‹ L'assassinatChapitre 23 sur 40 · JUIN, 10 HEURES DU MATIN.) ENTRENT BRUNE ET ANGLES · texte numérisé non relu

JUIN, 10 HEURES DU MATIN.) ENTRENT BRUNE ET ANGLES

ANGLES

Sîaréchal , je suis pénétré de reconnaissance pour ce service ; je sais bien qu'en usant de votre pouvoir discrétionnaire pour pardonner à ces bonnes gens , mes voisins , vous avez écouté plutôt votre générosité que ma recommandation , mais je vous saurai toujours un gré infini

LE MARÉCHAL

Eh ! que voulicz-vous que je fisse !... que

je donnasse suite à cette insurrection de famille, que j'assemblasse un tribunal militaire pour faire fusiller deux vieilles femmes et deux vieux fous !... C'est alors qu'on m'en donnerait par les rues du Robespierre et du Marat ; voyez , Angles , je n'en suis pas à mon noviciat de ces sortes de campagnes bourgeoises où l'on fait souvent la guerre un an sans tirer un coup de fusil ; j'ai déjà eu mon commandement de pacification dans la Vendée ; et il y a là des hommes autrement trempés qu'ici. Quant à vos voisins , ils ne sont eu eux-mêmes nullement redoutables, malgré leur chant royaliste et leur drapeau blanc ; et à coup sur ce n'était pas la famille Dumeurier que nous comptions trouver chez elle : le coup a été manqué celte fois.

ANGLES

Je vous comprends , maréchal , un seul homme dans ce parti vous donne quelque inquiétude.

LE MARÉCHAL

Oui , un seul; mais il est leste et adroit; c'est un brave des Abruzzcs, qui a le pied fait aux montagnes, et n'est pas novice au métier... Au reste je suis bien aise de m'étre montré , à si peu de prix , magnanime enyers vos voisins ; on n'aurait pas manqué dans les commérages villageois de mettre leur arrestation sur votre compte , et en ces temps de trouble , on arrive à l'assassinat par des commérages de vieilles femmes.

ANGLES

Oh ! maréchal...

LE MARÉCHAL

Eh! ce ne sont pas les vieilles femmes qui vous assassineraient , ni qiielf|ues médians prêtres fanatiques , ni quelques vieux bourgeois, royalistes d'habitude, qui ont reçu de leur père leur opinion avec les meubles de l'hoirie; mais toutes ces petites exaltations de

famille , ces innocentes conspirations de sopha campagnard ont des contre-coups terribles, des ricochets de haine où il y a du sang au bout ; ce sont les conseils de la faiblesse souvent qui mettent le poignard aux mains de Ténergie... Laissez-moi veiller sur vous, Angles; je veux avant huit jours vous mettre en bonne odeur auprès de vos voisines ; j'ai déjà fait hier une petite affaire de commerce avec M. Dumeurier , je lui ai acheté sa récolte de fourrage que je lui payerai bien; il est marchand avant d'être royaliste, il sera sensible à ce procédé ; je veux qu'il aille vous en remercier dimanche après la messe ; mais en attendant tenez-vous toujours sur vos gardes...

Les précédeks. MOUTON-DUVERNET.

MOUTON-DUVERNET

On apporte les dépêches à l'instant, maréchal.

LE MARÉCHAL

Ah! voici quelque bonne nouvelle, j'en suis sûr.

( Entre un aide-de-camp qui remet un pli au maréchal. )

Que dit ce petit billet? ah ! l'estafette a subi douze heures de retard par un accident de route... c'est certainement l'orage de la dernière nuit qui a abîmé les chemins... voyons la dépêche.

ANGLES

Je me relire , maréchal.

LE MARÉCHAL

Non , non... Il n'y a rien de secret là-dedans à coup sûr; restez... (il Ut.) Une victoire! une victoire !

( Angles et Mouton-Duvernet se serrent les mains.)

A Fleurus !

ANGLES

Oh ! c'est une plaine de bonheur !

LE MARÉCHAL

Nous avons battu les Prussiens; c'est un

début décisif; maintenant la campagne est à nous.

ANGLES

Dieu protège la France.

MOUTON-DUVERNET

Et l'empereur.

LE MARÉCHAL

Général , dites à l'aide-de-camp de service d'appeler ici tous les officiers qui sont dans l'hôtel... Angles, je vousretiens à dîneraujourd'hui; vous ne m'échapperez pas. Nous boirons à la grande armée de Fleurus.

ANGLES

J'accepte, maréchal; mais comme il y a bien du temps encore d'ici à six heures , j'irai faire une promenade Jusqu'à la campagne; je veux annoncer la grande nouvelle à mon vieil ami Philippe, et revêtir l'habit de f^te, l'habit de Fleurus l'aînée ; c'est une relique de drap qui, j'espère, ne déparera point les brilîans uniformes de votre état-major.

LE MARÉCHAL

C est cela... Nous avons tous notre amourpropre national; pour faire honneur à votre habit de Fleurus l'aînée, je mettrai mon vieil uniforme de Berghemet du Helder...à ce soir. Adieu.

( Angles sort. Entrent les officiers d'état-major. )

Messieurs, l'empereur a battu

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