COLONIES
Strictement, l’assistance des enfants psychiquement anormaux se limiterait à la période de leur existence que Blin appelle « médicale »et s'arrêterait à l’àge de 16 ans, mais ainsi que le fait justement remarquer Jacquin, il faut tenir compte dans leur classement des « variétés cliniques polymorphes et des réactions sociales differentes ».
Pour ce qui concerne l’hôpital et la maison de réforme la limitation paraît facile. Pour être utiles, ces organismes ne doivent être encombrés d’aucun élément inaméliorable. L'enfant qui a été soumis méthodiquement à tous les moyens d’amélioration ou de redressement appropriés à son état, n’est plus susceptible de s’améliorer quand il a cessé d’être une « cire molle ». A partir de 16 ans, on peut admettre qu'il n’y a plus rien à attendre du traitement spécial. A cet âge, hôpital et maison de réforme, devraient rendre à la famille et à la vie commune ceux qui sont suffisamment améliorés, confier à l'hospice ceux qui sonl incurables, à la colonie ceux qui sont devenus utilisables, à 1 asile de sûreté ceux qui demeurent antisociaux.
L’àge des enfants dégénérés d'hospices, ne peut être limité aussi nettement. Certains d’entre eux, faibles, infirmes, retardés physiquement restent enfants au-delà
de ij ans et ne peuvent être sans inconvénient confondus avec les adultes. Il y a donc lieu d’admettre une marge et de prévoir dans la pratique que les hospices ou quartiers d'hospices, à côté des sections de jeunes, disposeront d’une section pour les adolescents dont l'àge pourra aller jusqu’à 20 ou 26 ans.
Ceux qui, au sortir de l’hôpital ou de la maison de réforme, ne sont pas en état d’être rendus a la vie commune, mais sont utilisables et non dangereux, ne doivent pas être cependant confondus avec les adultes. C’est à eux que convient le régime de la colonie, véritable prolongement de l’assistance des enfants dégénérés. O11 la comprend sous deux formes principales : la colonie familiale en organisation distincte et la colonie annexée à l'asile. Les protagonistes de la colonisation familiale, qui s’efforcent d’étendre ce mode d’assistance à toules les catégories de malades; ont commencé à l’appliquer pour le compte de la Seine aux enfants dégénérés. Il ne s'agit que d’un essai, dont les résultats ne peuvent être jugés dès a présent, mais dont on peut dire cependant — en y opposant les mêmes arguments que développait excellemment le I) r Vernet au sujet des épileptiques devant le Congrès d'assistance de 1903, — que portant sur des enfants au-dessous de 16 ans décrits comme améliorables, il conduirait dans son application, à la négation même du traitement médico-pédagogique.
Trichet, dans son élude sur l'assistance des enfants aux Etats-Unis, dit : « Quels que soient les avantages de l’assistance familiale, aux Etats-Unis comme dans les autres pays, elle ne saurait convenir à tous les enfants et notamment aux enfants indisciplinés, aux arriérés et aux anormaux ». Cette opinion 11'est pas négligeable et il est permis de croire que le régime de colonie, utilement applicable aux enfants et adolescents dégénérés au moins pour tous ceux, les plus nombreux qui sont actifs, —est la colonie annexée à l’asile d’aliénés, comme elle existe à l’étranger en Danemack et en Suède, en Allemagne à Daldorf, en France à Vaucluse, avec ses organismes industriels et agricoles, ses ateliers pour les garçons et ouvroirs pour les filles, avec la surveillance immédiate du médecin aliéniste, avec un personnel spécialisé et désintéressé. Familial ou périhospitalier, le régime colonial ne serait indiqué que pour les dégénérés utilisables âgés de plus de 16 ans.