ARRIVÉE A LYON
J’avais passé à Lyon dix-sept à dix-huit jours, en aoiit 1893 probabiemeni; mais ignorant la langue je ne m'étais guère écarté de l’endi’oit où je travaillais et de celui oii je couchais et j’étais seulement venu jusqu’à la place de la Guillotière (place du Pont) oîi il y avait un concert dans un café et le Rhône à peu de distance, avec un grand pont conduisant au centre de la ville. Je voulais donc arriver à la Guillotière pour m’orienter. A force de suivre la voie du train à vapeur, j’ai rencontré un train à chevaux sur lequel j’ai lu « la Guillotière » Je l’ai suivi ; mais il venait probablement de la Guillotière au lieu d’y aller et je voyais des jardins et de petites maisons succéder aux grandes constructions. Cependant deux militaires sont sortis, sur une place^ d’une porte où il y avait une grande cour.
Ils tenaient leurs chevaux, sont montés dessus et sont partis rapidement à gauche. Je les suivais, quand j’ai rencontré un grand jeune homme de 25 ans environ, bien mis, à moustaches noires. Je lui ai demandé la place de la Guillotière. 11 m’a répondu que je n’étais pas sur le chemin, mais que lui-même allait tout près et me guiderait.
Je l’ai suivi par une rue étroite avec une voie de train à chevaux. Je lui ai dit, en route, que je venais de Cette et que je ne me rappelais de Lyon que la place de la Guillotière.
Après avoir marché vite une quinzaine de minutes, ce jeune homme me laissa sur la place du Pont. De là j’arrivai au grand pont plein, en face, après avoir laissé à droite et à gauche de petits jardins où on était en train d’allumer des lanternes de couleur dans les gazons.
Après le pont, j’ai trouvé une laige lue ayant, à gauche, un
l’assassinat du président CARNOT
café sans portes très éclairé et plein de monde ; à droite, nn palais tout neuf magnifiquemenl illuminé à gaz. Au bout de cette rue, j’ai vu à gauche une rue toute garnie de lumières faisant des arceaux rapprochés d’un côté à l’autre de la rue. J’ai suivi la foule qui y entrait. J’arrivai à une sorte de j)lace on les arcs lumineux cessaient; mais, après quelques hésitations, je m’engageai dans une rue illuminée comme lapremière et j’arrivai bientôt à un endroit où les gendarmes, gardes de police, etc., faisaient reculer la foule pour laisser la voie libre. 11 y avait en face un grand palais illuminé. J’ai compris que c’était le palais de la Bourse, car j’avais lu sur le journal : « A six heures, gi'and banquet au [)alais de la Bourse et à neuf heures représentation au Grand-Théàire ». Du reste, on a expli(]ué devant moi que le président allait sortir de ce côté du palais pour se rendre au Théâtre.