‹ L'assistance médicale chez les RomainsChapitre 26 sur 27 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

l’impossibilité permanente de travailler, et par conséquent aussi les vieillards indigents eux-mêmes, ainsi que les enfants exposés ne pouvaient y participer et étaient abandonnés sans secours. Je n’ai rencontré, malgré des recherches multipliées, aucun document qui m’ait permis de constater l’assistance médicale envers ces diverses classes de malheureux. Ils devenaient mendiants et vivaient, autant que cela leur était possible, de la compassion qu’ils inspiraient. Ce fait est la meilleure démonstration des motifs que j’ai assignés à la pratique de l’assistance médicale dans tout le cours de cette étude.

Il résulte en outre des faits recueillis et analysés par moi dans ces recherches, que le rôle du médecin était beaucoup plus important qu’on ne l’avait soupçonné dans cette société, qui pourtant ne lui accordait qu’une médiocre considération. Les médecins avaient beau être des étrangers, des affranchis, des esclaves, et à ce titre appartenir à des conditions viles et méprisables ; leur savoir et la noblesse des services qu’ils rendaient les élevait au-dessus de leur condition et obligeait tous les citoyens si fiers de leur titre, à compter avec eux, à les admettre dans leur intimité et à leur confier avec abandon ce qu’ils avaient de plus cher. Il arrivait même que, se considérant comme impuissants à reconnaître les services qu’ils en avaient reçus, ou conservant des sentiments de gratitude affectueuse et cordiale pour leurs médecins, et ne se contentant pas de les avoir convenablement rétribués, les grands personnages de Rome sollicitaient des Empereurs et obtenaient pour eux ce titre de citoyen si ambitionné de tous ceux qui

ne le possédaient pas. Pline le Jeune en rapporte un exemple remarquable, relatif à son propre médecin (1).

Dans le cours de ce travail, le lecteur n’a pas rencontré un seul médecin qui fût romain d’origine ; tous sont de pays helléniques, parce que dans la Grèce seulement il y avait de véritables écoles de médecine. Pourtant il se formait aussi des élèves à Rome même et dans l’Italie, mais ils n’avaient ni le savoir, ni la réputation de ceux qui étudiaient en Grèce. D’ailleurs, le Romain n’était pas né ni élevé pour les arts (2).

Dans une autre partie de mon histoire de la profession médicale, je suivrai le médecin à la cour des Empereurs et dans les classes élevées de la société romaine. Ici je l’ai étudié dans ses fonctions les plus humbles, mais non les moins intéressantes, et j’avoue qu’en abordant cette étude, je ne m’attendais pas à le découvrir partout où je l’ai cependant rencontré. Je n’espérais pas surtout pénétrer à sa suite dans ces détails de vie intime et privée qui me paraissent jeter une lumière inattendue sur les mœurs et les habitudes de cette société dont nous connaissons beaucoup mieux les aspects extérieurs que la vie domestique et intérieure.

(1) EpistoL, lib. X, epist. iv.

(2) Excudent alii spirantia mollius æra,

cælique mealns

Describeut radio et surgentia sidéra dicent :

Tu regere imperio populos, Romaue, memento.

Virgile, lib. Vl,v. 848.

Page 1