ORGANISATION DE L’ASSISTANCE DES ENFANTS DÉGÉNÉRÉS
Les dispositions du projet de loi de 1907 relatives à l’assistance des enfants dégénérés, paraissent grosses de dangers au point de vue pratique.
Dire que — les asiles publics doivent comprendre, à défaut et dans l’attente d’asiles spéciaux, des quartiers annexés ou des divisions pour les idiots et les crétins et qu’en attendant l’ouverture de ces asiles spéciaux, pour la création desquelles plusieurs départements pourront s’entendre, les idiots et les crétins continueront d’être reçus dans les asiles d’aliénés — c’est maintenir pour longtemps le statu c/uo. Les départements ne se risqueront pas à faire des annexes provisoires, en attendant des organisations stables. Ils n’ouvriront pas de quartiers, niais des pourparlers avec d’autres départements, ainsi que les y autorise la loi : ces pourparlers dureront très longtemps. Pendant dix ans et peutêtre beaucoup plus, les 1,2000 enfants qui sont aujourd'hui privés d’assistance, continueront de l'être, et plus tard, 011 se trouvera, comme aujourd’hui pour les aliénés, et dans des conditions plus graves encore, en présence de nouveaux et énormes établissements pour enfants dégénérés.
Cette régionalisation ne serait applicable, il est vrai, qu’aux dégénérés perfectibles sous la forme d’instituts médico-pédagogiques et les idiots du 2 e degré, les idiots profonds, les anormaux d’asile, ainsi que l’admettent Jacquinet Régis, seraient hospitalisés dans des sections d'asiles d’aliénés. Mais, en vérité, 011 peut penser que c’est surtout pour les perfectibles, que leurs familles continuent à entourer d’intérêt et d’aflection et dont il faut favoriser et faciliter le traitement, que la régionalisation et le dépaysement seraient le plus fâcheux —sans comp-
ter que le fait de réserver pour les asiles d’aliénés les idiots profonds serait de nature à aggraver encore, au détriment de ces établissements, le caractère de dépôts d’incurables, qui les stigmatise aujourd’hui et qu'il est nécessaire de leur faire perdre.
Contre l’hospitalisation des dégénérés perfectibles dans les quartiers d’asiles d'aliénés on objecte, outre les mouvements d'ordre légal et sentimental, l’encombrement, la précarité des ressources budgétaires, le manque de médecins, l’insulïisance du personnel infirmier. Mais tous ces inconvénients très réels, n’ont qu’une seule cause, l’entente interdépartementale, qui permet à plus de la moitié des départements de faire assister ses aliénés dans des asiles étrangers.
Qu’on supprime la faculté de cette entente et d’ici quelques années, soit par le désencombrement dans les asiles actuels, soit par la création de nouveaux asiles dans les départements qui en sont aujourd’hui dépourvus, l'assistance de toutes les catégories d’aliénés — y compris les enfants dégénérés — sera assurée comme elle doit l’ètre, médicalement et moralement, sur place, près de la famille et en tous cas dans les limites de la circonscription départementale, et le mode régional ne sera appliqué qu’aux catégories, relativement peu nombreuses et moins intéressantes, des aliénés criminels et des enfants délinquents vicieux.
Qu’il s’agisse d’établissements autonomes, ou d’annexes à d’autres établissements, ce sont les degrés de perfectibilité, d’utilisation et de sociabilité, qui doivent servir au classement des enfants dégénérés et dicter l’organisation des moyens d’assistance à leur appliquer : hôpital, hospice, colonie, maison de réforme.
La création de chacun de ces divers organismes sous la forme autonome, constituerait évidemment l'organisation la plus parfaite, l’organisation type de l'assistance des enfants dégénérés. En s’en tenant à ces deux conditions, d’ordre différent, mais également nécessaires : éviter les grosses améliorations de malades et ménager les finances publiques, on peut admettre cependant que cette organisation type ne serait utile et pratiquement réalisable que pour Paris et la Seine. Dans les quelques départements les plus populeux, hospice, hôpital et colonie, pourraient être réunis sous la forme d’établissements spéciaux; dans tous les autres ils seraient annexés aux asiles d'aliénés, sous la forme de quartiers distincts. Quant aux maisons de réforme, dont la population pro-
viendrait surtout des grands centres industriels — comme les asiles de sûretés pour les aliénés criminels — leur nombre pourrait être de quelques unités seulement ; situés dans la banlieue des quatre ou cinq plus grandes villes; ils seraient organisés pour desservir tous les départements divisés en régions.
Ce qui s’aflirme chaque jour davantage, dans l’application de l’assistance hospitalière c’est la légitimité, la nécessité de la distinction entre l’hôpital et l'hospice.
Les asiles doivent se transformer, selon l’importance des populations auxquelles ils sont destinés, en hôpitaux ou hospices distincts, ou en hôpitaux-hospices. L’avenir de l’assistance — aussi bien pour les enfants dégénérés que pour les aliénés adultes— est subordonné à cette transformation, et cell-ci 11e s’opérera que par un acte législatif, qui la consacre définitivement.