‹ L'Assistance par le travail en FranceChapitre 47 sur 144 · PRES · texte numérisé non relu

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Des mesures très sévères étaient prises en même temps pour empêcher la désertion des chantiers privés.

1. La section du Jardin des Plantes remarque que l'obligation de toujours revenir pour voir s’il y avait du travail faisait perdre à ces femmes un temps considérable, et elle ajoutait : « Cela aigrit l’humeur bilieuse de ces femmes qui en tout temps ne valent pas grand’chose, et encore moins lorsque la bile est en fermentation (V. Tuetey, loc. cit., p. 296).

2. Tuetey. t. I, p. 293. Règlement du département des hôpitaux fixant les conditions d'admission des pouvoirs dans les ateliers de filature, 5 octobre 1790.

149 MROISIÈME PARTIE

« Les ouvriers réclamés par leurs maîtres, disait l’article 2 du règlement, et reconnus pour avoir abandonné des fabriques de filature où des travaux d’un autre genre dans cette capitale, seront exclus ‘des ateliers et obligés de reprendre les dits travaux » (1).

N'était-ce pas la résurrection de l’odieux droit de suite de la féodalité, en vertu duquel le seigneur avait le pouvoir de revendiquer partout où il le trouverait celui de ses hommes qui avait abandonné sa terre natale ? C'était remettre en vigueur le droit de l’homme sur l’homme, et supprimer la garantie essentielle de l'employé vis-à-vis de l’employeur; celle de la possibilité de quitter l'atelier en cas de désaccord. C'était, pour la Révolution, un singulier retour en arrière vers les mœurs de servage.

Ces quelques mesures, mal combinées d’ailleurs, et si sérieusement qu'elles fussent appliquées, ne pouvaient guère apporter à la situation un remède efficace. 51, comme le constatait le Département des travaux publics, il devait y avoir dans les industries de luxe 9.000 femmes ou enfants sans foyer ni pain, quel énorme contingent ne devait pas apporter une foule d’autres métiers, liés à ceux-ci d’une façon plus où moins étroite ! Les industries de luxe étaient plus spécialement atteintes, elles étaient presque anéanties, mais les troubles de la Révolution avaient restreint toute la production, et les autres’

1. Original signé, minute et copie 3 p. Archives nationales, F:16,.3:092)

professions devaient envoyer dans ces ateliers un contingent des plus importants. Les 1260 places qu'il y avait aux Jacobins et les 550 des Récollets étaient bien peu de chose pour celte armée de chômeurs (1).

La première difficulté qui mettait obstacle à l'extension des ateliers élait la question de place. Nous avons déjà vu qu’un mois après leur ouverture, ils étaient trop pleins. [l aurait fallu les agrandir, les mieux disposer: la chose eût été facile, mais 11 fallait compter avec l’incurie, avec la lenteur, sinon la malveillance de l'administration. M. de Jussieu, lieutenant du Maire au Département des Hôpitaux, le constate non sans humeur :— « Cette impossibilité (d'admettre de nouveaux enfants) procède de la lenteur avec laquelle on travaille à préparer le local destiné aux ateliers. Depuis quatre mois et plus que les dispositions nécessaires sont convenues, je ne cesse d'écrire et toujours inutilement, pour en pressér l'exécution. Aucune de mes

1. Ce ne fut que pendant la période qui s’étend du 4er février au ef avril qu’on arriva à une moyenne de 3.000 présences par jour dans les deux ateliers. Du 4er avril au 25 juin, ce chiffre monta même à 3.225. Le maire de Paris, Bailly, se plaint énergiquement du manque de place au mois de février. Il écrit au département des travaux publics : « Je vous serai très obligé, Messieurs, de vouloir bien prendre les mesures les plus promptes pour qu'on puisse recevoir les femmes qui se présentent pour entrer dans les ateliers ; beaucoup viennent se plaindre à moi de ne pouvoir obtenir de l'ouvrage : comme c’est la seule ressource des malheureux, il est important de la leur rendre facile. » — Et au bas de la lettre, il ajoute de sa propre main : « Je vous prie d'y mettre d'autant plus d’attention que c’est l'exécution du décret, » (Archives nationales F 1°, 3.581).

lettres n’a même obtenu les honneurs d’une réponse » (1). À cette époque où tout le monde manquait d'ouvrage, on ne pouvait trouver moyen de faire exécuter les travaux les plus simples en même temps que lesplus urgents. Aussi le directeur de l'atelier des Jacobins prend-il sur lui la responsabilité d’en faire exécuter quelques-uns lui-même. Ce fût grâce à cette décision qu'il put augmenter le nombre des admissions (2).

Ces quelques aménagements devenaient surtout nécessaires aux approches de l'hiver avec son cortège de misères plus nombreuses, plus profondes, plus cruelles.

Personne n'agissant pendant le mois de janvier (1791), on ne put enregistrer que 17 admissions en moyenne par Jour, alors qu'il se présenta environ trente personnes ayant droit au secours et ayant rempli toutes les formalités exigées (2).

1. Lettre de M. de Jussieu à M. Plaisant, administrateur au département des travaux publics, 21 octobre 1790. Tuetey, ibid., p. 299.

Quand le commissaire du département aux travaux publics - se présenta au mois de juin 1791, — c'est-à-dire près d’un an après la création des ateliers et deux mois après en avoir reçu l’ordre, — pour examiner les travaux à faire, il constata qu’ils étaient de peu d'importance et que, d’ailleurs, ils avaient été exécutés en grande partie.

La dépense approximative pour les deux ateliers n’'atteignait pas 1.200 livres. Pour les travaux complémentaires à exécuter, le commissaire réclamait une délibération préalable du conseil municipal. Aussi est-il plus que probable qu’ils ne furent jamais exécutés, malgré leur grande utilité et leur peu de valeur.

(V. Avis du département des travaux publics, 3 juin 4794. — Archives nationales, F15 3.578).

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