Moniteur du 29 mai 1848, p
ont été dirigés dans cette pensée: ouverture de nouveaux ateliers, développement le plus grand possible de ces ateliers du travail ; enfin du travail ». Il terminait en disant: « La République est fondée ; on ne l’escamotera pas cette fois. Vos droits vous serontacquis, citoyens, croyez-le ».Etdescrisenthousiastes de : « vive la République » répondaient à ce beau discours (1). C'était à ce moment même que M. Marie cherchait de son propre aveu à organiser l’aumône, à ce moment même que M. de Lamartine et « les hommes prévoyants du gouvernement ne cessaient d'envisager le moment où il faudrait dissoudre les ateliers ».
Telles étaient et la volonté du peuple et celle du gouvernement. Celle des seconds semble au début être conforme à celle des premiers : pure ambition, pure flatterie, pure hypocrisie; une fois au pouvoir, pas un membre du gouvernement n’eut l'intention ni le désir de faire ce que le peuple, qui avait pourtant fait leur fortune politique, leur demandait.
Il. Les ateliers nationaux n'avaient pas seulement pour but d'empêcher une nouvelle Révolution; ils devaient encore, dans l'esprit des membres du gouvernement servir d’armes contre les théories et l’influence personnelle de Louis Blanc.
La foule, pensaient les modérés, est aveuglée et entraînée par Louis Blanc. Là est l’origine du danger. Il faut, par conséquent, éloigner progressive-
4. La Revue des Deux Mondes elle-même félicitait le gouvernement d’avoir « garanti du travail à tous les citoyens».Stern loc. cit. t. II, p. 22.
vement les masses de l’orateur du Luxembourg, en ayant soin de ne pas brusquer les choses dans la crainte d’une nouvelle Révolution. Le gouvernement, après s'être provisoirement adjoint Louis Blanc pour profiter de son ascendant sur les masses, et de sa popularité, après avoir semblé donner satisfaction à quelques-unes de ses revendications, l’éloigna de plus en plus ouvertement, en minant et sa personnalité et ses théories. Dans ce but, on se servit de la puissante machine qui paraissait aux grandes masses inspirée par ses idées : les ateliers nalionaux.
Leur destination idéale était de donner à l’ouvrier du travail et un salaire. — Leur destination réelle el apparente élait de donner une aumône plus ou moins déguisée. — Leur destination réelle et non apparente était d'organiser les masses considérées comme dangereuses et d'utiliser leurs forces au profit du gouvernement contre l’influence de Louis Blanc. |
Non seulement, ainsi que nous l'avons constaté, le président de la Commission du Luxembourg, qui faisait encore partie à celte époque du gouvernement provisoire, ne fut pas consulté au sujet de l’organisation des ateliers nationaux, alors qu'il semblait plus indiqué que tout autre pour les diriger, non seulement on le tint systématiquement à l’écart de toutes les décisions qui furent prises à leur égard, mais on mit à leur tête des hommes qu’on lui savait profondément hostiles: M. Marie et M. Thomas. Leurs opinions sur ce point ne laissent aucun doute ; ce qui n'empêche pas qu'on répète bien sou-
vent que les ateliers nationaux étaient à la solde de Louis Blanc.
«On pouvait prévoir, disait M. Bauchart dans son rapport, qu'une aussi vaste agglomération d’hommes deviendrait bientôt une armée politique que les partis se disputeraient. La portion modérée du gouvernement le sentait si bien elle-même qu’elle voulut à différentes époques s’en faire un auxiliare. Elle y réussit d’abord, mais cette arme dangereuse devait lui échapper, et passer plus redoutable encore dans les mains de ses ennemis » (1).
Lamartine qui connaissait à fond, et pour cause, les sentiments intimes de « la portion modérée du gouvernement », est encore plus explicite, quand il parle des ouvriers des ateliers nationaux.
«M. Marie les organisa, disait-il, avec intelligence, mais sans utilité pour le travail productif; il les embrigada, il leur donna des chefs, il leur inspira un esprit de discipline et d'ordre, il en fit pendant quatre mois au lieu d'une force à la merci des socialistes et des émeutes, une armée prétorienne, mais oisive dans les mains du pouvoir, commandée, dirigée, contenue par des chefs qui avaient la pensée secrète de la partie anti-socialiste du gouvernement. Ces ateliers contre-balancèrent jusqu'à l’arrivée de l’Assemblée Nationale les ouvriers sectaires du Luxembourg et les ouvriers séditieux des clubs; ils scandalisèrent par leur masse et par l’inutilité de leurs travaux les sens de Paris, mais ils protégèrent et sauvèrent plu-