‹ L'assaut: pièce en trois actesChapitre 6 sur 25 · Scène IV · texte numérisé non relu

Scène IV

MERITAL, RENEE

MÉRiTAL. — Cette gamine est un peu folle!

RçNÉE. — Elle vous aime et elle vous admire tellement !

MÉRiTAL. — Ils sont très gentils. Ce sont de chers enfaïuts.

Renée. — Monsieur Méritai je vous dérange, vous êtes si occupé...

MÉRiTAL. — Moi, pas du tout!

Renée. — Vous vous plaigniez d'un tas de lettres à écrire...

MÉRiTAL. — Les lettres, les lettres! Elles peuvent attendre, les lettres!

Renée. — Vraiment!

MÉRiTAL. — Bien sûr! Elles ont l'habitude.

Renée. — Alors, vous voulez bien me donner quelques minutes?

MÉRiTAL. — Mais! Un bout de promenade?

Renée. — C'est quelques minutes de conversation sérieuse. Je préférerais...

MÉRiTAL. — Restons ici. Asseyons-nous,, asseyonsnous !

Ils s'installent

Renée. — L'autre jour, vous m'avez posé une question...

MÉRiTAL. — Ah! oui...

Renée. — Et vous n'avez pas voulu considérer ma réponse comme définitive... Vous m'avez priée de méditer encore quelques jours...

MÉRiTAL. — Ou quelques mois!

Renée. — A quoi bon!

Mkrital. — Ah! votre résolution est prise?

Renée. — Oui.

MÉRiTAL. — Ou plutôt, je le vois, vous persistez dans votre réponse première.

Renée. — Oui.

MÉRiTAL. — Ma petite Renée, ça me fait beaucoup de peine.

Renée. — Je ne veux pas me marier sans apporter un grand amour.

MÉRiTAL. — Ça me fait de la peine.

Un silence.

Renée. — Croyez que j'ai pour votre fils une estime infinie, il est si honnête, si loyal...

MÉRiTAL. — Daniel est tout cela, oui. Et il est autre chose encore qui vaut mieux. Il a un grand cœur.

Renée. — Je le crois.

MÉRiTAL. — Je peux vous en donner une preuve formelle et toute récente. Elle date, ma foi, de quelques heures. Vous savez qu'en deux ans Daniel s'est fait à la Chambre une place considérable. On n'avait jamais vu un jeune parlementaire conquérir aussi vite pareille autorité, pareille situation. Malheureusement, le pauvre garçon est menacé de perdre son siège de député.

Renée. — C'est vrai? Votre impression n'est pas meilleure ?

MÉRiTAL. — Non. Je crains que Daniel ne soit battu aux élections prochaines. Un redoutable concurrent a surgi...

Renée. — C'est terrible!

MÉRiTAL. — Non, non. C'est agaçant, voilà tout! Très agaçant. Alors... c'était... oui, avant-hier, vendredi, j'ai proposé à Daniel de lui céder, dans un an et demi, ma circonscription.

Renée, vivement. — Et vous?

MÉRiTAL. — Moi, je me serais présenté ailleurs, n'importe où... à Grenoble, par exemple, où je suis né. Enfin, je ne courais aucun risque. Il aurait bien fallu que notre parti me cherchât et me trouvât un siège. Et, à Blois, mon fils passait avec une majorité écrasante. On est très aimable pour nous à Blois. J'y suis un peu le maître.

Renée. — On vous y adore!

MÉRiTAL. — Eh bien, Daniel a repoussé, séance tenante, ce que ma tendresse me faisait lui offrir.

Renée. — Pourquoi?

MÉRiTAL. — Par affection et par noblesse d'âme, n n'a pas jugé que cette combinaison, ce passepasse électoral, fussent dignes de nous. Et, surtout, il voyait pour son i)ère une diminution à ne plus représenter la ville qui, depuis douze ans, l'a toujours élu. Ce sont là des motifs très forts, indiscutables... Mais un autre que Daniel n'y aurait sans doute pas songé. J'avoue que ce tranquille courage m'a remué... Un> homme jeune, en plein succès, et, à juste titre, ambitieux, qui refuse, sans hésitation, une facilité semblable, c'est... c'est très bien. Il est très bien mon fils!

Renée, lui prenant la main. — Mousieur Méritai, dites-moi que vous n'êtes pas fâché!

MÉRITAI.. — Oh! mon enfant!

