Scène II
RENEE, GEORGETTE, FREPEAU
Frépeau, patemci. — Bonjour, ma petite Georgette! Bonjour, mon enfant! Je suis bien content de vous voir!
Georgette. — Moi aussi, monsieur, je...
Frépeau. — Vous êtes délicieuse ! Un peu pâlote î... Nécessairement ! nécessairement !... Les circonstances!... Mademoiselle de Rould, je supppose...
Georgette. — Oui... Renée, je te présente monsieur...
Frépeau. — Charmé de vous rencontrer, enfin^ mademoiselle!... J'arrive du palais de justice.
Georgette. — Ah!... Où en est-on î
Frépeau. — En ce moment, Marc Label a la parole. Je n'ai entendu que les deux ou trois premières phrases de sa déposition et je me suis enfui!... (Consultant sa montre.) Il y a un train à deux heures cinquante-sept; je vais le prendre. Ces histoires-là me rendent malade!
Georgette. — Vous êtes donc bien inquiet î
Frépeau. — Pas du tout! J'ai grande confiance! Seulement, quand il s'agit de mes amis, moi!... Et surtout d'un homme comme votre cher papa!
Georgette. — Monsieur Frépeau, je vous en prie, dites-nous l'absolue vérité! Est-ce que...
Frépeau. — Je vous la dis, mon enfant! Je suis plein d'espoir. Votre cher papi doit remporter un triomphe!... Ou alors ce serait à... Mais non, non! Marc Label est un garçon trop raisonnable pour...
Renée. — Trop raisonnable?
Frépeau. — Je veux dire: ce... ce bluffeur, ce drôle, n'aura pas la bêtise de... d'insister... Impossible! Rien à craindre.
Georgeite. — Vous croyez?
Frépeau. — Nécessairement ! nécessairement !... Et, la preuve, c'est que je suis ici. J'ai pensé que ma visite rendrait un peu de calme à une petite âme tumultueuse... à deux petites âmes tumultueuses... et que... (il a regardé l'heure.) Oui!... Je VOUlais
aussi vous demander un petit sen^ce, Georgette.
Georgette. — A moi?
Frépeau. — Oui. Rappelez donc à ce cher papa... Il devait me remettre ce soir un... un... un paquet. Mais je pars; alors, je l'enverrai prendre, ce paquet, demain... demain matin.
Georgette. — Bon!
Frépeau. — J'enverrai mon secrétaire... Il arrivera par le premier train. Méritai peut lui remettre la chose en toute sécurité. C'est un homme de confiance.
Georgette. — Je préviendrai papa.
Frépeau. — La commission est sérieuse. Je vous la confie aussi, mademoiselle de Rould.
Renée. — Certainement!
Frépeau. — C'est tout simple!... Que Méritai ait l'obligeance de tenir prêt pour demain, vers... vers dix heures, le petit paquet des... le petit paquet de... le petit paquet de monsieur Frépeau. Il comprendra! Dites-lui: « Le petit paquet de monsieur Frépeau. »
EXSIDII
Renée. — Comptez sur nous!
Frépeau. — Merci!... Ah! je préfère qu'on l'enveloppe soigneusement...
Georgette. — Ah! bien.
Frépeau. — Oui... Il est inutile que mon homme de confiance fourre son nez dans mes... dans... C'est inutile!... Alors, deux cachets, n'est-ce pas? deux bons cachets.
Georgette. — Entendu!
Frépeau. — Vous n'oublierez pas?
Georgette. — Non, non !
Frépeau. — Là-dessus, je me sauve ! Mes respects, mademoiselle!
Renée. — Au revoir, monsieur! Je vous remercie mille fois de...
Frépeau. — Quelle plaisanterie!... Au revoir, ma chère enfant!
Georgette. — Mais je descends avec vous !
Frépeau. — Je m'y oppose! Je m'y oppose formellement! Demeurez ici. A bientôt! (li a gzgné la porte. Avant de sortir.) Préparer et cacheter le petit paquet de monsieur Frépeau.
Georgette. — Ce sera fait!
Renée. — C'est convenu.
Frépeau. — Mille grâces!