‹ L'assaut: pièce en trois actesChapitre 15 sur 25 · Scène IV · texte numérisé non relu

Scène IV

MERITAL, RENEE

Renée, d'une voix tant soit peu émue. — BonjOUTÎ

MéRiTAL, très doucement. — Bonjour... Entrez, entrez!

Renée. — Mais vous travaillez!

MÉRiTAL. — Non... vraiment! J'attends une visite... Nous avons quelques minutes à nous. Entrez, fermez la porte... venez ici, petite insensée!

Renée. — Insensée? Pourquoi?

MÉRiTAL. — Pourquoi n'êtes-vous pas demeurée dans l'excellent Compiègne, loin de ce tumulte, tranquille?

Renée. — Tranquille ? J'aurais été tranquille pendant que vous vous battiez., qu'on essayait de vous faire du mal!... Mais si nous étions séparés, si je ne pouvais pas vous parler, vous regarder... si je ne sentais pas votre présence... je ne sais pas, moi!... toutes les choses que j'ai lues dans les journaux... elles m'auraient tuée! Vraiment, oui, je croîs que je serais morte...

MÉRiTAL. — Vous tenez donc si fort à cet homme?

Renée. — Ah !

Elle saisit la main de Méritai et la porte à ses lèvre-*.

MÉRiTAL. — Renée...

Renée. — Je vous aime tellement!... Je ne v'; que pour vous!

MÉRiTAL. — Ma chère petite!

Renkf. — Je voudrais... je voudrais vous venger de vos ennemis! Oui, moi-même! De ces infâmes!... Ah !... Ah ! si je pouvais quelque chose !... »Je les exècre! Avant, j'étais incapable de haïr. Eh bien, à présent, je sais. Et la haine, c*est mon amour qui me l'a enseignée... Les infâmes !... Vous outrager ainsi, vous! Vous!... Un homme comme vous!

MÉRITAL, qui la corisirlèrr. qui se parle à lui-même. —

Voilà... Quelle différence!

Renée. — Comment?

MÉRiTAL. — Décidément, il n'y a que ça de fort et de beau! C'est bien plus grand que tout!

Renée. — Mais, qu'est-ce que vous dites?

MÉRiTAL. --- Rien... Une idée... Alors?

Renée. — Tout à l'heure, pendant que cette foule hurlait sous les fenêtres, je me sentais rougir de honte, de douleur, de fureur! J'aurais voulu... Mais à quoi bon? Je suis bête! Je dis des bêtises... Et vous avez besoin de vous recueillir...

MÉRITAL, lui prenant le menton. — Mon enfant, re-

gardez-moi! Levez la tête. A-t-elle mauvaise mine! Vous avez maigri, terriblement!

Renée. — Jamais de la vie!

MÉRITAL. — Jamais de la vie? Et cette pauvre figure toute petite! Il n'y en a plus! Elle tient tout entière dans ma main.

Renée, se dégageant. — Laissez ! Vous ne vous occupez que des autres! Ce n'est pas moi qui suis à plaindre.

MÉRITAL. — Mais si, petite, c'est vous ! Mais certainement! Moi, je n'éprouve pas cette surprise, cette épouvante, qui vous suffoquent. Je le savais, moi, que les hommes, c'est des bêtes sauvages, qu'ils ont besoin de mordre et de déchirer...

Renée. — Ah! oui, ils sont crueljsl

MÉRITAL. — Trop cruels !... Ils font des choses... ' Renée, la semaine dernière, il a paru un article... c'est une action innommable!... un article sur votre présence dans ma maison.

Renée. — Qu'est-ce que...

MÉRITAL. — Je ne devrais pas vous le dire; Mais qu'importe ! Vous êtes si haut ! Oui, on a voulu salir jusqu'à votre pureté, jusqu'à notre tendresse!

Renée. — Oh !

MÉRITAL. — Hein ? les monstres ! (Un temps.) D'ailleurs, il y a plus beau que mes ennemis, il y a mes alliés politiques !... Ceux-là !... Il n'en reste plus trace!... Oii sont-ils? On ne sait Vas!... Ils se sont escamotés eux-mêmes ! Provisoirement, le parti n'existe plus. La splendeur des splendeurs, c'est le maire... le maire de Blois, un ami de vingt ans ! Voilà six semaines qu'il se cache! Et vous savez où? Au fond de son lit! Il a inventé ça... de se coucher, d'interdire sa porte! C'est superbe!

Renée. — Il n'est pas malade?

MÉRITAL. — Comment donc, le pauvre homme!

Il est très malade! Il souffre d'un terrible accès de lâcheté. Ne le plaignons pas trop!... Il sera guéri demain. Pouah! pouah! pouah!

Renée. — Je ne vous ai jamais entendu ce ton d'amertume... Comme vous avez dû souffrir!... Oh! ne secouez pas la tête! (Tout près de lui.) Vous pouvez bien l'avouer à votre petite amie qui vous aime... Vous avez souffert?

MÉRITAL. — Peut-être... un peu... Qu'est-ce que ça tait !

Renée. — Et puis, ce soir, ce sera fini, glorieusement fini! Vous aurez pris une revanche magnifique!... N'est-ce pas?

MÉRITAL. — Je Tespère...

Renée. — Oh ! pas de modestie ! Je vous connais ! Je vous ai entendu! Vous allez mettre le pied sur

ce. coquin ! (Comme Méritai a consulté sa montre.) Je VOUS

ennuie?...

MÉRITAL. — Pas du tout!... Mais j'attends Garancier et surtout Frépeau. Il s'agit d'une chose importante... capitale. Ils devraient être arrivés.

Renée. — Ils viennent de Paris?

MÉRITAL. — Oui.

Renée. — Vous savez qu'il est à peine dix heures et demie. (Elle est près de la fenêtre.) Je reste là et je les guette!... Dites-moi, tantôt, vous prendrez la parole?

MÉRITAL. — Sans doute.

Renée. — Quel malheur de ne pouvoir assister à votre triomphe!... Je me rappelle cette séance de la Chambre... il y a deux ans... C'était la première

L'ILLUSTRATION THEATRALE

fois que vous interpelliez Hussol. Et, à chaque mot, lii majorité interrompait votre discours... Tout à coup, vous vous êtes redressé ! Un instant, vous avez regardé tous ces hommes en fureur, et puis vous Ibui* avez dit... oh! mais d'une voix!... « Que prétendez- vous doncî Supposez- vous qu'on m'empêche de parler, moi? » Je n'oublierai jamais le silence qui a suivi. Quelle seconde!... Vous étiez si grand! Tous les autres avaient l'air de nabots... Ah ! voilà M. Garander 1... Oui, c'est lui!

MÉWTAL. — Il est seul ?

Renée. — Je crois... Oui, oui, il est seul!

MÉRiTAL. — Frépeau n'est pas làî

Renée. — Non... (Elle s'est retournée vers Méritai.)

Votre figure a changé! Qu'y a-t-ilî

MeBITAL, d'une voix tant soit peu altérée. — Rien,

lien... Maintenant, Renée, il faut me laisser.

Renée, avec un peu d'angoisse. — Oui... je VOUS

laisse... J'espère que tout ira bien... Je \'iendrai vous dire au revoir?

MÉEITAL, distrait. C'est Cela. (Tendre et s'eflForçant

de sourire.) C'est Cela, mon enfant chérie.

Il l'a accompagnée jusqu'à la porte du fond. Dès que Renée est sortie, une violente émotion se marque sur le visage de Méritai. Il se dirige rapidement vers la porte du fond, l'ouvre et fait entrer Garancier.

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