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SECTION II

Les ateliers de secours pour les hommes valides pendant la période révolutionnaire.

Turgot s'était occupé d’une organisation générale de travaux de secours, tant dans les les campagnes que dans les villes; ce furent vers ces dernières surtout que se portèrent les préoccupations du gouvernement dès le commencement de la période révolutionnaire. Gette nouvelle tendance était provoquée par ce fait que la misère y est souvent plus terrible que dans les campagnes, mais surtout parce que les villes élaient le foyer de la Révolution et des émeutes. Soitque l’on eût pour but d’éviterles troubles en apaisant les souffrances de la misère, soit que l’on eût en vue de rémunérer les « services » de ceux qui avaient bien mérité de la patrie, en participant aux journées sanglantes pour faire triompher la Révolution, les partisans de l'ordre aussi bien que les fauteurs de troubles insistaient tous sur la nécessité de l'extension des ateliers de secours dans les villes, et principalement à Paris. En dehors des motifs

politiques des différents partis, il ne manquait pas

de gens dévoués, d’éminents philantrophes qui, en leur qualité « d'hommes sensibles », désiraient l'amélioration de l'assistance, dans le seul but de diminuer les souffrances si nombreuses qui accablaient les classes populaires. |

A défaut d'identité de points de départ, de simi- | litude de mobiles, il y avait done tout au moins une universelle sympathie pour les souffrants, jointe à un vif désir de soulager efficacementleurs misères trop souvent imméritées. On se mit à l'œuvre avec beaucoup de courage. Les pouvoirs publics, le Comité de mendicité, la municipalité de Paris rivalisèrent de zèle dans l’accomplissement de leur tâche. Mais la besogne était difficile et il n’usèrent pas des moyens qui auraient été susceptibles de faciliter son exécution. |

« La récolte de l’année 1788 avait été en partie détruite par la grêle, l’hiver était rude, le prix du pain s'élevait de jour en jour, et en même temps, l'agitation inséparable des élections des Etats généraux avait paralysé le commerce et raréfié le travail.

« Dès le 2 décembre 1788, le bureau dela ville de Paris avait prisles dispositions nécessaires pour l’ouverture de divers ateliers, au quai d'Orsay, à la descente du pont Saint-Nicolas, au ruisseau du quai Le Pelletier, à celui du port Saint-Paul, au quai de : la Tournelle, au quai de Miramiones, à la rue des Banis etc., enfin dans les îles de Charenton. Les travaux entrepris étaient naturellement des terrassements, des déblais et remblais. On décida d’y admettre indistinctement, tous ceux que le besoin et le défaut de ressources forceraient à se présenter, les

obligeant seulement à se munir de pelles et de piocbhes ; et le salaire de la journée fut fixé à 18 sous au maximum. Il descendit à 15 et à 10 sous pour les femmes veuves et les enfants » (1).

L’affluence y fut bientôt considérable. Le gouvernement fut obligé d'ouvrir de nouveaux ateliers (2). Le seul chantier de Montmartre qui au début ne comportait que 2000 travailleurs dut en recevoir 17.000 au mois d’août.

Cet encombrement était déplorable à tous les points de vue.Les ateliers étaient improductifs et ils attiraient une foule de paresseux qui acceptaient. volontiers de gagner de lPargent sans rien faire.

Les difficultés du recrutement étaient, ilest vrai, particulièrement grandes. Alors que Turgot n'avait guère dans sesateliers quedes cultivateurs déjà habitués au travail de la terre, on devait rencontrer forcément dans les ateliers de Ia Révolution à Paris, une foule d'ouvriers des professions industrielles. Il fallait les former à la tâche qu’on attendait d’eux, il aurait été nécessaire pour cela d’avoir affaire à des hommes de bonne volonté, parfaitement embrigadés sous la direction de chefs choisis avec le plus grand soin. Aucune de ces conditions ne fut remplie, ainsi qu’en témoignent les nombreuses plaintes auxquelles donnèrent lieu les ateliers. Et on ne doit plus s’en étonner quand on étudie de près comment était

1. Office du travail, Note sur les travaux de secours contre le chômage, Imprimerie nationale, 1895, pp. 9 et 10.

9. Un décret de l’Assemblée nationale, en date du 30 mai 4790, prescrivait l'ouverture à Paris de nouveaux ateliers et l'expulsion des mendiants qui ne voudraient pas y travailler.

organisé le recrutement des travailleurs et du personnel dirigeant.

On acceptait toutes les personnes qui se présentaient, sans avoir de renseignements précis et exacts sur leur situation et leurs antécédents. Le rebut de la population parisienne attiré par la perspective d'ateliers où l’on gagnait de l’argent à ne rien faire, se précipita vers les chantiers. Turgot avait agi sagement quand il avait fait appel au concours du clergé, qui était le plus à même de conuaître les familles nécessiteuses et intéressantes. À l’époque où nous nous trouvons, le gouvernement ne veut plus demander de services à l'Eglise, et il n’est pas à même d’en rendre de semblables. Aussi les résultats furent-ils déplorables (1).

Le recrulement du personnel dirigeant n’étaitpas moins défectueux. Les nominations étaient aveugles et arbitraires. Personne ne connaissait bien les ouvriers et ne pouvait les juger; il était doncimpossible de distinguer d’une façon éclairée ceux qui étaient capables de commander les autres. C'était une bien lourde tâche de diriger le personnel des ateliers et on le confiait aux premiers venus. La discipline devenait impossible.

On n’obéissait pas, on ne travaillait pas, beaucoup ne se dérangeaient même pas pour faire acte

4. V. notamment Procès-verbal d’arrestation et interrogatoire de deux terrassiers prévenus d’avoir menacé de couper en morceaux les chefs de leur atelier, Archives nationales, Y, 15.102-Y. 18.766. Consulter également les considérants qui précèdent les arrêtés municipaux et les plaintes des villes où l’on envoie les ouvriers parisiens que nous reproduisons ci-dessous, p. 407 et 109. |

de présence aux ateliers ; ils n’y venaient que les jours de paye pour recevoir leur « salaire ».

Le mal était si visible que personne ne pouvait le nier. On chercha des remèdes en multipliant les règlements, mais on ne parvint à aucune amélioration réelle, parce qu'on négligea de remonter jusqu’à la cause même de tous ces désordres.

Les règlements édictés par la municipalité de Paris se succédaient à de courts intervalles, sans être pour cela plus efficaces. Les considérants qui les précédaient constataient toujours une situation aussi critique (1),car non seulement le recrutement était mauvais, mais l’organisation était tout aussi défectueuse.

Au lieu d'organiser les ateliers par groupes composés d’un petit nombred’individus fortementembri-

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