Minute. Archives Nationales, t. XV
administrateur des travanx publics, exprimait des craintes fondées sur la situation qui pouvait en résulter. Comment supposer, en effet, que les 700 enfants au-dessous de 16 ans, occupés à ce moment aux travaux de terrassements et gagnant 20 sols par Jour, pussent consentir bénévolement à les abandonner pour entrer dans un atelier où on ne leur offrait que 3 sols pour une même durée de travail ? (1). Ils devaient pourtant être tous contraints d'aller aux ateliers de filature.
D’autres préoccupations beaucoup plus graves surgirent bientôt. La foule des demandes d’admission à ces ateliers ne cessait de s’accroître, et pourtant il n'y eut bientôt plus de places disponibles. Les sections chargées de vérifier la valeur des demandes étaient tellement surchargées de besogne que bien souvent elles ne prenaient même plus de renseignements. Chacune, d’ailleurs, dans une vue égoïste assez facile à comprendre, voulait essayer de satisfaire, dans la plus large mesure possible, sa nombreuse clientèle, sans se préoccuper des pauvres des autres quartiers ; chacune donnait des certificats sans compter et les bureaux centraux étaient véritablement assiégés par la foule agitée des femmes qui se pressaient à ses portes.
A la fin du mois d’août, le département des hôpitaux reconnaissait qu'il n’y avait plus une place à prendre : — « L'emplacement des ateliers étant très exigu, on n’a pu admettre qu’un certain nombre de
4. Lettre à M. de Jussieu, lieutenant du maire, au département des Hôpitaux, 17 août 1790, V.Tuetey, #bid,, p. 277.
pauvres et aujourd’hui que la place manque absolument, on est obligé de refuser tout le monde » (1).
De nouvelles mesures devenaient indispensables et urgentes; il fallait pourtant attendre le nouveau règlement jusqu'au 5 octobre. Les considérations qui le précèdent sont dignes d’être citées :
Municipalité de Paris. Département des Hôpitaux.
Sur le compte-rendu du département des hôpitaux, de divers abus qui se sont introduits relativement à l’admission des pauvres dans les ateliers de filatures qui se sont ouverts aux Jacobins de la rue St-Jacques et aux Récollets, en vertu du décret de l’Assemblée nationale du 30 mai dernier, et sur ce qui a été reconnu par le département :
1° Que plusieurs femmes et enfants employés aux travaux de filature chez différents particuliers de cette capitale avaient abandonné leurs maîtres pour se rendre aux ateliers, dans l’espoir d’y obtenir un salaire plus considérable ;
2° Que plusieurs autres, éloignés de l’indigence, — qui seule donne droit aux secours publics — et négligeant les moyens de subsistance qu’ils pourraient trouver ailleurs, sont parvenus à surprendre la religion des comités de section et à obtenir
1. Lettre du 26 août répondant à la section du Jardin des plantes, se plaignant de ce qu’on refuse d'admettre les personnes qu'elle envoie aux ateliers de filature. Minute. Archives Nationales, F, 45, 3,581.
d'eux les certificats nécessaires pour être admis ;
3° Enfin, que les différents pauvres, porteurs de ces certificats,se présentent chaque jour en foule, à des heures indues, au bureau du département, rue des Bernardins, importunent le quartier par leur rassemblement et quelquefois par le tumulte qui en est la suite (1) ;
Le département, pour empêcher cet empressement, fait connaître que le salaire « payé ci-contre est toujours au-dessous de la normale, conformément au décret du 31 août dernier » (2).
En conséquence, le département conjure les sections de veiller à ce que les enquêtes soient très sérieusement faites ; si cette tâche avait élé accomplie avec plus de soin, les ateliers n'auraient pas été
si vite encombrés. Pour porter remède à cette confusion et à ce trouble, on fixait, pour l’admission aux ateliers,des heures en dehors desquelles aucun rassemblement n'était toléré (art. 6).