‹ L'assaut: pièce en trois actesChapitre 10 sur 25 · Scène VIII · texte numérisé non relu

Scène VIII

Les mêmes, MERITAL

Georgette, apercevant son père, s'arrête net de danser

et s'élance vers lui. — Papa, enfin! Papa, je sais et

je suis folle de joie! (Etonnée par l'expression de ïon

père.) Qu'est-ce qu'il y a?

MÉRiTAL. — Où sont les autres? Tes frères, Garancier?

Georgette. — Dans leurs chambres, ils se changent... Qu'est-ce qu'il y a? Tu n'es pas fâché?

MÉRiTAL, souriant. — Pas le moius du monde! Il n'y a rien... (Une pause.) Ou plutôt, si, si!... Je viens de recevoir une nouvelle... assez curieuse.

Renée. — Quoi?

MÉRITAL. — Mes petites filles... (A Georgette.)

Donne-moi ta main! R«néc, votre petite main!... Je vais vous parler comme à de grandes, grandes personnes... Vous êtes mes amies, n'est-ce pas?

Georgette, d'une voix de reproche. — Papa!

MÉRITAL. — Mes petites... Mes petites, je vous demande... je demande à Renée...

Mais il se tait, laisse retomber les deux mains. Une

détresse pas^e sur son visage. Un silence. Il fait deux

ou trois pas, et les jeunes iîlles le suivent des yeux anxieusement.

Georgette. — Dis-nous!

MeRITAL, qui revient se placer entre elles deux. — Mes

enfants, écoutez. Chaque fois qu'un homme tente de

L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE

s'élever, si peu qne ce soit, au-dessus des autres homines — et sartout s'U s'agit d'une carrière polifique, — une' heure vient fataiemeût où tous et tout, les êtres et les événements, semblent se rejoindre, se concerter, chuchoter méchamment : » A celui-là, m&intonant! 'Jetons-le par terre,, celui-là! i> Et c'est la grande poussée!... Le faible a'y résÎBte pas, il roule à l'instant même. Et il est piétiné. Fini de lui! Si, an contraire, l'homme est un homme, qu'il s'arcboute, qu'il tienne ferme contre le mensonge et la trahison, t'est la force ennemie qui, bientôt, se disperse, s'évanouit... Et, alors, on est quitte, on a payé et gagné le droit de grandir, on est libre do monler vers ses destinées!... Eh bien, à certains signes, je rMonnais qne eette heure périlleuse, émouvante. approche pour moi.

Geosgette. — Papa!

Rekée. — Mais que se passe-t-ilî

GEOROBrre. — Oui, eiplique-nous !...

MiRiTAL. — Non, non, no m'interrogez, pas!... C'est trop coinpliqné I Et, sartout, pas un mot aux antres! Les pauvres, à quoi bon les inquiéter inutilement t... Je me trompe, peut-être... Si je me trompe, tant mieux!... (Aïic effort.) Mais sinon, si j'ai vu clair... si ce doit être l'assaut, il faut alors — entendeî-raoi bien, mes chéries — il faut... — ponr un temps ! — pour un temps que je ne peux pas déterminer au juste!... que tout ce qui s'est dit tout à l'heure, entre Renée et- moi, ne compte plus, soit aboli dans nos mémoires.

Renée. — Jamais!

MÉRiTAL. — Mais il le faut!

Re>iéi:, violente. — Jamais, jamais, jamais!

iSiarPÀL, que cet iciai de voix iiinuiéte. — Renée, je voua en prie...

RîMÉE, avec um véhémence plm contenue. — Cette

heure dont vous parlez, elle est à moi aussi 1 J'y ai droit, à côté de vous! Oui! vous m'avez dit que je serais votre femme. Tenez votre parole !

MÉsmij. — Non, Renée...

Renée. — Mais, si vous m'éloignez dans ce grand danger qui vous menace, j'en deviendrai folle, folle!

Georgmte, tiïnyét. — Renée...

Renée, à demi-voix. — Ne me faites pas cette injuro! Je serai forte, vous verrez, si forte!

MÉRiT.\L. — Renée, vous êtes, sur moi, à peu près loute-puissBtite... Votre chagrin m'arracherait les |:lus grande faiblesses, mais une lâcheté, non! Inutile de l'espérer!

Rbnéb. — Oh! c'est mal!

MÉRITAL. — Ce n'est pas mal. Devant notre petit Moineau, devant ma fille, je vous répète les mots de mon cœur: je vous aime. Renée. Le péril repoussé, si vous voulez encore de moi, je serai trop heureux, trop fier...

Georgbtte. — Oui, oui, aie confiance, ma petite

MÉRITAL. — Oui, faites-moi confiance, soyez patiente, soyez belle !

Renée, ardemment. — Mais je veux vous voir tous les jours, même à Paria!... Je m'arrangerai! Jurezmoi que vous me laisserez venir, tous les jours!

MÉHiTAL. — Naturellement! Quelle question!

Renée. — Alors, c'est bien, j'attendrai.

JuU«n.

Danlsl- • te préftl m

a gtndarmerit à cheval. On uc

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