M. CA>'TOL
Votre fils doit être à Clastre * dans ce moment, et couché dans mon lit j M. Duteuil est avec lai.
l'étranger.
En voiUî encore un bon, M. Duteuil!... pas un homme! pas un homme! la blague est par-
• Le presbytère.
tout, mais le courage, néant. Bonne nuit, tous.
( Il sorr. ) ANTOINE.
Adieu. Lavalette!.. C'est un bon mâtin, mais il fait trop ses embarras.
M. DUMEURIER.
Maintenant qu'il est parti, à nous deux, Antoine... Écoute , j'ai fait une bonne affaire hier; j'ai vendu tout le foin du pré, et à un bon prix, mais je ne veux pas que ces femmes le sachent; elles iraient le brider.
ANTOINE
Alors vous l'avez vendu au diable votre foin?
M. DUMEUhlEIl.
A-peu-piTS. .. Je l'ai vendu à Brune.
ANTOINE
A Brune... Brune achète du foin!
M. DUMEURIER.
Est-ce qu'il n'a pas une cavalerie à nour-
rir?... Le foin est rare cette année et les royalistes qui ont des prés ne veulent pas nourrir les chevaux bonapartistes. Ma foi, moi, je ne vais pas tant chercher des scrupules; hier, l'aide-de-canip qui est venu nous débarrasser des gendarmes, me dit d'un air bon, là comme un royaliste : Brave homme ce foin du pré estil à vous? — Oui, monsieur le capitaine. — Voulez-vous le vendre? — Mais pourquoi pas, capitaine. — Eh bien! envoyez-le demain à l'hôtel du maréchal, il vous sera payé comptant. — C'est dit, capitaine. Alors il me tendit la main, et me serra la mienne, en me souriant. Ma foi, c'est un bon marché, je crois, Antoine; et je donnerai quelques sous aux pauvres pour être d'accord avec ma conscience. 11 faut donc que tu ailles ch irger ce foin et que tu le portes à la ville... Tu n'as pas peur?
ANTOINE
Bah!... Ils sont fins ces bonapartistes , fins
comme des renards... Ils n'ont pas plus besoin de votre foin que moi... Enfin , c'est égal, je le leur porterai... à l'hôtel il a dit...
M. DUMEURIER.
A l'hôtel.
ANTOINE
Je vais mettre ma blouse et mon chapeau du dimanche, et puis en ville... Je parlerai à Brune peut-être... Ah! m.oi! je parlerais au grand Turc... Sacrcbicu! je n'ai point de cocarde...
M. DUMEURIER.
Les paysans n'en portent pas.
Ainsi soit-il. Quand j'aurai ma blouse et mon chapeau, les gendarmes ne me reconnaîtront pas , je crois.
M. DUMEURIER.
Sois tianquille, tu ne risques rien.
ANTOINE
Allons à la garde de Dieu. Je vais dormir quelques heures à la paillière, et puis je vais charger. A ce soir; je vous porterai des nouvelles...
( 1! regarde à la fenêtre. )
Voilà le mistral! la ehavanne* a passé
Nous auroîis beau temps aujourd'hui ; la belle étoile se lève grosse eouîme la lune derrière le pilon du roi (il réveille M. Cobard endormi
sur le canapé). Eh! Camarade; laissez dormir les femmes, et venez coucher avec moi; nous serons bien , c'est de la paille nouvelle.
M. CANTOL , aux deux dames assises dans le fond.
•Te VOUS continuerai notre histoire demain. Ça fait frémir, comme vous voyez; si je n'avais pas prié pour eux dons la grotte Loubière les gendarmes remportaient la victoire et les royalistes auraient tous été taillés en pièces, connue dit le père Berruyer..
* Ora;;«> de printemps.
m" DUMEURIER , se levant.
Ah! mon pauvre Antoine; il vous en est arrivé là de cruelles, M. Cantol nous a tout raconté. . .
ANTOINE
Oh ! nous avons fait de beaux miracles , il y a de quoi s'en vanter... A demain, à demain... Bon soir, bonne nuit, bonjour, tout est bon... venez avec moi, monsieur Cobard; nous mangerons un morceau là-bas , au salon.
( Anloiae et Cobard sortent. ) M"^" AUZET,
Monsieur Cantol, voilà votre bougeoir
vous devez avoir bien besoin de reposer un peu...
M. CANTOL.
Je n'ai pas dit un mot de mon office aujourd'hui; mais heureusement je suis dans les cas forcés ; je sauterai les hymnes et les antiennes... C'est, je crois, aujourd'hui preuve et
Pontife y sacerdos et Ponttfex... Ornement violet... et je n'ai pas dit la messe!!... (il son en fiédonnani) Siiprci fîniiam petraiii...
M. DUMEURIER.
Allons, bonsoir, bonsoir, ma belle-sœur...
M*^" AXJZET , un flambeau à la main.
Venez m'accompagner jusqu'à ma chambre, mon beau-frère, j'ai ce rêve de M. Cobard devant les yeux.
M"' DUMEURIER , regardant à la fenêtre.
Ce scélérat d'Angles n'est pas encore couché; il y a une lumière chez lui... Mon Dieu! que cette lumière est pâle! on dirait qu'elle veille un mort.