Renée. — J'en serais malheureuse... Ah ! trop malheureuse !...

MÉRiTAL. — Mais, quelle idée!

Renée. — Souvent, pour me taquiner, vous m'appelez Renée la Romanesque... Peut-être est-ce vrai. Je suis peut-être romanescjue... J'attends de la vie des choses... des choses qui, sans doute, ne viendront

jamais... de grandes éinotioiis. Je les atleiids ;:\o<? ivresse... K\ i)uis, j'ai un besoin si profond de douceur et... comment diref d'indulgence... Je me sens si faible et si imparfaite !

MÉRiTAL. — Vous êtes charmante!

Renée. — Dmiiel n'a pas beaucoup d'indulgence... Non, non! 11 est plutôt sévère...

MÉRiTAL. — 11 est jeune!

Renée. — Austère... Je souffrirais... Vous ne voulez pas que je souffre?

MÉRiTAL, — Oh!... Mais vous connaissez mal ce garçon. C'est une nature réservée et concentrée...

Renée. — Il m'est trop supérieur.

MÉRITAI^. — Oh!

Renée. — Si! Je ne peux pas vous expliquer... C'est si peu de chose, une femme, une jeune fille...

MÉRiTAL. — Si peu de chose ! Mais c'est tout ! Toute la grâce de la vie, tout le rêve...

Renée, à mi-voix. — Oui, quand on aime le rêve...

MÉRiTAL. — Elle est gentille. (Un temps.) Allons, je ne commettrai pas la folie d'insister. Je vous connais' trop, petite bonne femme ardente et absolue! D'ailleurs, je suis bien forcé de comprendre, un peu, votre sentiment... Mon fils m'intimide parfois! Oui!... xiinsi, j'ai cru remarquer chez Daniel de l'inclination pour vous, et rien ne m'aurait gêné davantage que de l'interroger là-dessus. Pourtant, nous nous aimons très fort!... Mais je me sentais, avec vous, bien plus libre...

Ren^.e. — Monsieur Méritai, ne vous tourmentez pas au sujet de Daniel. Vous vous êtes trompé... 11 n'est pas occupe de moi.

MÉRITAL. — Qu'en savez-vousî

Renée. — Je le sais.

MÉBITAL. — Vous ne lui avez pas dit un mot de notre entretien... enfin, de mon idée?

Renée. — Pas un mot! Il était entendu que je ne lui parlerais de rien. C'est JVIoineau qui m'a renseignée. Elle devine bien des choses. Moineau... L'année dernière, Daniel pensait un peu à... à m'épouser. Peut-être!... En tout cas, c'est fini. Il a pris du goût pour Hélène Rivon...

MÉRiTAL. — Ah! ah!

Renée. — Elle est si jolie et si agréable! Ils se verront beaucoup cet hiver; Moineau épousera Jacques Rivon... ^

MÉRITAL. — Oui.

Renée. — Et Daniel, Hélène. Ce sera charmant.

MÉBiTAL. — Soit!... Dans ma vieille tête, j'avais arrangé l'avenir autrement. Je pensais : « Cette petite Renée ne s'amuse pas beaucoup dans son Compiègne, auprès de ses sœurs et beaux-frères... »

Renée. — Je m'y ennuie à me tuer !

MÉRITAL. — « Elle n'adore pas ce milieu de chasse à courre et de steeple-chase... »

Renée. — J'ai ce monde en horreur! Toute ma jeunesse ne forme qu'un seul souvenir horrible, déprimant... Quelle prison! Non, même pas! l'n cimetière! Je ne conçois le sens du mot: vivre, que depuis... depuis mon intimité avec Georgette, depuis quatre ans. Les seules heures de ma vie qui existent, je les ai passées parmi vous.

MÉRITAL. — Quatre ans... Oui, c'est le quatricme été qui nous ramène votre esprit, votre fraîcheur...

Renée. — Dites plutôt...

MÉRITAL. — Votre enthousiasme, et... tar' pis! un grand mot! — cette beauté morale qui se cache sous votre beauté.

Kenkk. - - S'il vous plaîl. ne...

