‹ L'assassinat du Président CarnotChapitre 21 sur 40 · DU RHONE · texte numérisé non relu

DU RHONE

C’est le 2 août que Caserio a comparu devant la Cour d’assises du Rhône.

Dès 7 h. 1/2 du matin un bataillon du 98' d’infanterie assurait l’ordre autour du Palais de justice. Dans la salle des pas-perdus est une demi-section du 98'.

Les gardiens de la paix placés sous le commandement des commandants Jagot-Lachanme, Delattre et Zerbini, les gendarmes sous les ordres du commandant de Lormel surveillent les abords et l’intérienr du Palais. MM. Rostaing, secrétaire général: Roullet, procureur de la République; IMeyer, chef de division; Lassaigne, commissaire de police, dirigent le service d’ordre. La consigne est très sévère. Seuls les généraux, intendants militaires et officiers supérieurs en tenue peuvent passer sans carte. Les jurés, les témoins^ les journalistes., les magistrats, avoués, avocats, huissiers, doivent montrer une carte portant la signature de M. le président Rreuillac et le sceau des assises. Dès 8 heures, jurés, témoins, les [)ersonnes pourvues de l’indispensable carte : magistrats, fonctionnaires, journalistes, avocats en robe, etc., emplissent la salle des pas-perdus d’un bruyant va-et-vient.

l’assassinat du président CARNOT

A 9 heures moins le quart, la salle des assises est ouverte aux jurés, aux témoins, aux avocats, aux journalistes, aux facteurs télégraphistes qui se tiennent à la disposition des journalistes. Au dernier moment arrive l’abbé Grassi, curé de Motta-Yisconti, pays d’origine de Caserio. A 9 heures moins deux minutes, M. le président Breuillac prend les dernières mesures d'ordre avec l'huissier audencier, M. Odet. M. le greffier en chef Widor, assisté de M. Mathieu, procède à un premier appel des jurés.

Dès lors chacun est à sa place. La physionomie de la salle est curieuse : les cinq grandes tables réservées à la presse lyonnaise, parisienne et étrangère sont occupées par 60 représentants des grands journaux de France, d’Italie, d’Espagne, d’Autriche et d’Angleterre.

L'audience est ouverte à 9 heures 10 minules. M. Breuillac, conseiller à la Cour de Lyon, préside, assisté de MM. les conseillers Ducrot et Davenière. M, Fochier, procureur général, occupe le siège du ministère public. A sa gauche s’asseoit M. Ch. Admand de Jenneval, professeur d’italien à l’Ecole supérieure de commerce, c’est l’interpi'ète de Caserio. M® Dubreuil, bâtonnier de l’ordre, est au banc de la défense.

Vu la longueur présumée des débats, la Cour décide qu’un conseiller supplémentaire sera adjoint à la Cour (M. le conseiller Devienne est désigné) et que deux membres supplémentaires seront adjoints au jury.

Sur l’ordre du président, Caserio est introduit. Les photographies données de Caserio, même celles deCarcin, les croquis pris pendant les séances parles dessinateurs des grands journaux illustrés de Paris, ne sont pas d’une exactitude absolue. Ils rendent quelquefois les traits, mais non toute la physionomie de Caserio. Casei’io est de haute taille (1“70). Le corps, malgré la délicatesse quasi féminime de la peau du visage, est robuste ;

Caserio

CASERIO DEVANT LA COUR d’aSSISES

les épaules sont larges, le thorax est développé, la main forte. Il est vêtu d’un veston gris marron, une cravate régate bleu pâle, rayant verticalement sa chemise blanclie froissée. 11 est coiffée d’une casquette molle de la même couleur que le veston, mais d’un ton plus clair. On peut dire qu’il y a dans l’accusé quelque chose, extérieurement, d'un garçon boulanger du midi. Il n’a nullement l’air bestial. On se demande comment Lombroso a bien pu relever sur une photographie de Caserio, comme type criminel, le développement des mâchoires, le défaut de barbe et des oreilles de dimensions anormales. Dans sa physionomie qui est plutôt douce, dans ses petits yeux bleus très mobiles, sur ses lèvres assez proéminentes, impossible de trouver les stigmates du « type criminel ». Pour qui observe attentivement Caserio, c’est un « pâle voyou » ce n’est pas un sinistre gredin, comme Ravachol, un révolutionnaire comme Vaillant, un jeune dévoyé prétentieux comme Emile Henry. A ce moment de l’audience, toute la véhémence de nature de ce piàmilif semble contenue par la volonté. M. le président Rreuillac prévient Caserio qu’il a un interprète pour traduire ses paroles et celles des témoins, des jurés.

« Comprenenez-vous, Caserio », deraande-t-il .

— Je cornpran^ » répond l’assassin.

Quand il répond oui ou non, c’est toujours avec douceur. Caserio semble agir, pour ainsi dire, au dedans de lui-même.

Pendant la constitution du jury, pendant l’appel des témoins, Caserio reste debout, dans l’attitude d’un écolier studieux.

M. Odet, huissier à la Cour, fait l’appel des témoins cités par le procureur général. Sont cités :

MM. Cousin (Hippolyle), commissaire de police ù l.yon ;

Brun (Cermain), gardien de la paix à Lyon ;

Bardin (Claude-Marie), gardien de la pai.x à Lyon ;

l’assassinat du président CARNOT

Jehlo (François-Xiivior), gardien de la paix à Lyon ;

Coloinbani (Joseph), gardien de la paix ù Lyon ;

Voisin (Nicolas-Joseph), gonvernenr niililaire de Lyon ;

Gailleton (Antoine), maire de Lyon.

Horius (Léon-Charles), général de division à Paris ;

Nœttinger (Charles), capitaine an 7® cuirassiers à Lyon ;

Delpech (Paul), lieutenant au 7“ cuirassiers à Lyon ;

Flotli (Emile), valet de pied à Paris ;

Rivaud (Georges), préfet du Rhône à Lyon ;

Coste-Lahaume (Jules), conseiller municipal à Lyon ;

Domergue (Jean-Raptiste), cordonnier à Lyon ;

Routhiat (François), coifl'enr à Lyon ;

Granger (Marie), domestique à Lyon ;

Bertillier (Emilie), domestique à Lyon ;

Leynaud (Ferdinand-Louis), gérant du Cercle du Commerce à Lyon ; D'’ Ollier, professeur à la Faculté de médecine à Lyon ;

D'' Poncet, professeurà la Faculté de médecine à Lyon ;

Coulagne (Henry), médecin expert à Lyon ;

D*' Lacassagne, professeur à la Faculté à Lyon ;

Vaux (Guillaume), coutelier à Cette ;

Viala (Auguste), boulanger à Cette ;

Albigos (Emilie), femme Viala, boulangère à Cette ;

Leblanc (Edouard), portefaix, détenu à Lyon ;

Crociocha, commissaire central à Cette ;

Boy, commissaire central à Vienne (Isère) ;

Pernel, commissaire spécial, préfecture du Rhône ;

Dubois (Aimé-Constant), inspecteur du service de sûreté à l’Elysée.

M. Widor, greffier en chef, donne lecture de l’arrêt de renvoi de la Chambre des mises en accusation et de l’acte d'accusation.

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