V. dans ce chapitre p. 9 et suiv
quant du plus strict nécessaire, d’autre part des forces qui ne demanderaient qu'à produire et qui se perdent inutilisées au plus grand détriment d’ellesmêmes et des consommateurs ?
Assurément le problème est plus facile à poser qu’à résoudre, mais jamais notre démocratie ne consacrera assez d'attention à l’étude des questions qui s’y rapportent, jamais elle ne fera assez d'efforts pour atténuer les crises néfastes qui en résultent.
On peut comprendre, sans l’excuser des excès qu’il a commis, le peuple de 1848 criant « du pain ou du plomb » et mettant sur les drapeaux cette fière devise, « vivre en travaillant, mourir en combattant ». Après avoir versé son sang pour le triomphe de la démocratie, il préférait combattre encore que mourir de faim avec ce fantôme de souveraineté
qu'il avait obtenu. Ce qu'il voulait c’était du travail
lui permettant de vivre, sinon il ne restait qu’à perdre cette inutile et misérable vie en la sacrifiant au moins à une noble cause.
Si le chômage est grave par sa nature même, il l’est surtout par le nombre considérable des victimes qu’il fait parmi les travailleurs. Si dans quelques professions le travail conserve toujours une certaine stabilité, il n’en est pas de même dans la plupart des cas. C’est ainsi qu’il existe bon nombre de métiers dans lesquels la presque totalité des ouvriers sont atteints par le chômage dans le courant d’une année.
Notre Office du travail a fait une enquête à ce sujet et il est arrivé au résultat suivant.En moyenne pour un atelier de 100 personnes, 145 ouvriers yont
travaillé dans l’année (1). Suivant M. Lucien March, «la populationfixe de l'atelier se compose d’au moins 60 ouvriers ». [l considère, en outre, que « si l’on représente par 100 l'effectif moyen d’un quelconque des établissements atteints par l'enquête, l'effectif maximum est égal à 110, l'effectif minimum de 91 ouvriers » (2).
Le Labour Office de l'Etat de Massachusetts (Amérique), dont la compétence en cette matière est universellement appréciée, arrivait à peu près aux mêmes conclusions dans son Census de 1885. [lavart
1. Office du travail, Rapport sur la question du chômage, Paris, Imp. Nat., 1896. *
2. Lucien March, Les salaires et la durée du travail dans l’industrie française, communication faite à la Société de statistique de Paris (séance du 20 juillet 1898).
D'après une statistique publiée récemment dans la Revue du docteur Jastrow, Der Arbeitsmarkt (n° du 4€" janvier 1900), les nombres des places demandées pour cent places offertes, seraient les suivants :
TANIA Me Er. 149,9 131,6 RÉVTIer PSE MenEE 134,9 111,1 MAS Tnt eee 103,5 89,3 AVRIL TS 108,6 05,5 MMA Re ME ee St) 414,1 98,9 ANT NAMUR 413,0 93,6 Jules 112,5 100,7 A OU ARE ET ARRETE 108,5 92,5 Septembre .….... 98,3 99,9 Octobre eee 114,8 109,0 Novembre 135,0 130,8
Mais il faut tenir compte de ces deux faits, d’abord que ces offices de placement ne peuvent avoir la prétention de centraliser toutes les demandes de travail et ensuite que pendant ces dernières années l’industrie et le commerce allemands ont pris un essor vraiment prodigieux,
trouvé que, dans le cours d’une année, 70,40 pour cent de l'effectif des travailleurs étaient toujours occupés, tandis que 29,59 pour cent étaient plus ou moins atteints par le chômage.
Une autre statistique nous donne des renseignements tout à fait différents. Elle émane de la Caisse d'assurance contre le chômage de Berne. Pendant l’année 1893-1894, 67 pour cent des associés onteu recours à la Caisse de chômage. On pourrait croire à première vue qu'un pareil exemple vient annuler la valeur de ceux que nous avons précédemment signalés. Il n’en est rien en réalité. Il suffit, en effet, de réfléchir que l’assurance contre le chômage n’est pas obligatoire, et ceux qui naturellement y ont le plus volontiers recours, appartiennent aux professions où cette crise se fait sentir d’une façon particulièrement intense.
Il existe, en effet, une foule de métiers où le chômage atteint presque tous les travailleurs. A cette égard, l'enquête faite à Londres en mars 1887 est des plus instructives, bien qu’elle soit un peu ancienne et très localisée (1). Elle nous révèle la proportion des membres de diverses professions, atteints par le chômage dans les six mois qui ont précédé l'enquête.
Nombre de chômeurs ge Groupes d'industries Moins de 40 p.c... Conducteurs et employés de chemins 4 de fer, employés des postes, employés de la police.
De 10 à 20 p.c.... Confiseurs.