MÉRITAL. — Alors, je m'étilis dit : « (lardons tout cela, (lardons-la toujoui*s, c«tte Reuée! »

ReN"ÉE, (le plus en plus confuse. — Oh! mais je... MÉRITAL, se méprenant. — NoU, raSSUreZ-VOUS, je

ne reviens pa.s à la charge. Je sais, j'ai compris... Tantôt, vous vous êtes dépeinte à mer\'eille. Vous attendez l'amour, vous l'appelez... Vous avez raison, c'est la grande affaire! 11 viendra, l'amour, il vous prendra... Vous serez soulevée, emportée, et puis tordue... Vous retomberez plus durement iiu'une autre... L'amour vous fera du mal, ma pauvre petite !

Renée. — Ma pauvre petite... Comme vous dites ça!... Vous dites si doucement les petites choses... Vous, vous êtes indulgent!...

MÉRITAL. — Moi, je suis un vieux papai

Renée, tremblante, et qui s'est levée, qui se contraint à le regarder en face. — VoUS ne VOUlez paS que je SOis

votre femme?

MÉRITAL. — Quoi!

Renée. — Je vous le demande, parce qu'il y a quatre ans que je vous aime... Vous ne voulez pas?

MÉRITAL. — Ma petite Renée, voyons, voyons... Ce n'est pas sérieux! Voyons, Renée... Moi! Ce vieux bonhomme!... C'est une plaisanterie!

Renêbl — Non. Voilà quatre ans... Depuis quatre ans je vis avec cette unique pensée. Oh! j'ai été brave! Personne ne s'est aperçu de rien... que Moineau.

MÉRITAL. — Comment! Greorgette...

Renée. — Oui. Un jour, elle m'a surprise en larmes... C'est elle qui a voulu que je vous parle aujourd'hui. Elle m'a forcée.

MÉRITAL. — C'est incroyable!

Renée. — Le mois d'août va finir. Bientôt nous nous séparerons... une fois de plus! Moineau a vu ma tristesse et mon découragement.

Un silence.

MÉRITAL. — C'est une chose incroyable!... (Il se

promène i>ar la pièce à grands pas.) Incroyable!... Je me

rends compte que je dois vous paraître absolument...

(En vain cherche-t-il une épithète.) Mais, jamais je ne me

suis senti à ce point... étonné, décontenancé.

Renée. — C'est drôle, je croyais que vous m'aimiez aussi!

MÉRITAL. — Moi?

Renée. — Je le croyais, je l'espérais de toutes mes forces!

MÉRITAL. — Ah ! Renée, ici, je vous arrête ! Ai-je prononcé une seule phrase, une seule parole...

Renée. — Mais non! Que vous êtes cruel!

MÉRITAL. — Alors?

Renée. — Je ne sais pas! Il me semblait que vous ne me parliez pas comme aux autres... Je ne sais plus! Des choses de rien... Quelquefois, vous me caressiez les cheveux...

MÉRITAL. — C'était un geste paternel!

Renée. — Vous me caressiez les cheveux, en murmurant: « Bonjour, petite poésie! » Et moi, sottement, je... Et puis, vous me regardiez beaucoup. Quand je m'éloignais, vous me suiviez toujours des yeux. Alors, je croyais...

Un silence.

MÉRITAL. — Oui, oui, c'est ma faute, ma trts grande faute! (Un temps.) Renée, je vous dois la vérité. Elle n'a rien, je pense, d'offensant. En effet, je vous regarde souvent avec une grande complai-

L' I LLUSTRATI ON TH £ ATRALE

sance charmée, avec de rémotion... C'est que vous m'évoquez miraculeusement la femme que j'ai chérie par-dessus tout, — ma femme. Elle est morte en me donnant la petite Georgette. Vous lui ressemblez par mille gracieuses façons d'être... Je retrouve sa franchise et sa ])ureté. Je l'aimais tant !... Elle exaltait toutes mes pensées, toutes mes minutes... C'était elle que j'appelais: ma petite poésie. Il ne faut pas que cet aveu vous blesse... Elle est morte. Renée. — Et pourquoi serais- je blessée? Vous l'avez aimée, je suis fière! Je sais que je ne peux pas valoir autant qu'elle; mais, si vous ne me repoussiez pas, je crois que je pourrais embellir aussi votre existence... un peu!

MÉRITAL, touché aux fibres profondes. — Oh !

Renéb. — Ne traitez pas légèrement ce grand appel I II part d'un cœur si grave! Du reste, ne pensez pas à moi, pensez à vous-même, interrogezvous! Peut-être ai-je vu clair!... Etes-vous sûr, sûr, de ne pas m'aimerf... Vous pleurez?

