DE VIENNE A LYON
,1e suis sorti de Vienne par la rue de Lyon où, à droite^ une ])laQue indicatrice porte : Vienne à Lyon, 27 kilomètres; à Lyon-Bellecour, 29 kilomètres. Un peu avant d’alteindre cette plaque, j’avais acheté un paquet de tabac de 50 centimes dans un débit situé du même côté de la route. Il devait être à peu près 2 heures.
En sortant de Vienne, j’ai vu beaucoup de personnes qui allaient se promener.
A une dizaine de kilomètres de Vienne, deux hommes étaient assis au bord de la route, fumant. L’un avait enlevé sa jaquette. Ils semblaient des paysans endimanchés, l’un de 25 ans environ, l’autre de 35 à 40, Ils m’ont demandé la route de je ne sais quelle localité, j’ai répondu : « Je vais à Lyon. Tout ce que je sais, c’est que je suis sur la route de Lyon. »
Un peu plus loin j’ai rencontré un groupe de trois personnes, un homme et une femme aveugles, et entre eux deux une femme qui les conduisait.
C’étaient probablement des mendiants, ni vieux ni jeunes. Us se sont arrêtés devant une maison sise au bord de la route, à droite; une femme était sur la porte de cette maison, La conductrice des aveugles a salué cette femme, comme pour demander la charité. C’était environ à 12 kilomètres de Vienne.
Peu après cette rencontre j’ai demandé à boire un verre d’eau dans une maison située à une quinzaine de pas de la route, à main droite. Il y avait là un homme âgé avec nn chien de garde qui a aboyé après moi et que son maître a fait taire. Cet homme venait justement d’aller puiser de l’eau dans un arrosoir. Il m’a dit qu’elle était toute fraîche, j’en ai hu deux verres. Il m’a dit
l’assassinat du président CARNOT
de m'arrêter parce que j’avais chaud et que cela me ferait du mal.
Ensuite j’ai traversé un beau village (probablement Saint- Sympborien-d’Ozon) où j’ai remarqué à droite une belle maison avec une grille et une cour. Il y avait en grandes lettres (( Gendarmerie nationale », et au-dessus en plus petites lettres « Mairie ». C’était à peu près à moitié cbemin.
Il est tombé un peu de pluie, je me suis abrité dix minutes sous un arbre. Puis j’ai atteint un autre village plus petit que le précédent (probablement Feizin). .l’ai laissé à gauche une maison portant « Gendarmerie nationale ». Au-devant, un gendarme en petite tenue de toile blanche, assis avec deux femmes, fumait sa pipe. J’ai passé en fumant moi-même la cigarette. Il ne m’a rien dit. Un peu [)lus loin quatre personnes jouaient aux boules, dont un homme d’une quarantaine d’années et une jeune fille d’une vingtaine d’années qui portait des lunettes. Ensuite et à gauche il y avait le « restaurant des Chasseurs ». Ensuite un poteau de fer sur la route portait d’un côté « Rhône » et de l’autre « Isère » et l’interdiction de la mendicité dans ce déjiartement.
Je suis parvenu à un grand village avec beaucoup de fabriques et de grandes cheminées (Saint-Fons). A gauche il est sorti d’un cimetière plus de trente personnes en deuil, dont deux ou trois pleuraient, comme si l’on venait d’enterrer un mort.
Après avoir laissé à gauche un chemin en pente assez foide vers le chemin de fer, j’ai trouvé sur la roule qui se nommait à cet endroit rue Nationale, la voie du tramway à vapeur venant de la droite et tournant à angle droit sur ma route à Lyon. J’ai vu un train à vapeur venant de Lyon, puis un autre se dirigeant sur Lyon, plein de monde et orné de drapeaux tricolores.
En route, à droite ou à gauche, j’ai vu une rue Carnot, je me suis cru à Lyon, mais il y avait encore beaucoup à marcher.
A. LACASSAGKK