‹ L'assassinatChapitre 5 sur 40 · DUMEURIEI · texte numérisé non relu

DUMEURIEI

C'est bon, c'est bon; je vous en dois deux cents. Ah! quelle leçon!... C'est bien la dernière fois que je joue... Je vous en dois deux cents . monsieur Cantol.

M. CANTOL.

Deux cents... sans regret. Une autre fois j'écrirai les dettes sur une mauvaise carte. A VOUS à donner, mademoiselle Auzet.

m"' dumeurier.

Tous venez de la ville, monsieur Cobard?

M. COBARD.

Oui . j'ai profité de la cariole de M. Martin.

.ai" dlmeurier. lit qu'est-ce qu'on fait à la ville.*

M. COBAKD.

II y a toujours les chevaux sur îc Cours, à Marseille; ces coquins do chevaux mangent les arbres ; on les fait mourir de faim; jjrunc n'a pas un sou pour les nourrir, et les royalistes ne veulent pas lui vendre leur foin.

31, eANTOL.

Boston !

m'-'^' AL'ZET.

11 n'y en a que pour lui.

M. DL.MEir.lKU.

La couleur?

M. CAMOL.

A la préférence.

Ar" DUMliLlULR.

Toujours à la préférence. Monsiiîur Cobard,etles mamelouks? Il y a toujours des mamelouks sur le Cours?

AI. COr.AiU).

Ah! les brigands! ils ont des moustaches comme cela; et des mines !

M*^" AUZET.

Oh ! ne parlez pas de ces gens ; ils me font peur la nuit quand je rêve.

M. COBARD.

Je viens de faire baisser les yeux à un , au grand, qui a un chapeau pointu, vous savez,

celui que j'ai pris à lie Servez carreau,

madame Dumeurier.

.m"' dumeurier.

Oh ! vous vous compromettrez , vous , que Iques jours ils vous guillotineront.

M. COBARD.

A ])ropos de guillotines , il y a un menuisier de Casteîlanne qui en a fait vingtsept.

TOUS

Ah! mon Dieu 1

M. COBARD.

Yingt-sept. C'est un de mes amis qui les a vues ; elles sont dans une cour.

M. CANTOL.

Vous me coupez mon as, mademoiselle Auzetl

m'" AtZET.

Eli! je n'ai pas de cœur; je renonce

Vingt-sept guillotines !

Alors j'ai perdu : je comptais sur cet as.

M. COBARD.

Il y en a trente-six de commandées pour le i5 août. C'est M. Angles qui les a commandées.

M'" DU-AIEURIER.

Encore ce brigand de jacobin !

M. DUMEURIER.

Chut donc , Marie I chut !.. ne parle pas si fort.

M. CANTOL.

Ah! VOUS êtes bien imprudente , madame Dumeurier. Payez-moi le coup, c'est vingtquatre , à la préférence... et j'ai les honneurs.

31'" ALZEJ'.

jMais vous aviez dit que votre as coupé vous fesait perdre?..

yi. CAMOL.

Oui, mais j'ai fait une dame de trèfle troisième.

m'" auzet.

1! se raccroche à tout 1

M. CA.NJOL.

Ne ))arlez pas si iuuit, bone Jesii , madame Dumeurier^ surtout de notre voisin.

M"' DLMELriIJ::R.

Faul-il èfre malheureux d'avoir un voisin de campagne comme celui-îà! tenez, regardez j)ar !a fenêtre; il est h^ sur sa terrasse. .. ce vjcux palrio^^.. il a un Ijonnet lîlanc le coquin !

.M. Dl.MtLiUEn.

C!iul!ci)utl

il'" ALZtT.

Est-ce que vous avez peur qu'il vous en-

— Gl —

tende? je le lui dirai sur le nez , moi qui ne suis qu'une femme.

M. DUMEURIER.

C'est à vous à donner, monsieur Canlol. Dernier tour qui commence.

M. CANTOL.

Nous ferons un tour de grâce, pour ces dames qui perdent.

M. roBARD.

Attendez , je vais lui faire une farce à ce coquin d'Angles.

M. C.VT^TOL, sf lovanf.

Monsieur Cobard , si vous êtes fou , allez vous promener à la Pinède et laissez-nous tran^ quilles. Ces dames ne sont plus au jeu depuis que vous êtes arrivé; vous serez cause qti'on me fera fermer mon église.

Moi, je le voudrais qu'on vous fît fermer votre église , nous aurions la réserve ici comme

dans le temps de la terreur ; je sais une cache y monsieur Cantoî 5 où ils seraient bien fins s'ils vous trouvaient.

M. CANTOL.

Bien , bien... huit levées.

M"' DUMEURIER.

Ah ! il a encore donné !

M. DUMEURIER.

La couleur.

M. CANTOL.

A la préférence.

Bf" AUZET.

Oh'.çà!

M. CANTOL.

Tiens , j'ai les quatre as ; misère royale ! je n'y fesais pas attention ! tour double 1 c'est quarante-huit...

M'^" AUZET.

Oh ! il n'y a pas de plaisir avec ce saint homme-là ; toujours les as ^ quand il donne 1

Il dit que c'est la providence qui les lui envoie : la main du prêti^e bénit la table et le jeu ! comme dit Xéti^anger.

M. COBARD.

Ah! V étranger, y a-t-il long-temps qu'il n'est venu ?

m"" dumeurier.

Hier soir. Nous l'attendons à souper aujourd'hui.