MiRiTAL. — C'est très beau... Je vous remercie, mon enfant... Merci de ce j)etit visage fervent et anxieux I C'est beau d'avoir eu ça. Merci ! Merci !

Renée. — Que voulez-vous dire?

MÉMTAL. — Petite fille, chère petite fille en prière, vous m'avez flatté divinement! Vous êtes trop petite... vous ne pouvez pas comprendre... J'ai respiré votre candeur, votre amour, comme un encens merveilleux. Tout le temps qui me reste à vivi^e en sera parfumé.

Renée. — Répondez-moi.

MÉHITAL, se désignant lui-même. — Ma réponse?

Mais la voilà! Regardez! Regardez avec vos yeux. J'ai cinquante-trois ans... Cinquante-trois ans. Renée! Comprenez- vous?

Renée. — Est-ce que ça compte! Je vous aime.

MÉBITAL. — Si ça compte? les années? Attendez!

Renée. — Mais vous êtes si jeune! Vous êtes le plus jeune d'entre nous. Sans cesse nous le répétons.

MÉRiTAU — Quelle bêtise!

Renée. — Et moi, j'ai vingt-cinq ans bientôt. C'est vieux pour une jeune fille. Mais oui! Dans quelques années, je serai une vieille demoiselle à qui personne ne songera plus. Du reste, si vous n'avezpas voulu de moi, ça me sera bien égal! Jamais je ne regarderai un autre homme. Ne souriez pas ! C'est un grand sentiment que le mien...

MÉRITAL. — Beau et profond comme vous-même, j'en suis sûr, mais...

Renée. — Je veux vous dévouer chaque heure de ma vie...

MÉRITAL. — Mon enfant!...

Renée. — Voils servir! J'ai tant jalousé Moineau et Julien et Daniel, quand vous leur commandiez d'im petit ton bref: « Va me chercher ce livre! » ou bien: « Tu mettras cet article de côté! » Jamais vous ne me donnez d'oidres à moi. Vous me traitez cérémonieusement, je suis l'invitée... Laissez-moi vous appartenir!

MÉBITAL. — Renée, ne continuez pas! C'est...

Renée. — Bientôt vos enfants vous quitteront. Ils vont se marier. Ils auront leur existence, leurs soucis... Vous resterez seul! Prenez-moi, acceptezmoi!

MÉRITAL. — C'est impossible! Ne continuez pas, Renée, je vous en supplie.

Renée. — Si! Ecoutez-moi encore! Oh! si!

MÉRITAL. — Non, ma chère petite!

Ii::x:':K. — Je ne retrouverai plus ce courage...

MÉRITAL. — Eh bien, c'est mieux ainsi. Ne parlons plus jamais de... de tout cela. A quoi bon, d'abord? Je ne peux pas vous épouser. Je n'en ai pas le droit.

Renée. — Oh!

MÉRITAL. — Et, surtout, je ne le veux pas! Non, non. Je serais très malheureux. Renée! Je serais constamment humilié, torturé dans mon orgueil d'homme !

Renée. — Je ne comprends plus!

MÉRITAL. — Ma petite, dans le temps, j'ai été quelqu'im qu'on pouvait aimer. Oui. Et on m'a aimé... Beaucoup !

Renér — On vous aime!

MÉRITAL. — A présent, c'est fini, je n'existe plus. C'est la dégringolade qui va commencer...

Renée. — Oh!

MÉRITAL. — Parfaitement! Déjà les années se pressent, se pressent... Et voilà ce que je vous offrirais en échange de tant d'ardeur et de tant de grâce! Ce spectacle!... Sous votre beau regard je m*en irais miette par miette...

Renée. — Mais taisez-vous!

MÉRITAL, véhément. — Je m'abîmerals à côté de votre jeunesse! Merci! J'aime mieux vieillir dans mon coin, tout seul. Au moins, une honte affreuse me sera épargnée. Ce n'est pas beau, la vieillesse, c'est une grande misère! Il faut la cacher comme on

recouvre les morts. (D'une voix presque dure.) Et puis,

je ne vous aime pas!

Renée, qui éclate en sanglots. — Méchant!

