Scène II
Les mêmes, MERITAL
MÉRITAL. — Je te dérange Y
Georgette, troublée. — Pas du tout!... Tu te moques de moi, papa!... J'ai été surprise...
Daniel, intervenant. — C'est nous qui sommes indiscrets! Nous avons envahi ton cabinet. Veux-tu que nous te laissions?
MÉRiTAL. — Tout à l'heure. Rien ne presse!... (Un temps.) La promenade m'a fait du bien! Je me sens tout à fait d'aplomb. Ce froid sec est délicieux. (Un temps.) Mais quelles figures!
Daniel. — Mais non!
MÉRiTAL. — Non? Voilà pourtant une petite personne qui a l'air consterné.
Georgette. — Je t'assure que tu te trompes!
MÉRiTAL. — Tant mieux, tant mieux! Parce qu'il ne faut pas! Il faut... (Un geste d'énergie.) Hein?... (Une pause.) On a un peu crié sous les fenêtres? « Démission, démission?... Voleur?.. »
Georgette. — Oui, oui, on a crié...
Julien. — On s'est même battu! Et ferme! Les gendarmes ont chargé... Tu n'as pas rencontré de manifestants?
MÉRiTAL. — Si, j'en ai rencontré im groupe.
Un temps.
Georgette. — Ils ne t'ont rien dit?
MÉRiTAL. — Non, ils n'ont fait aucune attention à moi. Ils paraissaient pressés... Un peu plus loin, j'ai croisé quelques gendarmes à cheval qui allaient également très vite... (Un temps.) Ah! je ne déjeune pas ici.
Georgette. — Non?
MÉRiTAL. — Non. Je suis invité par mon brave homme d'avocat. Une dernière conversation peut ne pas être inutile. Et puis, je veux le calmer ; il parle bien, mais je crains qu'il ne parle un peu trop.
Georgette. — J'espère que tu plaideras toi-même ta cause!
MÉRiTAL. — Je ne sais pas, je ne sais pas !
Un temps.
Georgette. — T! paraît onc tu as encore travaillé une bonne partie (I3 la nuit?
Mérital. — Oui, j'ai paperasse, rangfé des documents...
Il entre dans le vestibule et on l'y voit enlever son chapeau, son manteau, son cache-nez, ses gants. Julien a, d*un signe, appelé Daniel, et, pendant que Mérital se débarrasse de ses affaires, ses deux fils ont, à voix basse et ardente, ce rapide colloque.
Julien. — Questionne-le donc!
Daniel. — Et que veux-tu que je lui demande?
Julien. — S'il a confiance... s'il est armé, s'il est sûr de faire condamner Label!
Daniel. — Je ne peux pas!
Julien. — Et pourquoi? Tu m'ahuris! Je ne te savais pas aussi petit garçon. Il répondra, il ne refusera pas de réjiondre...
Un mouvement de Georgette les fait se taire. Méritai rentre dans le cabinet de travail.
MÉRITAL. — Alors, Daniel et Julien, vons me rejoignez au palais de justice...
Daniel. — Certainement!
MÉRITAL. — Et toi, ma petite Georgette, tu passes l'après-midi avec Renée, à la maison. (En appuyant Mir les mots.) Et vous nc mcttez pas le nez dehors! C'est entendu ?
Georgette. — Je te le promets, papa.
MÉRITAL. — On tâchera de vous faire porter des nouvelles.
Georgette. — Oh! je t'en prie!
MÉRITAL. — On tâchera, (il a sonné.) Où est-elle, Renée f
Georgette. — Dans sa chambre. Elle s'est levée assez tard... Elle n'a pas bien dormi. (Un temps.) J*ai envie d'aller voir si elle est prête.
MÉRITAL. — Bonne idée!
Elle sort par la porte de gauche. L,c valet de chambre parait dans le vestibule.