CONCLUSION
Les Bienfaits de l'Assistance agricole dans le présent et dans l'avenir.
Et maintenant, que nous avons exposé, dans ses grandes lignes, le mécanisme de l'Assistance Agricole, telle que nous la voudrions voir appliquée en Algérie, terminons par quelques rapides aperçus des conséquences prochaines et lointaines, qui devraient résulter d'une pareille organisation du crédit, tant pour la Colonie que pour la Métropole elle-même.
En Algérie, le premier effet de cette réorganisation économique serait d'ouvrir une ère de prospérité inouïe, résultat de l'harmonie désormais existante entre les forces, sagement combinées, du capital et du travail.
Le capital se trouverait mieux que jamais garanti contre tout aléa de perte ; la régularité du service des arrérages serait enfin assurée ; et, de plus, toute crainte *de stagnation ou d'immobilisation trop prolongée de l'épargne entre les mêmes mains disparaîtrait par suite de la création des caisses hypothécaires.
La situation, aujourd'hui si précaire, du colon
d'Algérie, deviendrait merveilleusement stable. Plus de craintes continuelles d'expropriation ; la vie matérielle assurée, les conditions normales du travail toujours sauvegardées. Chacun, jusqu'au plus modeste ouvrier,, aurait désormais la certitude de recueillir en paix les fruits de son labeur. Le calme reviendrait au foyer du laboureur, aujourd'hui constamment troublé par l'incertitude du lendemain.
L'Assistance agricole exige, il est vrai, nous l'avons vu, quelques sacrifices du colon, qu'elle prend sous sa protection efficace. L'obligé de la Société cesse, jusqu'au jour de sa libération entière, d'être le maître absolu de son exploitation. Mais cette gène est-elle donc si grande? Pourvu qu'il exécute fidèlement les clauses de son contrat, le colon garde libre jouissance de la moitié de son revenu brut, ce qui lui assure une vie plus large et plus indépendante qu'autrefois, car ses créanciers ne sont plus, comme auparavant, sans cesse acharnés à sa poursuite.
En outre, avec le système d'amortissement que nous avons exposé, sa dette se trouve rapidement amoindrie, sans même que le débiteur en ressente aucune gêne. Le colon, d'ailleurs, pourra toujours, s'il le désire, augmenter son bien-être du produit d'industries familiales, actuellement inconnues dans les familles algériennes. Ces industries, que notre Société s'clforcera de répandre, auront, dans chaque demeure, le double avantage de procurer
un revenu certain et d'entraver les progrès de l'oisiveté et du vice.
Si le client de l'Assistance agricole se trouve malade ou absent, s'il vient même à mourir, ses intérêts et ceux de sa famille ne seront pas compromis, étant confiés en mains sûres par la Société.
Le travail en commun aura, nous en avons donné la preuve, le plus heureux résultat pour chacun des coobligés de l'Assistance Agricole. L'existence d'associations mutualistes et syndicales sauvera le colon des griffes de la spéculation et de l'usage ruineux des intermédiaires.
Grâce à la direction scientifique de la Société, les produits agricoles, par une sélection rationnelle, s'amélioreront et croîtront en nombre.
Un crédit largement distribué permettra à chacun de tirer tout le parti possible des ressources de sa propriété et, d'autre part, le système des assurances mutuelles réduira au minimum les chances de perte.
Telles seront, entre beaucoup d'autres, certaines conséquences, immédiates pour ainsi dire, de l'application de notre sysième de crédit.
Bientôt, ces premiers résultats divulgués, on verra de nombreux immigrants se présenter avec confiance pour de nouvelles entreprises. Sachant la conservation de leur capital assurée, quoi qu'il arrive, sachant les avantages offerts à leur activité persévérante, les nouveaux-venus auront tout le courage et toute la discipline, qui manquent aux
colons actuels. La même influence heureuse des premiers résultais se fera, sans nul doute, sentir également sur les Indigènes. L'Arabe, arraché aux griffes des usuriers, instruit à tirer désormais meilleur parti de sa propriété, renoncera aux pratiques de la vie errante et oubliera ses habitudes de déprédation, qui ne sont, le plus souvent, qu'une conséquence de la misère.
Ainsi, une transformation profonde s'opérera, il est permis de l'espérer, dans la classe agricole entière, par l'heureuse influence du système nouveau.
Avec le temps, l'action de la Société s'étant étendue, de grands travaux d'utilité générale pourront être entrepris. Un jour même, peut-être, l'Assistance Agricole, telle autrefois la Compagnie des Indes, aura sa flotte à elle, ses chemins de fer, et sera la grande régulatrice du commerce algérien.
Et le gouvernement, loin d'avoir à redouter une si grande expansion de l'Institution Nouvelle, trouverait en elle l'appui le plus précieux.
L'Algérie est, avant tout, un pays agricole : ainsi la prospérité plus grande de l'agriculture fera la prospérité plus grande de la Colonie. Les ressources budgétaires s'accroîtront d'année en année, à mesure que la terre produira davantage. L'impôt foncier, basé sur les données certaines que fournira la Société d'Assistance Agricole pourra, sans inconvénient, être établi, ce qui permettra ensuite de dégrever la propriété bàlie, soumise actuelle-
ment à un régime d'exception fort critiquable. Cet impôt foncier, dont l'établissement est, à l'heure actuelle, impossible, sera volontiers accepté par une population agricole plus riche et plus assurée de l'avenir ; ce sera même un stimulant pour les propriétaires, chacun devant s'efforcer de faire produire davantage à ses terres, de manière à payer le nouvel impôt sans entamer son revenu.
Au point de vue de la Métropole, de nombreux avantages résulteraient également du relèvement de l'agriculture algérienne.
L'Algérie, plus riche, pourrait désormais pourvoir elle-même à sa propre défense, et payer son armée sur son budget particulier. Le trafic développé entre la France et la Colonie, offrirait des débouchés nouveaux à notre industrie.
La fortune nationale s'accroîtrait de toutes les sommes que lui coulent actuellement les produits alimentaires importés de Russie, d'Allemagne ou d'Amérique, et que l'Algérie suffirait à fournir.
Nous avons dit déjà tout ce qu'on pourrait attendre, au point de vue social, d'une organisation meilleure de la colonisation. Le prolétariat français aurait en Algérie les moyens de satisfaire ses aspirations, d'accéder enfin à la propriété et la crise sociale, aujourd'hui si menaçante, se trouverait heureusement conjurée.
Noire projet d'organisation agricole serait également favorable aux classes aisées de la Nation. Des écoles d'agriculture recevraient les enfants de
la bourgeoisie française et leur donneraient une sérieuse éducation théorique et pratique. Puis ces jeunes gens iraient se perfectionner, en Algérie, dans les fermes d'essai de la Société, rempliraient ensuite les postes subalternes de stagiaires, pour devenir enfin directeurs, ou prendre, à leur propre compte, une exploitation coloniale.
Enfin, on peut prévoir que, plus tard, les bienfaits de cette organisation pourraient être étendus aux autres colonies françaises.
Sans insister sur des conséquences aussi lointaines et en se bornant au projet présent relatif à l'Algérie, on peut conclure que l'exécution de notre programme, immédiatement réalisable, n'exige en définitive que trois éléments: du travail, de l'argent et, pour mettre en valeur ces deux forces, de l'intelligence.
La France possède tout cela !
Pourquoi donc tarder encore à s'en servir ?