MÉRITAL. — Il est honnête que je vous le déclare, enfin! Vous vous êtes méprise au sujet de ma tendresse. Je vous aime... comme si j'étais votre père. D'ailleurs, c'est un détail, ça !... Mais oui, il importe fort peu! Même si votre instinct de fillette avait frappé juste, m'avait révélé ma propre faiblesse, oui, si j'avais été, à mon insu, un pauvre homme absurde — et je vous le répètç, ce n'est pas le cas! — eh bien, j'enfermerais dans mon cœur sa folie et je refuserais ce cadeau bien trop beau, comme je le refuse! (Un silence.) Pardonnez-moi ma brusquerie, mais, vrai, il m'en a coûté de vous donner ces explications! Le chagrin de devenir vieux, oui, je le porte en moi! Il est là, il travaille... «Je ne suis pas plus malin qu'un autre!... Seulement, jusqu'ici, je n'avais rien laissé voir... rien, jamais! Alors n'est-ce pas... Renée, mon enfant, ne pleurez plus, il ne faut

plus pleurer. (Un grand temps. Les sanglots de Renée.)

Je vous en conjure, calmez-vous! Je vous ai parlé un peu durement parce que... Calmez-vous, ma chère petite!... Ah! j'ai été d'une brutalité!... c'est inconcevable !... Moi qui donnerais... je ne sais quoi pour... Brute! Sale brute!... Ma petite Renée, de grâce!... Vous me faites peur!...

Renée, d'une voix étranglée à peine perceptible. — Je

VOUS demande pardon... ce n'est pas ma faute... je ne peux pas...

Ses sanglots redoublent.

MÉRITAL. — Et dire que quand elle aura fini de pleurer, elle va commencer à souffrir! Quelle chose désespérante! Ce bel été, qui finit dans des

larmes, dans du malheur!... (Se rapprochant de R;née.)

Ma petite fille, ne pleurez plus! Votre peine me fait bien du mal. *

Renée. — Laissez-moi... Laissez-moi seule iwo minute...

UASSAUT

MÉRITAL. — Bien... je vous laisse. (Mais il ne bouge

pa*,. Un temps.) Ëcoutez Reliée... Renée, si vous étiez raisonnable, nous... (Un silence.) Renée, si vous voulez ne plus pleurer... ne plus pleurer... je ferai ce qu'il vous plaira. Vous entendez! Toute votre volonté sera faite.

Renée, qui lève vers lui un visage inoinlc tic larmes. —

Qu'est-ce que vous dites?

MÉEITAL. — La vérité.

Renée. — Mais vous ne m'aimez pas!

MÉRITAL. — Mais si!

Rjp7É£. — Vous m'aimez?

MÉRITAL. — Parbleu ! La belle malice ! Vous m'aimez bien, vous! C'est autrement difficile!

Renée. — Vous m'aimez?... Ce n'est pas vrai!

MÉRITAL. — . Oh! les pauvres beaux yeux! Je vous ai toujours aimée. Je le sais depuis un ^juart d'heure.

Renée. — Et je serai votre femme?

MÉRITAL. — Mon enfant chérie, vous déciderez. Mais . prenons quelques jours... quelques jours de réflexion. Vous voulez bien?

Renée. — Non.

MÉRITAL. — Vous ne voulez pas?

Renée. — Non. Je ne veux plus attendre. Pourquoi? Puisque nous nous aimons!

MÉRITAL. — Elle a raison. Pourquoi?

Renée. — Alors... oui?

MÉRITAL. — Alors, oui.

Renée. — Ah! que je suis contente.! (Mais, de nouveau, clic pleure.) Cette fois, je n'y comprends plus rien! Je devrais être folle de joie et j'ai encore du chagrin... C'est trop bête!

MÉRITAL. — Non, non, c'est comme ça.

Renée^j 8c redressant. — Par exemple, c'est fini! Vous aussi, vous avez l'air triste... Vous n'êtes pas triste de m'épouser?

MÉRITAL. — Non j'ai peur... C'est fourbe, la vie!

Renée. — Non ! Vous verrez que non î Voi;s serez si heureux ! Je vous donnerai le plus beau des bonheurs !

' 'De ses deux petites mains elle s'est agrippée à lui.

MÉRITAL. — Renée...

Renée. — Prenez-moi dans vos bras! Il y a longtemps que j'ai envie d'être serrée dans ces bras, de mettre ma tête là, là, sur votre épaule!

MÉRITAL. — Renée!...

Renée. — Si! Je veux!

MÉRITAL. — Petite tentation!

Comme il l'enlace, on entend des pas. Renée et Méritai se séparent brusquement. La porte s'ouvre.

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