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L’ŒUVRE MÉDICALE

L’idée de l’assistance des enfants anormaux, complétée par le traitement médico-pédagogique, est née en France tout au commencement du xix e siècle. La célèbre expérience d’Itard sur le sauvage de VAveyron a été pour les enfants dégénérés ce que, quelques années auparavant, avait été, pour les aliénés, le geste généreux de Pinel, le signal d’une véritable explosion, dans toute l’Europe, de sentiments et de concepts nouveaux en matière de solidarité humaine, le point de départ d'une suite ininterrompue de travaux et d’efforts, dont l'activité croissante des congrès, des associations pédagogiques, des sociétés savantes, a fait une des questions actuelles les plus importantes.

L’histoire de cette assistance, présentée en iqo 3 au Congrès national de Bordeaux dans les remarquables rapports de M. Strauss et du docteur Jacquin, mise à jour par les travaux plus récents des docteurs Blin, Bourneville, Roubinowitch, Boyer, Régis et Chazal, est aujourd'hui connue de tous ceux, médecins, éducateurs et philanthropes qui s’y intéressent, et peut-être n’avons-nous qu’une bonne excuse pour en faire ici le résumé — le besoin de montrer une fois de plus, au moment où quelques psychologues inquiets, sous prétexte de pédagopsychologie nouvelle, proclament la faillite de la psychiatrie, que cette œuvre a été tout entière celle des aliénistes.

A la suile d'Itard, ce furent Esquirol et Belhomme qui, dès l’année 1824, montrèrent l’éducabilité des idiots; leurs successeure Ferrus et Fabret qui, en 1828 et i 83 i, fondèrent l’un à Bicêtre, l’autre à la Salpétrière, les premières écoles pour enfants dégénérés, et ce fut Félix Voisin qui, en i 834 , créa l’établissement orthophrénique dont

l’existence fut courte, il est vrai, niais qui fut le premier des hôpitaux de traitement médico-pédagogique.

Un élève d’Itard et d’Esquirol, Séguin, qui devait devenir un apôtre, lut, en 18^0, chargé par le Ministère de l'Intérieur de l’éducation des idiots à l'hospice des Incurables, puis à Bicêtre. Obligé de quitter cette maison en i 843 , il fonda l’école de la rue Pigalle « que visitèrent les savants et les philanthropes du monde entier ». En 184b, il publia sa méthode « Traitement moral , hygiène et éducation des idiots et des antres enfants arriérés », qui devint classique à l’étranger, particulièrement en Amérique, où Séguin émigra en 1848, et où il organisa plusieurs établissements pour l’éducation des idiots.

Dans les grands mouvements d’évolution, il se dégage comme une loi générale que ce n’est point le terrain où sont jetées les premières semences qui donne les premières moissons. L’œuvre d’Itard et de Séguin pour les enfants dégénérés, aussi bien que celle de Pinel et d’Esquirol pour les aliénés, 11e fut point continuée ni appréciée en France comme elle méritait de l’être, et tandis que, malgré les efforts de Delasiauve, elle y tombait dans l’oubli, (‘Ile grandissait dans les autres pays, où elle provoquait bientôt un mouvement d’organisation pratique, qui ne s’est point ralenti depuis.

Dès l’année 1849, les premiers asiles-écoles pour idiots étaient ouverts en Allemagne par Sœgert, en Suisse par Guggenbühl. En 1846, l’Angleterre était pourvue de plusieurs établissements du même genre, et cet exemple était bientôt suivi par les autres nations du nord et du midi de l’Europe.

En France, ce n’est qu’après une période de stagnation cj ui dura vingt-cinq ans, qu'en i 8^5 une nouvelle poussée d'activité, provoquée par Bourneville, conduisit à la création dans le département de la Seine des services d’enfants de Bicêtre, de la colonie de Vaucluse et de la fondation Vallée. Pendant plus de trente ans, le maître de Bicêtre a poursuivi sans relâche la réhabilitation et le perfectionnement de la méthode de Séguin. En publiant chaque année les résultats de son traitement, en ouvrant à de nombreux élèves les portes de son service universellement apprécié, il a provoqué la création dans un certain nombre d'asiles de quartiers spéciaux pour les idiots, et de quelques établissements publics et privés pour le traitement médico-pédagogique ; il a été le promoteur dans le monde des spécialistes, des philanthropes, des juristes et des législateurs, d’un courant d’opinion d’où

ne peuvent manquer de sortir des solutions pratiques et prochaines. En mettant au service de son œuvre les qualités qui, tôt ou tard, forcent le succès, l’obstination dans l’idée et l’infatigabilité dans l'eflort, Bourneville méritera d’ètre tenu pour le père de l’assistance médico-pédagogique des enfants anormaux, dont Itard et Séguin furent les précurseurs.

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