sur velin, signée du greffier criminel, Malon, est conservée dans le f. fr., vol. 6610, f. 34.
1. — Ces trois interrogatoires sont publiés dans y Histoire ecclésiasitique, 1881, t. I, p. 648. On conserve dans les fonds français (vol. 6610. f. 37. 68 et 69) une copie authentique, contresignée Bourdin (procureur général), de ces trois interrogatoires. Cette copie est probablement celle que de Thou adressa à la reine.
L'interrogatoire terminé, le premier président et les conseillers assistants se retirèrent et le prisonnier fut remis aux mains du lieutenant criminel, Martin de Bragelonne, assisté de ses greffiers. Poltrot, sentant que sa dernière heure était proche « supplia a qu'on luy baillast patience jusques à « demain afm de penser à plusieurs autres (( choses . » Bragelonne, sans tenir compte de sa prière, le fit monter dans un tombereau et le conduisit en place de Grève vers les trois ou quatre heures de l'après-midi ^. La place était couverte d'une foule immense avide de se repaître des cris de douleur du condamné et de la vue de son supplice ^.
Sur l'échafaud Poltrot de Meré montra une grande fermeté. Son regard assuré défiait la foule et fouillait les rues voisines pour chercher, dit Chantonay, le secours que le maréchal de Montmorency lui avait promis.
Un moine l'assistait de ses exhortations.
Poltrot lui ferma la bouche en disant qu'il ne serait pas supplicié. Le moine lui représenta
i. — Uisloire ecclésiastique ^ 1881, 1. 1, p. G55.
2. — Pièce du temps dans les Archives curieuses pour servir à Vhisloire de France de Cimber et Danjou, t. V, p. 213.
3. — Lettre de l'ambassadeur vénitien du 23 mars I5G3. {Despalches of Suriano and Darbaro, in-4®. 1801, curieux recueil imprimé en Angleterre par les soins de M. Layard pour ihe huguenot Society.
qu'il était environné de gens armés chargés de prêter main-forte à la justice et de Tégorger sur place plutôt que de le laisser échapper. Poltrot hésita, demanda un moment de répit et dénonça, comme instigateurs du crime, ce Soubise et quelques autres *. »
Déshabillé et garrotté au poteau, il fut tenaillé aux quatre membres avec un fer rouge, puis lié par les pieds et les mains à des cordes tirées par quatre chevaux. Mais en vain les chevaux furent excités a pour son « plus grand tourment. y> Ils ne purent le démembrer. « Dans sa torture, il supplia « qu'on s'arrêtât, parce que, pour soulager « sa conscience, il voulait révéler de grands « secrets. » Ici, l'ambassadeur vénitien, Barbaro, place un récit d'une importance capitale ^. Dans une longue narration apologétique, dit-il, Poltrot raconta « l'assassinat « du commencement à la fm. Si je voulais <K en redire tous les détails, cela serait trop « long. Mais le résumé est qu'il y a presque « une année que cet acte a été projeté, et (( que il (Poltrot) s'est offert à M. de Sou-
i. — Lettre de Chantonay au roi d'Espagne du
22 avril 1563. (Orig. espagnol; Arch. nat., K, 1499, no 56). Chantonay ne désigne que Soubise et ne homme pas Coligny.