‹ L'assassinat du Président CarnotChapitre 2 sur 40 · PAK · texte numérisé non relu

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A. I^ACASSAGNE

l'i’dli'sstnii- lie .Méilccine légale à la Faculté do Médecine de Lyon

Deimins, pnr/rfiitx et planche en couleurs

LYON

A. STORGK, Éditeur 18, me de l’Hôtel-de- Ville

PARIS

G. MASSON, Éditeur 120, boulevard St-Germain

https://archive.org/details/lassassinatduprs01 laça ;

Les principales circonstances du fait. — Le mouvement anarchiste. — La victime. — L'assassin. — Conditions dans lesquelles la mort est survenue. — L'état mental de Caserio. — Récit de l'assassin. — Blessure, opération, mort de M. Carnot {le professeur Poncet). — Premières constatations médicales{H . Coutagne).

— Rapport médico-légal d’ autops'ie (les docteurs Gailleton. Lacassagne, Coutagne, Ollier, Poncet, Lépine, Robatel , Gangolphe, Fabre). — La cour d'assises et les impressions d'audience (.4. Rournet). — Les derniers moments de Caserio.

— Notes d'un témoin.

Au commencement d’octobre 1882, une bombe cliargée de dynamite et remplie de morceaux de fer et de plomb faisait explosion dans les sous-sols du théâtre Bellecour, dans un cale appelé dans la langue des viveurs V Assommoir, sorte de cabaret louche où se donnaient rendez-vous des individus d’un monde interlope, des (illes, des souteneurs, et ({uelques rares naïfs, noctambules ou noceurs, en quête d’observer les « dessous de la vie lyonnaise. » J’eus à examiner neuf blessés.

Trois ouvriers attardés se trouvaient là, deux furent blessés légèrement, un troisième, Miodre, âgé de vingt ans, succomba et je pratiquai son autopsie.

A. LACASSAGNE

Je me rappelle encore l'épouvante qui suivit cet attentat. Les anarcliisles devaient faire sauter les édifices publics, les maisons parlicnlières. Le lendemain, une explosion avait lieu la nuit, sur le quai de la Yitriolerie, devant le bureau de recrutement. Ce fut alors de l'effroi et de l'affolement. Les édifices furent surveillés, les portes des maisons formées de bonne heure, les soupiraux dos caves bouchés. On déserta les lieux de réunion, les théâtres, les cafés, les églises même.

Un jeune homme de 20 ans, Cyvoct, fut arrêté comme auteur de ces attentats. Il ])assa devant la cour d’assises du Rhône et fut condamné à mort.

Voilà la première manifestation dn mouvement anarchiste à Lyon .

A peu près onze ans plus tard, dans la soirée du 24 juin 1894, Lvon était en fête. Le président de la République était arrivé la veille au milieu des acclamations enthousiastes. La ville était pavoisée et illuminée. Une foule immense inondait les rues et attendait M. Carnot qui dînait au Palais du Commerce et devait se l'endre à neuf heures au Grand-Théâtre assister à une représentation de gala. Le cortège présidentiel s’était à peine formé et avançait lentement, lorsqu’un jeune homme s’approcha de la voilure et fi-appa d’un coup de poignard M. Carnot. La blessure entraînait la mort quelques heures plus tard.

Quand la nouvelle de ce forfait fut connue au théâtre, dans les rues, un frisson d’indignation, de passion généreuse secoua la cité. La France fut atterrée et prit le deuil. Un grand mouvement de pitié parcourut les nations comme un immense frémissement.

.l'ai pratiqué, le lendemain, avec de nombreux collègues, l'autopsie de M. Carnot et je n'oublierai jamais le sentiment de profonde tristesse, le serrement de cœur que j'ai éprouvé en entrant dans la chambre mortuaii’e, à la vue de la victime de nos

l’assassinat du président CARNOT

discordes sociales, de ce président de République, mort en plein triomphe dans une fête, au milieu des vivats et des enthousiasmes sympathiques que peu de souverains ont connus.

Dans cet événement tragique la médecine légale a eu encore à se prononcer.

Nous voulons aujourd’hui présenter un ensemble complet de ce drame, l’étudier en médecin légiste et en criminologiste. Nous dirons ce que nous pensons des causes de l’attentat, l’ensemble des constatations faites sur la victime, l’appréciation que l’on peut porter sur l’assassin. Nous ferons suivre ces considérations des documents qui en sont la base et qui resteront commodes matériaux ou des preuves que l’Histoire aura souvent à consulter, pour les discuter, les apprécier, juger enfin définitivement.

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