‹ L'Assemblée nationale de 1871Chapitre 1 sur 53 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Grévy à la prësideoce de la République. Ce dernier événement marque aussi la fin de la République conservatrice et libérale. A partir de ce jour, en effet, la République maintenue daus sa forme changea de caractèi-e, et eu quelque sorte de nature. Je m'arrête là.

A mesure que je poursuis mon œuvre, je ne puis me défendre d'une réflexion. Quand le narrateur a une mémoire fidèle, elle lui retrace ses souvenirs sous les traits particuliers qui caractérisaient alors tes faits accomplis. Mais le temps a fait son œuvre; et quelle que soit la véracité des souvenirs, les faits ont pris, par le lointain, une teinte d'apaisement dont se nuance le récit.

Et, toutefois, quelle que soit l'impartialité que j'apporte dans mes jugements, impartialité qui m'est si facile que j'aurais mauvaise gràcë à m'en parer, je ne désarme pas l'incurable rancune des partis. Lorsque, par exemple, je raconte tes événements qui attestent l'impuissance radicale où tout le monde s'est trouvé, de fonder un régime autre que celui de la République; un défenseur, nouveau venu, il est vrai, de la Monarchie, sans rien savoir de moi, ni du présent ni du passé, écrit ceci : ■ M. de Marcère, décidément impénitent, a écrit un livre à la gloire de M. Tbiers et de la

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République (l). « Hélas! Je n'ai écrit ce livre à la gloire de personne; et je ne me sens glorieux ni du passé ai surtout du présent. J'ai raconté ce que j'ai vu, ce que ne peuvent contester ceux-là mêmes qui s'en fâchent !

Que j'aie vu avec douleur, avec colère même, récroulemeot par le fait des partis, d' ailleurs impuissants à rien créer eux-mêmes, d'une République dans laquelle j'avais placé mes espérances d'apaisement national et de rénovation politique depuis longtemps rêvées; je le confesse. Il est impossible de faire abstraction des personnes qui sont en jeu dans les luttes des partis, et ces personnes sont naturellement l'objet de sentiments violents, baines, injures ou simplement dédain que les événements suggèrent cbaque jour. De là, l'injustice des jugements que nous portons les uns sur les autres ; et qui forment l'opinion parfois définitive, quoique inique, à l'égard des hommes mêlés aux affaires publiques.

Parfois aussi, il arrive que le temps fait justice de ces iniquités de la passion politique, et c'est ce cpii a fait dire à je ne sais plus qui — à moi peut-être — que c'est un grand

(l) V. Action ftllnçahe, 15 octobre 1M4.

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point, daas les araires de ce monde, de durer.

Je n'ai pu sans doute, en durant, avoir raison de toutes les injustices des autres, mais j'ai pu du moins rectifier la rigueur et quelquefois l'inexactitude de mes propres jugements sur les hommes. J'ai pu aussi assister à de grands changements dans les choses; et apprécier, comme on voit avec tristesse dépérir une œuvre que l'on jugeait belle, la déformation successive de la République, de celle du moins que nous voulions fonder.

Comme on se rappelle les joui's heureux d'une personne aimée, qui était atteinte, sans qu'on s'en doutât, d'un mal incurable, ainsi je fais revivre un temps où la société politique paraissait encore saine, quoiqu'elle eût en elle un germe de mort. Mais nous avions la foi de la jeunesse, et nous ne soupçonnions pas assez les causes profondes du mal qui travaille la France depuis plus d'un siècle.

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L& PBÉSIDENCE DU MARÉCHAL DE MÂG-MAUON » mai 18Ï3 au 31 décembre 1875

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