‹ L'assistance médicale chez les RomainsChapitre 25 sur 27 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Dans le cours de ces recherches sur l’assistance médicale, où je me suis efforcé de passer en revue tous les genres de travailleurs libres et esclaves, le lecteur a pu remarquer que je n’ai rencontré nulle part la main du gouvernement. Sous aucune forme je n’ai eu à constater l’intervention de l’Etat pour distribuer des secours aux malades nécessiteux. Il n’aurait été possible de l’apercevoir que dans les distributions publiques de certaines denrées alimentaires faites par les Empereurs au peuple roi, ou sous la république, dans certains dons en argent faits aux citoyens pauvres (1). Mais ces secours n’étaient accordés qu’à ceux qui avaient droit de cité; et ils avaient un but politique, ce qui leur enlève tout caractère de bienveillance et de philanthropie.

Cependant, malgré cette indifférence absolue des pouvoirs publics envers les malades pauvres, malgré la dureté extrême de la loi romaine qui ne s’occupait d’eux en aucune manière et qui allait jusqu’à permettre de tuer ou d’exposer les enfants que les parents ne voulaient pas ou ne pouvaient pas nourrir, malgré le

(1) Plaute, Aulularitty act. I, scen. ultim. :

Nam noster nostræ qui est magister curiæ, Dividere argenti dixit numos in viros.

l08 L’ASSISTANCE MÉDICALE CHEZ LES HOMAINS.

mépris de tous pour l’infortune et la pauvreté, l’intérêt privé trouvait moyen, en se satisfaisant lui-même, de pourvoir à toutes les exigences qu’entraînaient les maladies chez les travailleurs, qu’ils fussent de condition libre, ou qu’ils fussent esclaves. Certaines combinaisons sociales, quelques artifices d’intérêts publics et privés, ou bien le mécanisme administratif lui-même suffisaient à obtenir ce résultat. De sorte que l’assistance médicale se trouvait en définitive exercée activement presque partout où il y avait des malades à guérir.

Cependant une condition malheureusement essentielle limitait cette assistance médicale à une seule catégorie de malades et à une seule classe de maladies. En effet, comme l’exercice de cette assistance avait pour mobile unique l’avantage et le profit que devaient en retirer ceux qui la mettaient en œuvre, elle n’était pratiquée qu’envers les malades utiles, je veux dire envers ceux qui, après leur guérison, devaient pouvoir travailler de nouveau au bénéfice des maîtres, qui les employaient. Les travailleurs seuls formaient donc la catégorie des malades assistés, tant parmi les hommes libres que parmi les esclaves. En outre, il fallait que leurs maladies fussent curables assez promptement et sans qu’il en restât de traces sérieuses pour que le travail fût le moins longtemps possible en chômage; de telle sorte que les blessures ou les maladies aiguës seules mettaient leurs victimes dans le cas d’être assistées.

Il restait par conséquent une lacune considérable dans la pratique de cette assistance médicale. Les infirmes, les incurables, tous ceux qui se trouvaient dans

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