‹ L'assassinat de Paul-Louis CourierChapitre 20 sur 20 · VRAISEMBLANCES ET LÉGENDES · texte numérisé non relu

VRAISEMBLANCES ET LÉGENDES

sant attrait d'une question historique, l'idée inspiratrice de notre travail de recherches.

Depuis 1830, les clartés qui, à cette époque, s'étaient épandues sur le crime, ont été, au pays de Touraine, obscurcies sous les fantaisies de l'imagination populaire, — à la fois troublée et non satisfaite par la solution négative des deux procès successifs, et, dès lors, — inconstante et vagabonde, — prenant son essor au gré d'influences diverses.

Peu à peu, au cours du siècle passé, des légendes sont nées.

Une première légende n'est qu'une combinaison pittoresque des faits avérés : Frémont a été le meurtrier, Frémont a été l'agent d'un complot; ce que Frémont a exécuté, c'est la sentence de mort portée par un tribunal secret de paysans, voleurs de bois, contre le propriétaire incommode et haï de la forêt de Larçay.

La légende paraît s'être inspirée de ce qu'aurait raconté, longtemps après le dernier procès, la femme du cabaretier Tricot : le 9 avril 1825, la veille du forfait, dans la soirée, les paysans instigateurs de l'attentat se seraient réunis au cabaret du Chêne-Pendu, en un grand repas, et, pendant les copieuses libations, Frémont, ivre, aurait proféré contre son maître des menaces terribles.

Une autre légende existe, — qui, elle, méconnait tous les points établis.

Celle-ci fait état d'indications données à la justice, en 1825, par un vigneron de Saint-Avertin, Martin Brisson : Martin Brisson signalait un étranger au pays, — un homme à longue figure brune, portant une blouse blanche et un chapeau de haute forme, — dont, six jours avant le crime, il aurait fait la rencontre aux abords de la Fosse-à-Lalande, et qui lui aurait dit :

— M. Courier est un scélérat, un brigand!... Il mériterait qu'on mît le feu à sa forêt et qu'on lui brûlât la cervelle!...

A l'énigme de l'inconnu à la blouse blanche — sans doute, insinuait-on, quelqu'agent du Gouvernement, quelque suppôt des ennemis politiques de Paul-Louis Courier, — se mêle le mystère d'un certain « Jésuite de Tours, qui manigançait on ne sait trop quoi ».

Et, par l'insensible détour d'un travestissement inconscient des données certaines, voilà — évolution très singulière! — certains esprits exactement revenus au point de départ des hypothèses de responsabilité, aux soupçons qui enfiévraient Paris le mardi 12 avril 1825 : les cagots, les Jésuites, Charles X et ses Ministres...

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