M. COBARD.

Il vient toujours déguisé ?

m"^" auzet.

Oh! toujours, et de nuit; vous savez qu'on a donné son signalement à tous les gendarmes.

M. CANTOL.

Pas si haut, pas si haut, mademoiselle Auzet; vous voulez donc passer pour une vierge folle?

m"' auzet.

Mon Dieu , mon Dieu ! mais qu'est-ce qui peut ni'entendre ?

M. CANTOT..

Votre voisin; à la campagne on entend tout d'une licuc. Il n'y a pas deux cents pas d'ici au premier figuier de ce...

m"' dumelt.ier.

Oh! i! est toujours sur sa terrasse... Il lit les papiers... Quels papiers il doit lire ce coquin!... Il regarde de ce côté... Il met le pavillon de la nation à sa Biguc.

M. r.or.ATiD.

Il faut que j'aille lui brûler son pavillon cett<î nuit.

-M. CAMOL.

Allons , faites encore cette bêtise.

M. DUMEURIER.

C'est un enragé ce M. Cobard.

M. COBARD.

Oh! s'il yavait cent hommes déc uescommt moi, à la ville, vous verriez demain le drapeau blanc. Mais ce sont tous des poules mouillées. M. le comte de*** se donne une peine d'enfer pour arranger quelque chose...

M. CANTOL.

Laissez-le faire , laissez-le faire , il est plus adroit que vous 5 celui-là.

M. COBARD.

Oui, c'est un homme de tête, un bon royaliste, riche, et qui donne hardiment son argent; mais il a disparu depuis quinze jours, et on ne sait où il est allé.

Il est allé au rencontre du duc d'Angoulême , qui doit débarquer à ]\lontredon . le jour de Saint-Jean.

M"^ DUMEURIER.

Ah ! grand saint Jean !

M. DUMEURIER.

Vous êtes des bavardes.

M. COBAUD,

Oh! il n'y a pas d'indiscrétion, monsieur Dumeuriorj il y a un mois que je sais que le duc d'Angoulême doit débarquer avec cinquante mille Anglais. Je vous en apprendrais bien d'autres , si je voulais ; je sais tout.

M. CANTOL.

Eh bien! gardez tout, et laissez-nous faire nos comptes.

M"^" AUZET.

C'est fini?

M. CANTOL.

Fini. ÎVous avons fait deux tours de grâce.

M"' DUMEURIER.

Allons, encore un tour.

Je ne puis pas , il faut que je dise Matines et Laudes avant souper. J'ai laissé mon bre-

viaire clans votre chambre , madame Diimeurier, dites à Claire d'aller le chercher. J'en gagne sept cents. A quelle heure le souper, madame Dumeurier?

m" dumeurier.

A neuf heures 5 nous attendons Xétranger.

M. CANTOL.

Appelez-moi si je suis dans la campagne.

( Il sort. ) LES PRÉCÉDENS.

M. COBARD.

C'est un homme insupportable !

m"^" auzet.

Et il gagne toujours.

M. COBARD.

Et poltron ! ah I... j'avais beaucoup de choses à vous dire , mais j'ai fermé la bouche... m"' demeurier.

Voyons , voyons, contez-nous ce que vous savez... asseyons-nous et fermons les fenêtres.

M. COBARD.

D'abord ; il y a en ville des lettres de Paris...

TOUS ( excepté DumeuriLT ).

Ah! voyons, voyons.

M. COBAP.D.

Ça va bien ! l'armée s'est révoltée contre Bonaparte , et a crïdvwe le roi! ceci est sûr , un de mes amis à lu la lettre.

if'DUMEURlEP..

Je l'avais prédit.

m"^' aizf.t.

Après, après.

M. COBARD.

Alors Bonaparte a donné sa démission ; ses soldats l'oiit pris, l'ont mis dans une cage, et on l'a pondu à la porte de Paris (i). m""'dumeirier.

Ah ! !c doigt de Dieu !

m'" alzet.

Il est pendu enfin !

M"' J)l;mei;hiek.

Je l'avais prédit ; vous devez vous en souvenir, monsieur Cobard, je vous ai dit là sur la terrasse dimanche après Vêpres, Bonaparte sera pendu par ses soldats.

M. COBAIU).

Je ne m'en souviens pas.

M"' DiJMKi p.ij:n.

Nous étions cà coté du puifs , il (Hait «cpl heures.

M. eor.Ar.i). C'est possible. Ecoutez, écoule/ encore; Louis XVIJ arrive demain à Marseille.

M"" DEMELT.IElî.

Louis XV 11, ah! mon Dieu! donnez-moi de l'air.

M. cor.Aiu).

Il \ en a même qui disent (ju'il est arri\é; moi je ne veux vous couttu- que des choses sûres. Une demoiselle, une sainte , îuademoi-

selle Françoise, de votre congrégation, a presque vu Louis XVII dans une campagne près Cassis.

m"' auzet.

Elle a vu Louis XVII!

M. COBARD.

Elle a vu la campagne où il a passé une nuit,

M"' DUMEURIER , pleurant.

Ah ! je mourrais de joie; que je vous embrasse, monsieur Gobard.

( Ils s'embrassent ).

M. COBARD.

A présent regardez bien si toutes les fenêtres sont fermées.

m"' dumeurieu.

Tout est fermé.

M. COBARD se lève et va axaiuiner les portes et les fenêtres.

Chut! chut! voilà le portrait de Louis XVII ! c'est M"' Françoise qui me l'a prêté.

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