M. COLARD
Allons ; à la ville , à la ville... nous prendrons M. Godeau en passant.
M. DUMEURIER.
Eh bien ! puisque vous êtes des entêtés , allez à la ville et que le bon Dieu vous accompagne.
M'"' DUMELRIER.
Tu ne viens pas avec nous , toi ?
M. DUMEURIER.
Pardipas! je vais fumer ma pipe sur la terrasse, et je me coucherai avec le soleil comme les poules.
* Proverbe du pays , traduit Ulléralement du Provençal.
m"' dumeurier.
Ma belle-sœur, vite, vite, allons nous habiller; monsieur Cobard, une minute, et nous sommes à vous.
(Elles rentrent. ) W. DUMEURIER.
Monsieur Cobard, écoutez bien ce que je vous dis 1
M. COBARD.
J'écoute.
W. DUMEURIER.
Vous allez faire une sottise ; mais je m'en lave les mains , comme Pilale.
M. COPARD.
Monsieur Dumeurier , je vous parie...
M. DUMEURIER.
Ohl vous pariez toujours, mais vous ne mettez jamais sur jeu , vous.
M. COBARD.
Eh bien ! je mettrai.
Alors, ce sera la première fois.
M. COBARD.
Je vous parie ce que vous voudrez qu'il ne nous arrive rien , et que le drapeau blanc soit à Marseille. Comment avec tout ce qu'on nous a dit?
M. DUMEURIER.
Eh! qu'est-ce qu'on nous a dit?
M. COBARD.
Ah! puis c'est trop fort!!! moi, M. Godeau...
M. DUMEURIER.
Trrrrrrr, monsieur Godeau, monsieur Go-
dcau vous n'avez pas vu la révolution,
vous.
M. COBARD.
Ah! vous allez recommencer... Il n'y a que vous qui ayez vu la révolution !...
M. DUMEURIER.
Je ne dis pas qu'il n'y ait que moi , mais
vous ne l'avez pas vue vous , avec votre conte (le )a garde départementale et de Cartaux...
M. COBARD.
Monsieur Dumeurier, monsieur Dumeurier, vous êtes chez vous...
M. DUMEUi^lER.
Oh ! vous ne vous gênez guère parce que vous êtes chez moi.
M. COr.ARD.
Je vous parie
M. DUMEURIER
Ah! nous y sommes encore.
M. COCARD.
Je vous prouverai quand vous voudrez que j'étais dans la garde départementale.
M. DUMEURIER.
Lieutenant?
M. COBARD.
Oui. sous-lieutenant.
M. DUMEURIER.
Ah! voyons! qui est-ce qui commandait la garde départementale?
M. COBARD. avec assurance.
Le commandant de la garde départementale.
W. DUMEURIER.
Oui, oui, mais quel était ce commandant?
M. COBARD.
C'était ce grand... qui est mort... qui était dans le commerce du Levant.. Pauvre homme! il me semble que je le vois. Que son âme ait bonne gloire et bon repos* î
M. DUMEURIER.
Oui, mais son nom?... Allons vous êtes un parleur , eh bien! c'était moi qui la commandait.
M. COBARD.
Vous?
* Proverbe du pays.
M. DUMEURIER.
Moi, et je ne m'en vante pas, parce que depuis Septêmes jusqu'ici nous avons battu en retraite devant quinze cents Allobroges qui n'étaient pas plus hauts que trois mottes.
M. COPARD.
Comment c'est vous qui nous commandiez!...
M. DUMEURIER.
Oui, c'est moi qui commandais la garde départementale ah!
M. COBARD.
Voilà deux ans que je vous connais, vous ne m'en avez jamais parlé !...
Comment voulez-vous que je vous croie après, quand vous me dites que vous avez vu vos lettres de Paris, que Louis XVII doit débarquer, qu'il y a le drapeau blanc à la ville; et un tas de fariboles que vous inventez
en chemin, quand vous venez manger la soupe chez moi? A présent je ne dis pas qu'une bonne nouvelle soit impossible, mais j'aimerai toujours mieux la tenir d'un autre qu<; de vous... surtout depuis que vous êtes engagé dans la garde départementale.
( Il rit aux éclats. ) M. COBARD.
Allons, allons, finissons celte plaisanterie, monsieur Dumeurier.
M. DUMEURIER.
Comme vous voudrez. Mais vous n'avez pas vu la révolution.
M. C.OBARD.
A la bonne heure ! ( a pan ) Lire mortifié par un gros benêt comme ça. Ah ! quand il ne sera plus chez lui!...
(Arrhent M"' Dumeurier „ M"-" Auztt; toilette royaliste: robes blanches , lis de jardin aux bonnels.)
Nous voici ! nous voici!
M. C.OBARD.
Charmantes ! charmantes !
M"' DUMEURIER.
Voiià comme nous étions habillées quand nous fûmes voir dîner le comte d'Artois! Vive le comte d'Artois! J'ai entendu rire mon mari, tantôt; il est de bonne humeur à présent.
M. COBARD.
Oui, nous rions ici comme des fous; M. Dumeurier est si farceur.
m" DUMEURIER,
Oh! vous êtes deux bons compères ensemble...
M. COBARD.
Il me fesaitdes contes du Martigues.
m'" auzet.
Ah! vous parlerez de vos contes demain. Une bonne idée , monsieur Cobard 1 allons eu procession chez i\I. Godeau; montez prendre mou drapeau blanc et vous marcherez en tête.
M. COBARD.
Bien! bien! j'y vais d'un saut.
( Il rentre. ) M. DUMEURIEK.
Ah! vous en faites aujourd'hui des folies.
M"" DUMEURIER.
Oh ! débarrassons-nous vite de ce grogaon.
Oh! partez, partez, partez; on peut vous assommer, vous lapider, vous mettre auChateau-d'lf, je m'en moque, comme du grand Turc; bonsoir.
(il reiiUe. )
m'" auzet.
Votre mari se damne, il se damne comme un Gain.
M" DEMEURIER.
Ah ! il faut que je fasse dire des messes pour lui, sans qu'il en sache rien. Les premières indulgences de sept ans et de sept quarantaines, que je gagne , je les lui applique.
m"^ auzet.
Eh ! je lui ai appliqué moi celle de quarante heures, pour l'octave du Saint-Sacrement , ca n'a rien fait. i
( Rentre M. Cobard le drapeau blanc à la main. ) M. COBARD.
Vive le roi !