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L'assistance des enfants anormaux

Pris à la lettre de son titre, ce rapport pourrait embrasser une grande part, la plus grande peut-être, du domaine de l'Assistance.

Si l'on entend par Enfants anormaux « tous ceux qui. par suite d’infirmités congénitales ou acquises, se trouvent placés dans des conditions telles qu’ils ne peuvent vivre de la vie normale sociale », selon la définition du D 1 Courjon, assistance de l'enfance anormale signifie — assistance de « tous les enfants physiquement et psychiquement infirmes, arriérés des divers degrés, bègues, sourds-muets, aveugles, épileptiques et autres », ainsi que l'exposait M. Strauss dans son rapport général au Congrès d'Assistance de Bordeaux.

L’intention du Congrès de Genève n'a pas été d'ouvrir la discussion sur un aussi vaste champ, mais de la limiter à cette classe de l’enfance anormale— la plus nombreuse il est vrai — où l’anomalie, apparemment exclusive ou manifestement dominante, est d’ordre neuro-psychique, c’est-à-dire à l’assistance des enfants psychiquement anormaux .

Ce cadre peut paraître encore trop grand, si l’on considère la démarcation qui, du fait d’organisations scolaires nouvelles, tend à s’affirmer, dans la pratique, entre la pédagogie et l’assistance des anormaux psychiques.

Sans doute, en matière d’enfance, Y obligation d’éducation n’est pas séparable du devoir d’assistance. Tous les enfants assistés doivent être éduqués, s’ils sont susceptibles de l’être. Mais si l’assistance est bien le devoir social qui, inspiré de l’intérêt individuel et de l’intérêt collectif à la fois, ne s’exerce nécessairement qu’à l’égard des déshérités de la fortune, les anormaux psychiques — quelque soit leur degré d'arriération — dont la surveillance, le traitement et l'éducation peuvent être assurés par des tiers autorisés et responsables, ne sont pas à proprement parler des assistables, non plus que ceux qui, sur les premiers échelons de l’arriération, sont en état de bénéficier de ces classes spèciales et instituts spèciaux dont le nombre va s’accroître de jour en jour jusqu’à devenir un des grands organismes de l'Instruction publique. Ceux-là sont éducables par des moyens qui, pour si particuliers qu’ils soient, ne sortent point cependant du régime de la vie commune : à proprement parler, ils restent sociables.

il nous a paru qu'il n’y avait place dans ce travail que pour ceux qui sont nécessairement assistables, pour ceux qui, plus haut dans l’échelle de l’anormalité, doivent pour diverses causes, dont les principales sont des raisons d’ordre ou de sécurité publiques, l'indigence ou l'incapacité des parents, être soumis, dans des milieux extra ou juxta-sociaux, à des mesures plus eu moins restrictives, pour ceux, en un mot, qui sont insociables.

Ainsi limité — si nous avons bien compris l'intention de ceux qui en ont fait le choix — notre sujet peut, en fin de compte, se définir: 1 "'assistance publique des enfants psychiquement anormaux et insociables.

C’est dans la partie la plus nouvellement ouverte à l'exploration, dans celle des enfants anormaux sociables, des anormaux d'école, ainsi que les désigne Régis, que s’est fait, dans l’application pratique, le premier pas décisif. Sans attendre qu’une loi déterminât les conditions de fonctionnement d'un régime scolaire spécial, Paris, Lyon, Bordeaux sont entrés résolument dans la voie des réalisations, et leur exemple vraisemblablement sera, sans tarder, imité par toutes les grandes villes.

Mais, pour ce qui concerne les enfants plus gravement atteints, les dégénérés , si intéressants et si pitoyables, il

est toujours vrai de dire que tout est à faire dans le pays des Séguin et des Bourncville.

Ce n’est point qu'on les oublie. Bien au contraire. Depuis quelques années, notamment depuis le Congrès d Assistance de Bordeaux , qui marquera une date mémorable dans l'histoire de l’assistance des enfants anormaux, il n'est point de question plus souvent ni plus copieusement traitée dans toutes les réunions philantropiques ou médicales. Tout a été dit sur eux, et si bien, qu'il est permis de considérer comme jugé le procès de l’assistance des anormaux de toutes catégories, ouverte la voie des réformes législatives et des organisations pratiques.

Nous ne pourrions que « reprendre les exposés, les définitions et les vœux de nos devanciers » — ainsi que le déclarait M. Baguer dans son rapport sur la situation scolaire des enfants anormaux au Congrès de VEducation sociale de 1907, — si un fait important— l’introduction de l'obligation de l'assistance et du traitement des enfants dégénérés dans le projet de loi sur le régime des aliénés — ne s’était produit récemment.

L’obligation d’assistance est conforme à des vœux maintes fois exprimés, mais l'esprit et la lettre de l’acte législatif qui la consacre soulèvent de vives critiques, inspirent de légitimes inquiétudes sur l’avenir de l'assistance des aliénés de toutes catégories, y compris les enfants dégénérés. Nous y avons trouvé la raison de présenter quelques considérations générales sur l’assistance des insociables et d’exposer un programme de l'assistance publique des enfants dégénérés, considéré dans sa base légale, dans ses rapports avec les arriérés et les aliénés et sous ses aspects divers, médical, social et économique, et sans autre prétention que de fournir matière à la discussion, d’où pourront sortir les formules pratiques de demain.

H I STO R IQ U E

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