‹ L'assassinatChapitre 17 sur 40 · TOUTE LA BANDE · texte numérisé non relu

TOUTE LA BANDE

Vive îe roi !

M. LE COMTE

Ah ! oui "vii^e le roi! ce cri est comme un baume dans la poitrine, n'est-ce pas?.. Voici donc ce que notre bon roi me charge de vous dire , Dieu me préserve d'en changer un seul mot! c'est sacré comme un verset du saint évangile. Dites â mes excellens Marseillais de se reposer sur la Providence ; ils peuvent compter sur moi, comme je compte sur eux. Voilai

TOUTE L.V BVNDE.

Vive le roi !

M. DUTEUIL.

Pardon , monsieur le comte, quand commencerons-nous à faire quelque chose? Ces braves gens s'ennuycnt ici comme des loups.

(Murmures d'assentimeat.) M. LE COMTE.

Mes bons amis, on travaille, on travaille

pour ça... Souffrez encore un peu, encore un petit peu ; Jesus-Christ et Louis XVI ont bien plus souffert.

(TVouvcau murmure d'assentiment.)

l'étranger.

Pour moi, monsieur le noble, s'il n'y a rien de nouveau d'ici à demain , je travaille pour mon compte... Là.

TOLS.

Oui , oui... A la ville , à la ville.

M. LE COMTE

Attendez donc, mes braves amis , ayez con- ^- fiance en nous au nom de Dieu... Prenez patience... N'affligez pas le cœur du roi... Vous ne voulez pas faire de la peine au roi, n'est-ce pas, mes braves amis?

TOUS

Non, non , non , vive le roi !

M. LE COMTE

Eh bien! alors un peu de soumission...

Il ne vous manque rien j'espère , ici... Répondez-moi, vous manque-t-il quelque chose?

( Sourde agitation. ) M. DUTEUIL.

Ils disent qu'ils n'ont pas de tabac, et qu'ils fument des feuilles de platane.

M. LE COMTE

Soyez tranquilles je vous enverrai du tabac , je vais en prendre note... Ce soir dans la caisse des provisions, je vous enverrai vingt livres de Virginie avec des pipes du Levant.

TOUS

Vive J\I. le comte ! vive le roi !

M. LE COMTE

Vous êtes tous mes enfans, la chair de ma chair, les os de mes os; c'est pour votre bien que je travaille, pour votre bonheur; je veux que dans un mois vous alliez tous , le dimanche, manger une salade à la mer avec un ha-

bit bleu , et la cassie à la bouche comme des messieurs...

(Murmure de satisfacliou, applaudissemens. )

Et pour cela je ne vous demande qu'un peu de patience, encore seulement quinze petits jours...

( Explosion de cris de découragement. ) M. DUTEUIL.

Oh! quinze jours encore dans cette galère!., pas possible, il faudrait être sang de renard.

M. LE COMTE

Mais écoutez, mes braves amis...

l'étranger.

Ah! rien..! voulez-vous que je vous dise le fin mot, monsieur le comte? Vous voulez vous risquer la partie avec quinte , quatorze et le point dans la main... les nobles sont tous comme ça...

TOUS

A bas les nobles ! hou les nobles !

l'étranger.

Nous ne sommes pas nobles, nous, et nous voulons nous risquer ; qui ne risque rien n'a rien ; et qui veut trop serrer l'anguille la perd. A la ville ! à la ville !

Tors.

A la ville ! à la ville !

(Ils s'arment et s'alignent sur deux rangs.) M. LE COMTE.

Au cliabîe les fous! ils vont tout gâter; on ne sait de quel côté les prendre ; ce sont des hérissons de mer.

EsTKE M. CANTOL, LES PRÉCÉDENS.

M. LE COMTE

Ah! vous venez à propos, monsieur Cantol... parlez-leur vous , ils veulent tout perdre par excès de zèle... les voilà qui vont partir pour la ville.

M. CANTOL.

Partir pour la ville! ù présent! sans avoir entendu ma messe! sans avoir chanté le sub tuum prœsidiuml et où sont les impies qui ont donné ce conseil?

(Silence général. On replare les fusils eu faisceaux. )

Partir pour la ville! eh! ne savez-vous pas qu'il faut qu'auparavant je monte sur la montagne, pour y tenir les mains élevées quand vous vous battrez avec les Amalécitcs! Qui de vous a reçu l'absolution in articulo mords..? personne ! vous avez des consciences noires comme des fours à chaux... on jure ici du matin au soir comme dans un cabaret, comme dans un biliard ! on chante des ariettes de comédie!., oui j'en ai entendu, et après cela vous allez vous battre comme des huguenots : mais vous no croyez donc pas à l'enfer?..

(Quelques biuils de .s;mg!o!s éiouffés.) M. LE COMTE.

Et puis, il faut bien prouvera ces braves

gens que nous ne sommes pas encore en mesure de commencer le mouvement , qu'il faut attendre que les Anglais...

M. CANTOL.

Oh 1 pour cela c'est une autre histoire ,

nous n'avons besoin de ne rien attendre que

le bras de Dieu ; et Dieu obéit toujours aux

prières des saintes âmes. On a commence une

neuvaineen ville, quand elle sera finie je vous

réponds de la victoire ; fesons au ciel une

sainte violence et nous nous passerons des

Anglais qui sont dans la religion de Luther,

et qui porteraient malheur à une barque de capucins.

TOUS

Vive M. Cantol !

M. CANTOL.

Allons , maintenant, nous allons dire le Salve , Reglna , et puis...

(Od entend un grand bruit en dehors. M. Cantol gagne précipitamment le fond de la grotte. }

ANTOINE, en dehors.

Laisse - moi donc entrer , sentinelle de plâtre , épou vantail de figuier.

( Il entre dans la grotte armé d'iin fusil de chasse. )

Bravo ! vous avez un beau plan vous autres ; vous dites vêpres ici... la désolation est à notre maison, les gendarmes fument îa pipe sur nos gerbes , on va tous nous mettre au château d'If; je me suis échappé moi , par miracle , comme une caille du filet ; à présent, faites ce que voudrez ; je ne vous dis que ça : bon jour et bon soir. ( ii son. )

l'étranger.

Malédiction... c'est Angles qui nous a dénoncés.

M. DUTEUIL.

C'est lui.

l'étranger.

S'il échappe celui-là, il sera fin... je veux

lui manger le foie ; je lie parle pas tant que vous autres moi, mais je fais.

M. LE COMTE

Voilà qui dérange bien nos plans.

l'étranger.

Ça dérange... vous allez voir si ça dérange.. ( il crie) il Y a UDCspion ici... il y a un espion...

M. LE COMTE

Oh ! vous croyez que ces braves gens...

l'étranger.

Je vous dis qu'il y a un espion...

(Sourde agitation.)

Joacliim , ici.

JOACHIM

Oui, père.

Va me chercher ce particulier qui a un pantalon à la cavalière et un gilet rouge.

( Joacbim amène le jeune homme désigné. )

Comment t'appelles-tu , muscadin?

liE JEUNE HO¥ME.

Moi?

l'éira.isgkiî.

Oui , toi , comment t'appelles-tu ?

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