Rapport de 1895, p
2, Rapport de 1897, p. 11.
à boire à leurs anciens camarades qui vont par bandes bruyantes les accompagner à la gare.
Une pareille conduite doit nécessairement discréditer la réputation des ouvriers de la colonie. Il n'est donc pas étonnant que leur placement soit difficile ; il n'est pas étonnant aussi, qu'après avoir pris, sous une discipline relâchée, des habitudes pernicieuses, ils ne puissent plus user raisonnablement de leur liberté et conserver les places qu'on leur a obtenues.
Il est facile de comprendre aussi que d’honnêtes et bons travailleurs refusent d'entrer dans la colonie. Qu'il y ait, dans cette catégorie si intéressante de malheureux, une certaine part de préjugés à l'égard des œuvres officielles et des colonies en particulier, nous n’en disconviendrons pas (1), mais il n’en faut pas moins reconnaître, comme très légitime, leur répugnance à faire partie d’un pareil milieu, pendant plusieurs mois. Le séjour à la colonie peut faire à un bon ouvrier plus de tort que de bien. La réputation des « ex-colonistes » deviendra! bientôt aussi diffamante qu’elle l’est en Allemagne. Les bons pâtissent pour les coupables, car tous les cultivateurs refusent de recevoir les anciens colons. Bornons-nous pour le moment à constater ce fait regrettable, et à retenir aussi cet aveu important du directeur, qui déclarait en 1896, « que les
4. C’est ainsi, paraît-il, que beaucoup et des plus honnètes craignent qu’en entrant à la Chalmelle on ne prenne des notes de police sur eux, Rapport 1897,
moyens moraux et financiers dout nous disposons sont insuffisants pour soulager toutes les infortunes (1) ». Il signalait en outre la nécessité de catégoriser les colons pour pouvoir soulager et récompenser plus efficacement les plus dignes d'in- térèt. « Tous les ouvriers bons où mauvais, disaitil, recoivent indistinctement une allocation fixe de O fr. 50 par jour. Les mauvais ouvriers se distinguent rapidement des bons et le règlement ne permet point d'établir une différence dans les salaires ; il y a là une véritable injustice qui cause du préjudice à l’établissement, car les bons ouvriers se découragent très vite de voir que leurs efforts ne sont pas récompensés au point de vue matériel. [ls proportionnent les efforts, non pas à la leur force productrice, mais à celle des plus mauvais, et au bout d’un certain temps la production est de beaucoup supérieure au salaire quelque modeste que soit celui-ci.
€ Pour remédier à cet état de choses il sera créé à partir de 1900 trois sections ainsi composées :
« Première section. — Les travailleurs sans salaire ou à salaire moindre de 0 fr. 50. La durée du séjour dans cette section serait de huit jours au moins, au bout de ce temps les ouvriers pourraient passer dans la deuxième section.
« Deuxième section. — Salaire fixe, à déterminer et enfin à titre de gratification les assistés de la deuxième section pourraient être admis à travailler à la tâche.